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Faire le maximum
Une femme douce et effacée qui s?efforce cependant d?aller au devant des autres pour les aider à croire en eux. C?est ce qui se dégage de Geneviève de Souza, 57 ans, qui nous reçoit sous la paisible véranda de son domicile d?Albion.
Cette Curepipienne a été élevée dans les valeurs de partage et d?écoute. Valeurs renforcées au couvent de Lorette, où elle fait ses études. C?est quasiment à la fin de ses études secondaires qu?elle épouse Carlo de Souza.
Elle entre dans la vie active comme secrétaire du manager d?une banque. Au bout de sept ans, elle est appelée à opérer dans le département informatique nouvellement installé. Le hic, c?est que ses horaires de travail sont incompatibles avec sa vie de famille. Elle décide d?aller voir ailleurs. C?est dans le secteur sucrier qu?elle trouve son bonheur en tant qu?assistante secrétaire de compagnie. Elle traite avec 3 000 actionnaires. Ce qu?elle aime par-dessus tout, c?est le contact avec eux et la possibilité de les aider.
Ce besoin d?aider les autres est une des forces motrices de sa vie. A tel point qu?elle agit d?abord et réfléchit ensuite. «Lorsque je suis en route, je m?arrête toujours pour donner une place à quelqu?un qui marche ou pour aider un accidenté. C?est toujours après que je pense que j?aurais pu me faire avoir. Je n?ai pas le droit de ne pas le faire, par respect pour mon vis-à-vis.»
«Je suis convaincue que si nous nous attaquons au problème éducatif en amont, il y aura moins d?échecs aux examens de fin d?études primaires».</I>
Dans sa vie personnelle, elle n?hésite pas à se mettre en retrait pour que son mari, qui est écrivain, et sa fille, qui fait du badminton au niveau national et international, puissent s?accomplir. Elle va jusqu?à intégrer la fédération pour ne pas être séparée d?eux. Elle qualifie son geste de «travail d?équipe» et est heureuse ainsi. Elle dit avoir beaucoup appris à travers le regard de son fils Jérôme, photographe, «qui avait une relation extraordinaire avec les petites gens. D?ailleurs, cela se voit dans les nombreuses photos qu?il a faites».
En 2001, quand la compagnie qui l?emploie ferme ses portes, Arnaud Lagesse, du groupe Mon-Loisir, lui propose d?agir comme secrétaire auprès des actionnaires du groupe. Elle accepte. A ses responsabilités s?ajoute celle de gérer le dossier des dons de l?entreprise. Quatre ans plus tard, Arnaud Lagesse structure le dossier des dons et cela prend la forme de la Fondation Joseph Lagesse, nommée d?après son grand-père. Feu Joseph Lagesse était connu pour sa générosité légendaire.
Les objectifs de la Fondation sont la lutte contre la pauvreté dans le respect de la dignité humaine. Elle oeuvre aussi en faveur du droit à l?éducation et à la formation, ainsi que le droit à la santé. Le poste de coordonnatrice est alors proposé à Geneviève de Souza. Elle accepte sans vraiment savoir ce qui l?attend sur le terrain.
A tout seigneur, tout honneur. Elle commence par le Nord, là où la famille Lagesse possède des terres. Elle y rencontre 25 familles de squatters vivant dans une extrême pauvreté. Etat qu?elle n?avait jamais côtoyé jusque-là. «On a tendance à dire que ces personnes ne valent rien, qu?elles sont paresseuses. Or, ce n?est pas vrai. Plus on le dit, plus on les enfonce dans la pauvreté. Ce sont des personnes qui ont du potentiel mais qui ont fait, soit de mauvais choix dans leur vie, soit qui ignorent par quels moyens s?en sortir.» Geneviève de Souza passe du temps en leur compagnie pour que la confiance s?installe et pour qu?elle puisse comprendre comment elles survivent. Elle est épaulée par Anne Rogers, présidente de la Fondation, qui l?accompagne quand son emploi du temps le lui permet.
Comme Geneviève de Souza est convaincue que la clé pour vaincre la pauvreté est l?éducation, elle a mis en place un centre de formation au sein de cette communauté depuis janvier dernier. Centre qui donne hebdomadairement des cours d?alphabétisation aux adultes et qui offre de l?accompagnement scolaire aux enfants, de même que des cours de musique.
Geneviève de Souza encadre aussi beaucoup les enfants handicapés, notamment le petit Moïse qui es né avec une fente labiale palatine. Lorsqu?elle le rencontre pour la première fois, il a deux ans et demi. Il ne peut parler et entend mal. Elle l?emmène chez un chirurgien esthétique et un spécialiste des oreilles et s?arrange pour qu?il bénéficie d?une opération en clinique. Trois jours avant l?intervention, dans le but d?obtenir une attestation de handicap et bénéficier d?une pension pour Moïse, sa mère le fait opérer à l?hôpital.
D?autres personnes se seraient désintéressées du cas mais pas Geneviève de Souza. «C?est décourageant certes mais il faut faire preuve d?une grande patience si on veut vraiment aider.» Un an après, la mère revient vers elle pour lui demander de revoir la situation de Moïse et le faire opérer à nouveau. Geneviève de Souza remet la machine en branle et Moïse est finalement opéré en clinique, où il reste une semaine aux frais de la fondation. Douze heures après son retour à la maison, où il n?y a ni eau, ni électricité, sa plaie s?ouvre à nouveau.
Geneviève de Souza s?empresse de le faire opérer encore une fois. Après une semaine en clinique, il est prêt à rentrer chez lui, quand surviennent les pluies diluviennes de mars dernier. La coordonnatrice préfère le laisser prolonger son séjour en clinique. Aujourd?hui, Moïse est heureux. Une école maternelle a fait une dérogation pour lui et il y a été admis. Il arrive à s?exprimer un peu mieux.
La Fondation Joseph Lagesse agit sur plusieurs fronts : elle offre un repas chaud aux enfants défavorisés de Roche-Bois et de Goodlands qui vont à l?école le ventre vide, travaille de concert avec le Mouvement pour le progrès de Roche-Bois et Safire sur les cas d?enfants des rues et finance la formation d?un éducateur du centre Idriss Goomany pour trois ans. Elle finance également des cours d?alphabétisation pour les détenus de la prison de Richelieu et soutient l?atelier Moz?Art.
En partenariat avec Caritas, la Fondation a mis en place un projet d?un million de roupies par an sur trois ans pour la création de Groupes d?éveil, qui travaillent à l?éveil sensoriel des enfants de deux ans et demi à quatre ans à Roche-Bois. Projet qui s?étendra à Bois-Marchand, cité Vallijee et Pailles. «Je suis convaincue que si nous nous attaquons au problème éducatif en amont, il y aura moins d?échecs aux examens de fin d?études primaires.» Un autre des gros projets de la Fondation est un partenariat avec Friends in Hope et l?Union européenne pour la création d?un centre pour les personnes souffrant de troubles mentaux dans le Nord.
Consciente qu?elle n?arrivera pas à tout faire, il arrive à Geneviève de Souza de faire jouer les contacts qu?elle a tissés depuis qu?elle coordonne la Fondation. «Il faut savoir travailler en réseau.»
Son seul regret est de ne pas arriver à faire comprendre aux gens que l?éducation est la clé de tout. «Je veux construire l?Homme, qu?il prenne conscience qu?il a un avenir devant lui. Les hommes sont plus réfractaires à cette notion. Cela m?embête quand je vois un père de famille de 45 ans me dire que "so fami inn met pous toultan" et qu?il ne voit pas l?utilité d?envoyer son enfant à l?école.»
Malgré ces réactions adverses, elle s?accroche grâce aux «petites réussites» comme celle de Moïse. En sus d?aider les plus démunis, elle veut aussi changer le regard des autres sur les pauvres. «Il y a des gens qui me disent qu?ils n?auraient pas pu faire ce que je fais ou voir ce que je vois. Si tout le monde pense ainsi, on n?arrivera à rien. Il ne faut pas croire que la pauvreté se guérira toute seule?»
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