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A l?aise entre deux chaises

8 octobre 2008, 00:00

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Bernard Li Kwong Ken, 51 ans, a la faculté de faire plusieurs choses à la fois. Il répond au téléphone, tout en animant une réunion avec les animatrices de Caritas Ile Maurice. Tout comme il est à même d?engager une conversation téléphonique en simultané avec des interlocuteurs différents à propos de choses totalement étrangères. Il faut dire qu?une grande part de son intérêt est d?ordre social.

Ce fils de commerçants, issus de Chine et établis à Maurice, a découvert l?importance du social au contact de ses parents. En effet, ces derniers retournaient régulièrement dans leur village natal dans la province de Moyen en Chine pour financer tantôt l?asphaltage de la route principale, tantôt la fourniture d?eau, quand ce n?était pas le réseau électrique ou l?école primaire. L?importance du social dans sa vie s?est renforcée à l?adolescence au contact du père Denis Wiehe qu?il côtoie au collège du St-Esprit.

A la fin de ses études secondaires, Bernard Li Kwon Ken croit qu?il trouvera sa voie dans l?hôtellerie. Ce qui explique son départ pour la Grande- Bretagne.

A son retour, il épouse Caroline Tan Yan qui lui donne trois enfants, Joan, Howard et Kim, aujourd?hui âgés de 31, 29 ans et 21 ans. Il se lance ensuite dans le business, occupant les postes de General Manager et de directeur exécutif de plusieurs commerces. Le textile occupe une grande place dans sa vie durant les 12 dernières années car il est l?ami et

le partenaire d?affaires de Mario Guillot, styliste et concepteur de la marque de vêtements IV Play. Malgré une vie professionnelle bien remplie, Bernard Li Kwon Ken n?a jamais bridé son engagement social. Il est membre du Rotary Club de Grand-Baie, de United Way, de La Maison Familiale Rurale du Nord et de Prévention, Information et Lutte contre le SIDA. Bien que depuis 1991, cet ancien basketteur féru de cyclisme, découvre l?Australie, plus précisément la ville de Perth où vit sa s?ur et qu?il soit tombé sous son charme, allant jusqu?à encourager ses enfants à y aller étudier et à s?y installer, il n?a jamais voulu franchir le pas et émigrer. Et même la naissance de sa première petite- enfant, Amber Jill, quatre ans, n?a pu le convaincre d?y déposer ses bagages. Son épouse oui mais pas lui. Il se contente de faire la navette entre Perth et Maurice. «Mais même si je pense que c?est la ville idéale, je n?arrive pas à vivre là-bas tout le temps. C?est la fibre mauricienne qui vibre en moi qui me retient ici».

En fait, il ne se voit pas recommencer à zéro d?un point de vue social.

«Tout sera à recommencer à Perth. Combien d?Australiens dans le besoin pourrais-je aider ? Alors qu?ici, mon action est plus vaste».

C?est parce que ses engagements professionnels avec IV Play prenaient trop d?ampleur au point de l?empêcher de pouvoir se consacrer à son social chéri que Bernard Li Kwong Ken, aussi détenteur d?un Masters in Business Administration par correspondance auprès de l?Université de Birmingham, décide de se désengager de IV Play. «IV Play avait fini par dominer ma vie. Je voulais me la réapproprier ». C?est chose faite depuis avril 2007.

Demande de permis

Pour s?occuper entre deux déplacements en Australie, il se fait consultant en business. Et s?il décide de demander son permis de résidence australien, ce n?est pas pour être pieds et poings liés à ce pays. Il veut pouvoir continuer à y entrer et sortir à sa guise. Comme il a manqué l?application pour 2007, il a fait la demande d?obtention du permis cette année, sachant que ce n?est pas avant la fin 2009 qu?il l?obtiendra.

En sus de ses conseils en business, il veut s?occuper davantage lorsqu?il est à Maurice. De sorte que lorsqu?il tombe sur les avis de recrutement des promoteurs de Villas Valriche qui recherchent un General Manager, un Customer Relations Manager et un décorateur d?intérieurs, il postule pour les trois emplois mais étant surtout intéressé par celui de Customer Relations Manager. Convoqué pour l?interview au début de mai dernier, on lui fait remarquer que son CV professionnel tient sur une page et son parcours social sur trois pages. Par conséquent, c?est en toute logique qu?on lui propose l?emploi de General Manager de la Bel-Ombre Foundation for Empowerment. «J?ai accepté en me disant que si j?ai pu faire du bénévolat pendant 30 ans et qu?aujourd?hui, on me paie pour le faire, pourquoi pas? ».

Il négocie toutefois deux semaines de congé pour chaque dix semaines de travail afin qu?il puisse recommencer son va-et-vient entre Maurice et l?Australie, d?autant plus qu?il est à nouveau grand-père depuis peu, cette fois, d?un petit Josua. En tant que General Manager de la Bel-Ombre Foundation for Empowerment, il a de la chance de pouvoir reposer sur une étude sociale effectuée en 2006 par le sociologue Malenn Oodiah. Etude faisant certes état du développement hôtelier de Bel-Ombre mais aussi d?un déphasage complet entre les compétences requises par l?hôtellerie et celle de la population vivant entre Baie-du-Cap et Rivière-des-Galets et qui est dénombrée à 6 500 personnes. «Je me suis dit que le développement économique entraînera l?émancipation de la population locale».Comme il ne croit pas dans la reconversion des aptitudes il fait effectuer un profil de la population active pour savoir ce qu?elle sait faire et veut faire. Comme peu de touristes de passage s?arrêtent à Bel-Ombre, il entend emmener un certain développement touristique en y créant un musée avec une cafétéria attenante. «A partir de là, nous pourrons entrevoir la création d?une maison de l?artisanat et le développement de l?entrepreneuriat dans son sens large».

Mais avant de commencer, il veut aussi s?attaquer aux problèmes qui peuvent se poser comme l?usage de drogue et les grossesses adolescentes. «Une quarantaine d?usagers de drogue ont été recensés. Comme trois d?entre eux veulent s?en sortir, j?ai pris contact avec le Centre de Solidarité pour qu?ils commencent la désintoxication. Avec le groupe Noubaz, nous travaillons sur un projet de centre d?écoute pour accompagner les membres de la communauté dans leurs problèmes». Pour que les jeunes mères de famille ne soient pas pénalisées et puissent travailler tranquillement, il pense à l?aménagement de crèches. «Dans deux ans, il faudra penser en terme d?école maternelle. Il y a certes une école primaire mais elle enregistre un taux d?échec élevé aux examens de fin d?études primaires car les parents ne croient pas dans l?éducation. Il y a tout un travail à faire et sur plusieurs fronts».

Pour un plan de développement d?une telle envergure devant s?étaler selon lui sur une dizaine d?années. Que se passera-t-il quand il obtiendra son permis de résidence australien ? Rien, à l?en croire, puisqu?il ne compte pas modifier ses habitudes d?un iota. «Je continuerai à voyager entre Maurice et l?Australie et je serai à mon poste tant que le travail ne sera pas terminé?»

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