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Le destin international de Maurice

25 août 2008, 00:00

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Le destin international de Maurice

Depuis le départ de Madan Dulloo en mars 2008, c?est le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a pris le portefeuille des Affaires étrangères, cumulant ainsi, outre la primature, la défense, les affaires intérieures, la Fonction publique et les Réformes administratives, Rodrigues et les Territoires d?outre-mer du pays. Il va de soi que c?est trop pour un seul homme. L?île Maurice a besoin d?un vrai ministre en titre, une réelle vision pour notre diplomatie, parce qu?ailleurs le monde bouge, et rapidement. Le chef du gouvernement ne peut pas être en constant déplacement à l?étranger en qualité du ministre des Affaires étrangères.

Il n?est pas acceptable que le Premier ministre tarde à nommer un vrai chef de la diplomatie pour des raisons purement électoralistes et partisanes. Certains diront qu?il attend de savoir s?il doit ou pas organiser une élection partielle dans la circonscription d?Ashok Jugnauth, pour éventuellement faire savoir aux électeurs de la circonscription que son candidat serait ministre dans son gouvernement. Ce qui serait une motivation supplémentaire de l?électeur pour voter pour son candidat. Faire passer l?intérêt de son parti avant l?intérêt national est, bien entendu, fort condamnable et mérite une sanction sévère.

Le monde est aujourd?hui, comme on le dit communément, globalisé ou est devenu un village global. Un ministre des Affaires étrangères a un rôle crucial à jouer dans le développement de son pays, dans l?interaction avec d?autres pays. Il ne fait plus de la seule représentation à l?étranger. Il met en ?uvre une diplomatie d?influence suivant une stratégie ou une géopolitique bien réfléchie pour le bénéfice, le développement économique et le rayonnement de son pays.

La République de Maurice n?est pas un si petit État, même si nous faisons partie, avec raisons, des États insulaires. La République est composée de plusieurs territoires ou îles, répandus dans l?océan Indien, indépendamment de nos revendications sur les Chagos (dont Diégo Garcia) et de Tromelin. Nous sommes composés au moins de Maurice, elle-même, Rodrigues, Agaléga, l?archipel Cargados Carajos (St-Brandon) et d?autres dépendances comme les bancs Saya de Malha (40,808 km2 de sable émergé) et Nazareth et des îlots. Nous avons, en possédant de tels territoires, notre destin international à forger.

Il ne serait pas inutile de souligner que la République de Maurice a, au minimum, une Zone économique exclusive (ZEE) reconnue internationalement large de 1 294 000 km ! Alors que le Royaume-Uni, à titre comparatif, ne possède aujourd?hui que 3 973 760 km2. La Zone économique exclusive est les 200 milles marins (370,4 km) à partir des côtes du territoire national constituant le territoire marin (ou mer territoriale). Autrement-dit, la République de Maurice rayonne dans l?océan Indien. Ce territoire pourrait s?accroitre (devenir approximativement 1 900 000 km2) si Maurice récupère sa souveraineté sur les territoires faisant actuellement l?objet de contestation, à savoir, les Chagos et Tromelin.

Au 21e siècle, on ne peut pas négliger l?importance de l?étendue de notre territoire, qu?il s?agisse de terre ou de mer. Cette question a trop longtemps été négligée. Avec les nouveaux moyens technologiques et scientifiques, toute partie du globe peut être exploitée. A titre indicatif, le pôle Nord, autrefois laissé à l?abandon des seuls scientifiques est aujourd?hui l?objet de la plus grande convoitise entre les grandes puissances. Le Canada revendique son entière souveraineté alors que les États-Unis affirment que les eaux constituant le passage nord-ouest font partie du domaine international, donc accessibles à tous. Il en serait de même du pétrole ou d?autres ressources si jamais ils y sont découverts !

En ce qui nous concerne, notre espace marin nous procure d?emblée des ressources marines énormes. Par ressources, on entend celles résultant de l'exploitation de ses eaux pélagiques, du fond de l'océan, et du sous-sol de celui-ci. Les exploitations de surface sont également visées. Les parties émergées peuvent être exploitées à des fins touristiques. La mer peut aussi être exploitée à l?instar de ce que fait Dubaï quand bien même nous n?aurions pas les mêmes moyens financiers. Le moment pourrait venir un jour où nous disposerons le financement ou les promoteurs nécessaires. Il est également question aujourd?hui de fabriquer de l?énergie grâce aux vagues un peu comme les éoliennes grâce aux vents.

C?est pourquoi je pense que notre conscience territoriale doit demeurer un élément essentiel de notre diplomatie. La reprise sous notre souveraineté des territoires ayant fait historiquement partie de Maurice (les Chagos et Tromelin notamment, outre éventuellement comme l?a indiqué Paul Bérenger, les îles Glorieuses, Amsterdam, et St-Paul) doit constituer un axe principal de notre diplomatie. Cela ne doit pas être un simple sujet à évoquer, comme le fait l?actuel gouvernement, lors des rencontres internationales, pour avoir bonne conscience. Il est d?ailleurs fort regrettable que les autorités n?aient pas donné suite aux conférences de Paul Bérenger au cours desquelles il a fait la démonstration, arguments solides à l?appui, de l?appartenance à Maurice d?un certain nombre de territoires. Maurice (ou Isle de France) était le chef-lieu des Mascareignes et peut le redevenir.

Au-delà de la question territoriale, la République de Maurice est un relativement grand pays de par sa diversité culturelle et linguistique. Les grandes villes du monde, Londres, Paris etc., deviennent aujourd?hui cosmopolites à l?instar de ce que nous sommes déjà. Nous sommes constitués de cette diversité dès la création même de notre État. C?est un atout considérable à mettre au service de notre diplomatie. Pas seulement en faisant de la figuration ethnique lors des déplacements d?une délégation mauricienne à l?étranger (par exemple, mettre des sino-mauriciens dans la délégation lorsqu?elle va en Chine), mais en multipliant notre présence effective dans plusieurs pays. Il est bien malheureux de se rappeler que Maurice était absente lors du vote de l?adoption de la Convention sur la diversité culturelle le 20 octobre 2005, ce qui constitue un faux pas qui n?est pas passé inaperçu auprès de certains pays. L?absence de Maurice a été interprétée comme un soutien à la position, très minoritaire, des États-Unis et d?Israël. La République de Maurice devrait être à l?avant-garde en matière de diversité culturelle parce que nous sommes l?exemple vivant d?une grande réussite en la matière. Or, nous avons laissé passer une chance historique.

Par ailleurs, nous ne disposons pas plus d?une vingtaine d?ambassades auprès des pays étrangers malgré notre grande diversité culturelle et religieuse. Nous n?avons aucune ambassade après des pays du Golfe Persique alors que c?est une région qui connaît un développement économique d?envergure avec l?émergence de puissances économiques comme l?Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar etc. Ces pays se sont lancés dans une diversification de leur économie en faveur des nouvelles technologies, du commerce et du tourisme de luxe et des affaires. Nous devons y être présents pour récupérer une partie de ce développement à notre bénéfice. Nous y avons aussi une relation cultuelle forte avec notamment l?Arabie Saoudite de par le nombre de pèlerins mauriciens qui s?y rendent tout au long de l?année. Notre absence dans ce pays n?est pas justifiée. Nous ne sommes pas présents non plus en Amérique Latine alors qu?un pays comme le Brésil fait une percée sur la scène internationale. Le même raisonnement vaut pour l?Afrique du Nord qui connaît un boom économique. C?est le cas du Maroc et de la Tunisie. Inversement, très peu de pays étrangers de la planète ont une mission diplomatique chez nous. Nous devons les inviter à mettre en place une représentation chez nous. La situation actuelle ne correspond pas à notre capacité de rayonnement sur la scène internationale.

Il est urgent pour Maurice d?être présente auprès de tous les pôles économiques de la planète. Les Mauriciens, en tant qu?individus, y sont présents, d?ailleurs presque partout dans le monde grâce à l?émigration. Il n?est pas inutile de rappeler en ce sens que le Mauricien, de manière générale, réussit très bien son épanouissement à l?étranger et surtout dans les grands pays de la planète en Europe et en Amérique. Notre diversité linguistique et culturelle nous le permet.

Avec la mondialisation deux langues se sont imposées; d?abord bien entendu l?anglais et ensuite le français. Nous sommes un des rares pays, outre peut-être le Canada, à pouvoir pratiquer de manière générale le bilinguisme anglais-français. Nous pratiquons aussi d?autres langues non négligeables. C?est un atout considérable que nous devons davantage exploiter pour notre rayonnement. Nous avons une avance. Cela nous permet par exemple d?abriter des instances internationales ou, du moins, africaines ou régionales. Il est malheureux que par la faute de autorités actuelles l?île Maurice n?a pas pu accueillir en son sein la Cour africaine de Justice alors que Maurice présentait des atouts considérables : tradition démocratique et droit mixte (common law et droit civil français) et accessibilité aisée et pouvait être un consensus entre anglophones et francophones. Avoir chez soi des instances internationales est très important pour être mieux connu dans le monde. Cela participe à notre image, nécessaire, nous le savons tous, pour notre développement économique.

Nous devons faire un effort en ce sens. De par notre ouverture sur le monde, notre diversité culturelle et linguistique, Maurice doit abriter des instances internationales. De même, il nous appartient de multiplier l?organisation de colloques et conférences ou sommets d?envergure internationale chez nous. L?actuel régime n?a pas beaucoup d?actifs à cet égard contrairement aux temps où la famille militante était au pouvoir.

<I>Notre diplomatie doit faire ?uvre d?innovation et de propositions au sein des organisations internationales et non pas simplement signer des conventions ou traités élaborés par les autres. Nous avons un devoir d?initiative.</I>

Notre appartenance à plusieurs organisations internationales nous permet de faire un lien entre elles. Nous pouvons être un pont entre la Southern African Development Community (SADC) et le monde francophone. C?est dommage que cette idée, que j?avais lancée lorsque j?étais aux responsabilités, n?a pas été suivie par la suite. Nous pouvons également être un trait d?union entre le Commonwealth et la Francophonie.

Beaucoup de chantiers sont à ouvrir par notre diplomatie. Il ne suffit pas de faire venir quelques investisseurs étrangers chez nous. Parce que d?autres pays émergents économiquement font de même avec succès aujourd?hui.

Notre diplomatie doit faire ?uvre d?innovation et de propositions au sein des organisations internationales et non pas simplement signer des conventions ou traités élaborés par les autres. Nous avons un devoir d?initiative. A nous de participer ou prendre l?initiative de la rédaction des conventions. Récemment, Maurice a choisi de faire partie de la zone libre-échange des pays membres de la SADC (SADC free-trade area). Avons-nous analysé les conséquences pratiques d?une telle intégration ? Je ne le pense pas. Car qui dit zone de libre-échange dit également, à l?instar du modèle de l?Union européenne, libre circulation des personnes et des marchandises à court terme. Sommes-nous prêts à accueillir chez nous les ressortissants de certains pays membres de la SADC qui connaissent de graves difficultés économiques et politiques et administratives de manière récurrente ? Faut-il rappeler que certains des pays membres de la SADC sont dirigés par des régimes dictatoriaux et connaissent la rébellion, le génocide, et pratiquent la répression politique la plus violente et d?asile politique de manière débordante des ressortissants de ces pays. Certains ne sont pas des États dits capables encore. Je pense que Maurice aurait dû émettre des réserves à ce sujet.

Notre diplomatie doit être plus prudente. Il serait mieux pour Maurice de s?engager dans une aventure d?ouverture des frontières avec des pays qui pourraient nous tirer vers le haut que vers le bas.

<B>By Dr Ismaël DILMAHOMED</B> Ancien ambassadeur de Maurice en France</I>

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