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Dessinateurs du monde entier...
Art Action 08 expose jusqu?à mardi des ?uvres crayonnées avec talent par une vingtaine d?artistes, moitié étrangers, moitié locaux.
La peinture dépasse parfois le profane en raison d?une technicité faite d?acrylique, de lavis, de pyrogravure, de gouaches, de fusains, bref tout un charabia, baignant dans l?huile quand ce n?est pas sur l?aquarelle. Point de tout cela à la Galerie Malcolm-de-Chazal, au Lake Point, à Curepipe. Là il n?y a que le crayon.
On en sort avec la certitude que le trait de crayon peut meubler les cimaises et même les agrémenter de couleurs aussi soyeuses qu?une huile du Greco.
Ce crayonnage esthétique est parfois des plus élaborés. D?autres fois, nous avons droit à une simplicité tellement évidente qu?elle finit par émouvoir le contemplateur. L?émotion artistique est présente Shitanshu Maurya est un céramiste venant du Lucknow. Son coup de crayon n?est que fil conducteur, reliant une part d?ombre à un triangle lumineux. La signification exacte appartient, au contemplateur.
La nuit inachevée parvient à communiquer avec une perfection transfigurée, rendant productif l?amour mutuel le plus complet, donnant enfin son fruit ou son enfant. C?est simplement beau.
Divya Pendev est plus explicite. Un phallus se pose amoureusement sur une vulve. Miracle de l?amour humain à son paroxysme. Eugène Delacroix, partant de la même inspiration, intitule son chef d??uvre : Le commencement du monde. Honni soit qui nie cette maternelle genèse, ce commencement de toute vie. Abstenez-vous, partisans de la peine de mort, encore plus révoltante quand le juge décrétant mais aussi le bourreau est la propre mère du condamné à mort, victime innocente seulement coupable d?avoir voulu naître.
Plus élaboré mais pas toujours : Kalindi Jundoosing des Pamplemousses. On aime ses coups de pinceau effleurés. Son coup de crayon procède de la même illumination. On la sait aimant les toiles où les personnages se fondent pour souligner nos complémentarités.
Ses femmes, cèdent, ici, la place à des enfants. Ils jouent ensemble. J?ai dit « enfants ». Ils pourraient être des séraphins chantant la beauté de notre monde.
Dev Chooramun, la cheville ouvrière de cette exposition, continue à nous surprendre en exploitant un filon prometteur. Comme Giuseppe Arcimboldo il se spécialise dans l?art de juxtaposer des fleurs, des fruits, des légumes, pour recomposer des visages humains. Il demande à des nus, ingénieusement englués, de chanter la gloire du dodo, de lui redonner une nouvelle vie. Il nous rappelle qu?il n?y a pas plus gracieux qu?une silhouette humaine vêtue de vérité.
Malcolm a raison : redevenons des enfants
Shantakumar Reetoo se dit portraitiste. Il recrée un monde onirique où des formes humaines, se meuvent à la manière d?algues-filaments, allant et venant au gré des ressacs et du mouvement des marées montantes et descendantes. Reetoo privilégie la couleur.
Il sait exploiter les nuances les plus harmonieuses.Debashis Pal vient de Dakka, Bangladesh.
Son crayon de couleur est plutôt narratif mais surtout décoratif. Il raconte l?histoire de deux chatons et de deux visages humains. Son chat est un chat. Mais son visage pourrait être tout aussi bien une nappe d?eau reflétant l?azur céleste. Le tout s?inscrit dans un écrin crayonné de nuances. Ici la pourpre et là l?ardoise. Ce n?est plus de la peinture. Cela devient de l?incrustation. Cela nous rappelle que toute création est forcément ?uvre d?amour et de tendresse humaine. Heureusement qu?il y a encore des artistes pour nous les rappeler.
Il y a encore le Dr Chandrabhushan Shrivastava de l?Uttar Pradesh dont les compositions panoramiques, nous rappellent l?intensité du Guernica de Picasso.
Cela nous permet de conclure sur la victoire du trait fondateur et signifiant. Cela nous rappelle simplement que l?enfant dessine, avant de savoir écrire et calculer. Combien sommes-nous à passer nos journées à écrire, à calculer, à pianoter des claviers de plus en plus informatisés ? Nous oublions seulement qu?il fut un temps béni où nous ne savions que dessiner. Malcolm a raison: redevenons, au plus vite, des enfants ne sachant que dessiner et nous ferons remonter à la surface des talents que nous cachons au fond de nous-mêmes.
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