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Voyage au pays du SEAFOOD

23 août 2008, 20:00

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Voyage au pays du SEAFOOD

1 Dans les frigos du FDM</B>

La société Froid des Mascareignes (FDM) est le grand frigo du secteur seafood. On y conserve la cargaison rapportée par les « thoniers-senneurs » battant pavillon européen et mauricien. Ce jeudi-là, on peut voir à quai la Sainte Rita, un bateau mauricien qui est rentré voilà plusieurs jours. Après une pêche au hareng d?une quarantaine de jours dans les bancs au Nord de Maurice, sa prise a été stockée dans les entrepôts de FDM, le tout conditionné à moins 26 degrés. « Nous débarquons et conservons le poisson d?après les normes sanitaires requises », explique Maurice Rault, Managing Director de FDM. Ces thons pris aux filets ont été conservés dans des congélateurs à l?intérieur des bateaux et une fois à terre, il importe de ne pas briser la chaîne de froid.

La société équipée d?une dizaine de chambres froides, a conservé en 2006 quelque 67 000 tonnes de thon et seulement 55 000 en 2007.

C?est là une des difficultés de l?industrie du seafood : le volume de poissons rapporté par les bateaux n?est pas pléthore. « Sous l?effet du changement climatique, certains poissons descendent dans les profondeurs marines et les filets des thoniers n?arrivent pas à les atteindre », explique Maurice Rault. Et quand le thon manque à l?appel, c?est toute la filière seafood qui en souffre.

2 Le thon sous toutes les coutures

Qu?importe. Après le stockage, les poissons surgelés de FDM peuvent être réexportés ou servir à approvisionner les compagnies locales du seafood telles Mer Des Mascareignes, Princesse Tuna ou Thon des Mascareignes. L?activité de cette dernière est la valorisation des produits de mer à travers la production de longes de thon précuites, destinées aux marchés européens. Mode d?emploi : une fois que le poisson arrive sur la chaîne de production, il est décongelé, découpé et mis aux fours industriels. A l?issue de l?épreuve du feu, le thon est refroidi et nettoyé et la longe est récupérée. Celle-ci est ensuite réduite en miettes et en morceaux pour être mise en poche. Les poches de thon sont par la suite commercialisées en Europe et sont principalement destinées aux restaurants et aux cantines scolaires. Sur une année, c?est environ 8 000 à 9 000 tonnes de poches de thon, variante du seafood, qui sont exportées par la société. Elle est aussi spécialiste dans le venteresse (partie la plus raffinée du thon) et dans le steak de thon cuit, alors que sa cons?ur Mer des Mascareignes se spécialise, dans le produit congelé (steaks, bâtonnets, cubes).

Selon Patrice Robert, General Manager de Thon des Mascareignes, le fait que le secteur du seafood souffre d?une certaine méconnaissance est également un défi. « C?est un secteur qui est nouveau et comme le textile à l?époque, il y a un certain nombre de défis à relever », soutient-il. Pour pouvoir prendre son envol, le secteur devra aussi compter sur des compétences étrangères. « Il faudra faire venir les meilleures compétences pour faire décoller ce secteur », explique Patrice Robert.

3 Exportation sous contrôle

Le seafood ne s?exporte pas facilement. Pour cause, c?est un secteur qui est régit par des normes sanitaires strictes issues des directives européennes. C?est aussi une des raisons pour lesquelles on ne voit pas de petit opérateur dans le secteur du seafood, car celui-ci exige des normes contraignantes et budgétivores. Premièrement, il y a les règles d?origine. « Il faut qu?on achète nos produits de mer aux armateurs européens pour ensuite pouvoir avoir accès au marché européen », explique Patrice Robert.

Et comme le pays n?a pas une flotte mauricienne, la solution c?est de dépendre des Européens. La règle d?origine permet, entre autres, la traçabilité. Sa société est aussi en voie d?accréditation pour le British Retail Consortium (BRC) qui permettrait à Thon des Mascareignes de vendre ses aliments à des géants de la grande distribution britannique tels Marks & Spencer, selon les normes requises par celui-ci. Même si les opérateurs du seafood exportent aussi aux Etats-Unis, le marché européen est, à leurs yeux, le plus contraignant en termes de normes phytosanitaires, de certification des produits de mer et de leur origine.

Mer des Mascareignes a d?ailleurs commencé à exporter ses produits vers l?Europe au mois de juillet. « Les vétérinaires mauriciens ont émis le numéro d?agrément. C?est en juillet, une fois que le numéro a été publié à Bruxelles que l?on a eu le droit d?exporter nos produits », fait ressortir Christopher Talbot, General Manager de Mer des Mascareignes. Le défi est de pouvoir respecter des procédures liées aux directives européennes. Quant aux laboratoires d?analyse des produits pour l?exportation, ils doivent se mettre aux normes internationales.

4 Dans l?assiette du consommateur

Proposer du thon au menu d?un restaurant européen peut être assimilé à un parcours du combattant pour un opérateur du seafood. Car, avant que le thon ne soit servi à la carte, dans les chaînes de distribution ou dans les cantines, le produit aura respecté les normes phytosanitaires et aura passé plusieurs tests. Et même une fois dans l?assiette, au moindre pépin, la filière peut être remontée grâce à la traçabilité. Chaque produit exporté dispose en effet d?un étiquetage avec un numéro de lot qui permet de savoir le nom du bateau, la zone de pêche, le bac où le poisson a été stocké, le jour où il a été traité à l?usine, etc. Le système informatique de code-barres permet de conserver la trace de chaque produit grâce à un étiquetage automatique. Après l?épisode de vache folle et du poulet à la dioxine, les Européens se montrent plus prudents quant à la provenance de leurs aliments et le thon n?y échappe pas. Par exemple, selon les mesures indispensables pour exporter vers l?Europe, chaque colis de thon doit passer par un détecteur de métal. Sans doute le défi des opérateurs locaux est de respecter les normes sanitaires, de satisfaire le consommateur européen et de préserver la réputation du seafood mauricien comme un pôle d?excellence et de qualité.

5 Les bateaux à l?épreuve

Sans bateaux de pêche, pas de seafood.

Et pourtant, les opérateurs se plaignent du manque d?officiers compétents et de skippers, ainsi qu?une réglementation contraignante les obligeant à avoir un permis de travail pour les travailleurs étrangers.

Certains opérateurs réclament que l?embauche de la main-d?oeuvre pour les bateaux de pêche soit libéralisée.

D?autre part, la flambée du cours du pétrole ne facilite pas les opérations de sortie en mer, sachant que la tonne de gazole est de 1300 dollars alors qu?un navire en brûle une tonne par jour. Cela dit, une fois que les bateaux de pêche ont jeté l?ancre dans le quai à Port-Louis, ils ont besoin de maintenance technique et de changer d?équipage. Et c?est là que le Chantier naval de l?océan Indien entre en jeu.

Celui-ci s?occupe de la réparation des navires, qui sont théoriquement en maintenance tous les 30 mois.

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