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«Chaque Mauricien doit essayer d?imaginer ce que ?Maurice : île durable? signifie pour lui»
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«Chaque Mauricien doit essayer d?imaginer ce que ?Maurice : île durable? signifie pour lui»
● Que vous inspire le slogan «Maurice : île durable» ?
Il faudrait déjà savoir ce qu?on veut dire par «durable». ça peut être corruption durable, racket durable ou paradis durable. Comme on est très loin du paradis durable depuis longtemps, ça veut dire que si Joël de Rosnay veut faire de Maurice un paradis durable, on a un siècle de travail devant nous. Je crois plutôt que dans l?esprit des gens, ça veut surtout dire «business as usual». On hisse Joël de Rosnay au rang de sauveur qui va nous mettre sur la piste des énergies alternatives pour remplacer le pétrole. Du coup, tout pourra continuer comme avant. Ce qui veut dire deux millions de touristes et, surtout, une croissance économique durable. Ce qui est absurde.
● Pensez-vous donc que tout cela est incompatible avec une vraie «Maurice : île durable» ?
Evidemment ! C?est le mariage de la carpe et du lapin. Même si l? Establishment veut nous faire croire le contraire en essayant de nous le fourguer comme son leitmotiv. Le mot «développement» est tellement flou qu?il permet de faire n?importe quoi, en l?occurrence un développement incontrôlé et anarchique, du moment qu?il permet d?avoir un bilan financier positif à la fin de l?année. Dans la plupart des projets de développement, on s?arrange pour toujours externaliser tous les dégâts et les effets négatifs, en se disant que c?est le gouvernement qui va s?en occuper ou que c?est la communauté qui va payer les pots cassés. Développement, c?est forcément destruction, c?est forcement perte de capital naturel. On bousille tout. Si je devais dire à un développeur, «Monsieur, je vous autorise à mettre en place un projet hôtelier à l?île Maurice. Mais attention. Je vous donne un terrain en parfaite condition et je veillerai tous les jours pour voir ce que vous avez détruit. A la fin de l?année je vous ferai payer pour ces dégâts et cet argent sera utilisé pour tout restauré», il n?y aura plus un seul investisseur. L?investisseur ne vient que si on lui dit, «Monsieur, vous pouvez faire ce que vous voulez, on ne regardera pas les dégâts». C?est pareil pour l?aquaculture.
● Que faudrait-il donc faire pour préserver le capital naturel de Maurice ?
Il faut sortir de l?imaginaire «développementiste», raisonner et débattre du concept même du développement. Il faut savoir où tout ça nous entraîne. Si on finit par comprendre que ça va nous mener droit au mur, il faudra imaginer autre chose à la place de ce développement, cette course, cette croissance et cette compétitivité. Imaginer une façon de vivre où on fait enfin attention aux bien-être des gens et de la planète.
● Est-ce possible ?
Ce sera obligatoirement possible. Si on continue à aller dans cette direction, on ira droit dans le mur. J?ai 59 ans et j?entends parler de développement depuis 50 ans. Je vois bien que la situation est pire qu?avant. Je ne vois pas où a été le progrès depuis 50 ans. Arrêtons de dire que le développement c?est mieux.
C?est conçu comme un sacrifice parce qu?on s?imagine qu?on aura à se serrer la ceinture et qu?on ne va plus pouvoir jouer au jeu de la consommation. On perçoit ça comme un effort. Le seul effort à faire c?est un effort spirituel et intellectuel pour essayer de comprendre que le système actuel ne peut pas nous entraîner vers un mieux, même si la propagande affirme le contraire. Objectivement parlant, si on fait un vrai bilan, on ne peut pas dire que les choses s?améliorent. Pas seulement à Maurice, mais au niveau planétaire.
● Concrètement, pour mettre en place quel genre de modèle ? Comment créer des emplois ?
Nous ne sommes plus dans un projet d?emploi. Quand le système va imploser, il ne sera même plus question d?emplois. On est dans un projet de survie. Je ne donne pas cher, par exemple, du fonctionnement des grandes villes et des mégalopoles, où le simple fait de s?alimenter relèvera du dantesque.
● Quels sont les dangers environnementaux imminents qui guettent Maurice?
On a déjà tellement détruit et, en plus, on est autosuffisant en rien. On est totalement dépendants des importations, qu?elles soient alimentaires, technologiques ou autres. Ce qu?on devrait au minimum faire tout de suite, c?est assurer notre autosuffisance alimentaire. Mais ça va contre le «big business» qui préfère faire des profits avec des «Integrated Resorts Schemes», c?est-à-dire transformer la terre agricole en terre immobilière. Les gens disent qu?on assurera notre sécurité alimentaire à travers des joint-ventures avec Madagascar mais cela n?est pas réaliste !
Le jour où les Malgaches auront besoin de cette nourriture, ces joint-ventures couleront à pic. Quand les gouvernements de certains pays asiatiques ont décidé d?arrêter leurs exportations de riz, personne, pas même les entreprises multinationales, n?ont pu les faire reculer.
● Que proposez-vous ?
Pour commencer, il faudrait que tous les Mauriciens soumettent leurs propositions à Joël de Rosnay. Chaque Mauricien doit essayer d?imaginer ce que «Maurice : île durable» signifie pour lui. C?est à partir de là qu?on pourra peut être commencer à bâtir une île durable.
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