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François Lim raconte la Chine de 1983
A l?occasion de la fête nationale de la République populaire de Chine (1er octobre), le défunt Mauritius Today, de feu Kher Jagatsingh, publie un dossier sur la Chine de 1983, dans lequel il invite le photographe François Lim à nous parler de sa Chine, à nous raconter cette Chine de 1983 qu?il a l?occasion de revoir car il fait partie de la délégation, à Pékin, du Premier ministre, Anerood Jugnauth, en mai 1983.
François Lim quitte la Chine en 1936, à l?âge de 20/22 ans, ce qui le fait naître entre 1914 et 1916. Maurice est depuis sa seconde patrie. Il n?oublie pas la Chine pour autant. Sa rétine de photographe continue à voir et à enregistrer, non la Chine, mais... en chinois. Il continue en tout cas à rêver en chinois. Il quitte la Chine, alors nationaliste, car elle nourrit mal son homme alors, surtout s?il est photographe. Il philosophe volontiers : «En Chine, il y a trois montagnes qui pèsent sur votre tête : la sécheresse, les inondations, la guerre civile». Il y a ou «il y avait» ? Seul l?avenir peut répondre à cette interrogation. On croyait le nazisme hitlérien et ses camps de concentration infernaux disparus à jamais... Et pourtant... Des têtes brûlées car rasées persistent à jouer avec un feu éternel nommé nostalgie hitlérienne et de race pure aryenne. Nous n?avons rien appris du krach financier de Wall Street du 24 octobre 1929. Et bien fou est celui qui croit mordicus qu?il n?y aura plus de bombe atomique, comme à Hiroshima et Nagasaki. Le prochain Titanic sera un futur avion à réaction, pouvant transporter mille et plus passagers. Il y aura l?écroulement encore plus spectaculaire d?autres tours jumelles approchant la centaine d?étages. La folie de l?Homme est simplement incommensurable. Il n?apprend rien de ses erreurs passées. Il récidive allègrement dès que l?oubli estompe certaines réalités peu glorieuses. L?Homme est un animal assez bête pour vouloir oublier complètement ses plus graves erreurs passées.
Pour retourner, non en Chine que François Lim délaisse en 1936, mais dans notre île Maurice bien aimée qui l?accueille, cette année-là, nous apprenons qu?il ouvre un studio de photographie à Rose Hill. C?est le Hollywood Studio. Il en possède un autre à la rue Chasteauneuf à Curepipe. Il adjoint à ses deux studios, un restaurant, le Sweet Home. En photographie comme en cuisine, il recherche la couleur, la lumière, le contraste, le portrait, l?expression. Il a toujours à sa disposition une chambre noire, même quand il n?est plus photographe professionnel.
Il travaille à Rose Hill ou à Curepipe mais il vit toujours en Chine, par l?esprit. La Chine, sa Chine, est le pays de la culture. Son frère, en Chine, est un grand peintre qui a même suivi des cours à l?Académie des Beaux-Arts, à Paris. Papa Lim aussi est un fin dessinateur. Le fils, Philippe, suit les traces photographiques de papa François. En 1983, il se trouve au Canada. François Lim conclut ce chapitre culturel chinois : La Chine c?est l?Art. Rien à ajouter. Tout est préparé avec art. Tout a une raison artistique. Pourquoi une nappe rouge sur la table à manger sinon pour rosir gaiement les visages des convives. Couvrez la table d?une nappe verte et ils auront l?air nauséeux. Une nappe jaune leur donnera l?air bilieux. Une nappe blanche les transformera en pierrots lunaires et même endeuillés. Une nappe brune ou ocre pourrait les métamorphoser en culs-terreux. Une nappe mauve pourrait même leur donner un semblant de militants. La nappe politique, par excellence, demeure la nappe écossaise, la couleur préférée des... caméléons.
Dès 1983, François Lim note de grands changements et une notable amélioration des conditions de vie en Chine. Il trouve un téléviseur et une radiocassette dans chaque foyer. Les enfants vont à l?école. Les vieux sont à la retraite à 60 ans et continuent à percevoir 70 % de leur dernier salaire. Les jeunes veulent tout savoir. Il y a beaucoup de discipline. Bref, rien de frelaté ni de mélanine dans la Chine de 1983 de François Lim.
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