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Un homme de? lettres

9 octobre 2008, 00:00

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«Monsieur facteur ! Mo byen bizin ene servis avek ou». Un peu affolée, certainement pressée, la dame qui interpelle ainsi Ishwarduth Khemnah a rendez-vous chez le dentiste. Sauf qu?elle ne trouve pas le cabinet de ce dernier.

En désespoir de cause, ne voulant plus tourner en rond, elle s?adresse au facteur. Elle se dit qu?il doit certainement connaître le quartier. «Je connais effectivement par c?ur ces quelques rues. Mais Port-Louis en entier, c?est une autre histoire», lâche Ishwarduth vêtu d?un bel uniforme bleu.

«Kan ou travay andan e ki ou triy let, ou kone tou non lari. Me ou pa pou forseman kone kot zot trouve. Li difisil.» Il n?empêche qu?il sait vous dire où trouver le Ken Lee Building, le Ken Lee Tower ou le Ken Lee Centre. Quant au «andan», auquel il fait référence, c?est à la poste où chaque jour, avant d?entamer sa tournée, il trie des lettres par dizaines. Par chemin, par bâtiment, par étage.

Car dans le secteur d?Ishwarduth Khemnah, au c?ur de la capitale, il n?y a que 10 % de maisons. Rien à voir avec Centre-de-Flacq où il a exercé pendant un an il y a des années. «A la campagne, les gens sont plus accueillants, plus coopératifs. A Port-Louis, quand vous arrivez chez les gens, vous êtes considéré comme un intrus.»

Son paquet de lettres classées à la main, l?homme ne regarde même pas où il met les pieds tant il connaît les moindres obstacles des trottoirs portlouisiens. Son habit de postier, voilà près de 30 ans qu?Ishwarduth Khemnah l?enfile chaque jour. Depuis l?année de ses 23 ans quand suivant les conseils de son frère, également facteur, il intègre les services postaux.

A l?époque, la poste était toujours sous la tutelle du gouvernement et avoir un emploi «dan gouvernman», par ces temps difficiles, c?était «quelque chose». Dix ans durant, il a été assistant facteur. Le temps nécessaire pour «byen apran travay la».

Mais apprendre quoi au juste ? Les chemins et où se trouve «lakaz dimoun», l?endurance mais aussi cette vertu qu?est la patience. «Il faut être patient. Certaines personnes sont vieilles et prennent du temps pour venir chercher leurs lettres. Il faut les comprendre.»

Nul besoin de gym

Il faut dire que le quotidien d?un facteur est loin d?être facile. Cet homme est aux services des autres. Le messager, de la bonne ou de la mauvaise nouvelle, est sur ses jambes toute la journée. Il arpente les rues de la capitale. Il grimpe parfois une à une les marches des gratte-ciel et autres immeubles de moindre envergure. Tout ça avec sur l?épaule un sac qui pèse une bonne quinzaine de kilos lorsque débute chaque jour, vers 9 h 30, la première tournée. Si nécessaire, «dépendant du volume», une deuxième tournée est effectuée en début d?après-midi après la pause déjeuner, histoire d?avoir repris des forces.

Avec tous ces kilomètres qu?il avale chaque jour et malgré sa motocyclette de service, nul besoin de séances de gym supplémentaires. Surtout qu?alors que nous peinons à le suivre dans la moiteur de Port-Louis, Ishwarduth Khemnah monte les escaliers sans être le moins du monde essoufflé.

Il garde le même débit de paroles, le même ton, doux et patient. Il enchaîne les bonjour, les merci et les au-revoir. Il bavarde quelques secondes, quelques minutes avec chacun. Il échange une plaisanterie avec une employée de bureau à la rue Edith-Cavell, dit deux mots à la propriétaire du snack de la rue Desroches, «va voir un coup le Père Souchon» à la cure de l?Immaculée à la rue St-Georges.

C?est cette «interaction avec les gens», que cet habitant de Vallée-des-Prêtres affectionne le plus dans son métier de facteur. «Certaines personnes sont plus amicales que d?autres. Depuis le temps que je distribue les lettres dans le quartier, les gens sont habitués à me voir. Epwi kan dimoun koz avek ou, ou pa kapav tourn ledo ar zot», souligne Ishwarduth Khemnah.

Même si ce n?est pas la campagne, son «secteur», le facteur l?aime. «C?est un quartier tranquille. Je rencontre des gens d?un certain niveau d?éducation. Des gens qui ne vont pas vous insulter», raconte ce père de deux enfants. Même s?il a déjà eu affaire à des gens agressifs. Des gens qui «trouvent que vous frappez trop fort sur leur porte».

Malgré tout, Ishwarduth ne regrette pas d?avoir suivi le conseil de son frère. Au fil des années, il aura maîtrisé un métier qu?il a appris à aimer. Il aura compris qu?avec le «service personnalisé» qu?il offre aux locataires des immeubles portlouisiens, il valait mieux, pour ne pas perdre du temps, éviter les ascenseurs entre chaque étage.

Mais que pour quand même éviter de trop se fatiguer, il suffisait de ne le prendre qu?une fois, jusque tout en haut et de redescendre ensuite par l?escalier car après tout, «il est plus facile de redescendre l?escalier que de le monter».

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