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La fièvre Julie

24 août 2008, 00:00

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Images d?ambiances

Au Caudan

« Bat li. Bat li. Fer li gagne dimal do. » Non, ce n?est pas la voix d?un écolier qui incite son copain à cogner son agresseur. C?est celui d?un jeune homme qui regarde le combat qui oppose Bruno Julie au Cubain, Yankiel Leon Alarcon. Comme de nombreux spectateurs, il s?est rendu à l?esplanade du front de mer du Caudan pour suivre le combat sur un écran géant.

La petite foule qui s?y est massée fait cause commune pour Bruno Julie sans être chauvine. Lorsque Bruno marque un point, elle respire et applaudit. Quand le Mauricien en perd un, comme un seul homme, elle soupire. « Come on la dan do », insiste un autre spectateur qui ne comprend pas pourquoi Bruno ne passe pas à l?offensive.

La petite foule jubile lorsque le Mauricien se hisse au niveau de Yankiel à la suite d?une pénalité infligée contre ce dernier. Finale-ment, elle doit s?avouer vaincue.

Le tableau d?affichage est en faveur du Cubain. Sportivement, elle applaudit. Cependant, un membre de l?assistance précise que « c?est Bruno que nous applaudissons ».

À « Jumbo », Riche-Terre

15 h 30 vendredi à Jumbo, Riche-Terre. Tiens, les rayons sont vides. Non, pas tous. Loin du « riz en super-promo », trois rings s?improvisent autour du super-héros. Les écrans plats de Canalsatellite et ceux de Galaxy sont cernés. Mais c?est à l?intérieur du supermarché que les clients-supporters s?agglutinent plus nombreux.

« Allez?, allez, manz are li? » Le nez sur les images de la BBC, le regard enfiévré, un homme scande une série d?encouragements. Une mère, son bébé dans les bras, tressaille à chaque impact. D?autres miment, la tête encastrée dans les épaules, l?enchaînement censé terrasser l?adversaire cubain. En vain. Sans rancune : Jumbo applaudit. « Li ti ene zoli match mais la chance pas ti ek li », analyse à chaud un groupe de travailleurs du coin. Tous hâtent le pas jusqu?au parking : « Patron pé atane ! »

Au Parlement

15 heures à l?Assemblée nationale. Les ministres et députés sont assis à leur place habituelle pour prendre leur thé agrémenté de petits fours.

Et comme tous les Mauriciens, ils n?ont pas l?intention de rater le match de Bruno Julie. L?impatience peut se lire sur les visages. De son côté, le Premier ministre assiste au match dans son bureau, préparation de deux projets de loi relatifs au secteur du travail oblige.

Lorsque le boxeur apparaît enfin, les parlementaires ne cachent pas leur joie et applaudissent en ch?ur. Dès lors, les yeux ne quittent plus l?écran géant. Tous suivent les mouvements du boxeur cubain, tout en félicitant le « Creole Crusher » pour ses coups bien placés. A chaque round, les parlementaires y croient. Mais ils déchantent lorsqu?arrive la fin du match et la défaite du Mauricien. « Non, l?arbitre est contre Julie », peut-on entendre dans la salle. Mais Bruno s?est bien battu et a fait honneur au pays, concèdent les parlementaires.

Alors que le Premier ministre regagnait le Parlement, il n?a pas caché sa déception au leader de l?opposition tout en déclarant, « la ossi ena mardaye ».

À Pékin

« Vas-y, Bruno ! », « On est là ! ». Les clameurs fusent des gradins. Grosse ambiance au Palais des sports des travailleurs de Pékin. L?équipe mauricienne est presque au complet. La force du clan s?appelle Adam, Lascar, Etiennette, Colin et les autres. Ils ont débarqué dans des t-shirts bariolés au marqueur et sur lesquels était inscrit le nom de leur héros, accroché des drapeaux, prévu du spray pour se colorer les cheveux. Mais pas le temps, le combat commence. L?haltérophile Ravi Bhollah est remonté comme un coucou. Dans le brouhaha, il annonce la couleur :

« On est là pour hurler ! » Un ?il sur le ring, l?autre sur le tableau d?affichage. Et ça pousse, ça pousse. Les « tire so manzer » descendent des tribunes. « Allez?, Allez ! ». Dernier round, dernière chance de convertir le bronze en argent : « Go Bruno ! », « Lève ta garde, avance ! ». Au coup de gong final, la décision ne fait aucun doute : malgré la défaite, place à la fête.

Dans les bureaux d?Harel Mallac

« Film là pas encore coumencer, to pe fini dire tou? » La tension est palpable à 15 minutes du grand match. Comme toute l?île, les employés d?Harel Mallac retiennent leur souffle. À l?entrée de Bruno Julie, tous applaudissent celui qui est devenu, « notre fierté nationale ». Des « Kasse so latet », « Donner Bruno » se font entendre tout au long du combat. Hélas, l?enthousiasme laisse place à une certaine amertume quand le Cubain est clamé vainqueur. Peu importe, car le « Creole Crusher » a porté le drapeau mauricien très haut et devant les yeux du monde entier.

Réaction

Sir Anerood Jugnauth, président de la République :

« Un exemple pour les jeunes »</B>

« Une belle réussite. » Tels sont les mots du président de la République, sir Anerood Jugnauth, pour qualifier la prestation du boxeur, Bruno Julie, en quart de finale des Jeux olympiques. « Bruno Julie est un exemple pour les jeunes et une fierté pour le pays », poursuit-il. Le président précise qu?il a pu assister aux deux combats du Mauricien, mais pas au troisième, car il était à Hong-Kong et faisait route vers Maurice.

Par ailleurs, sir Anerood Jugnauth souligne qu?il a été très bien reçu lors de sa visite en Chine. Il a également pu se rendre sur divers sites où se tenaient les jeux.

« Pour moi, les jeux de Beijing sont extraordinaires et très bien organisés. Je pense que ce sera un véritable défi pour le prochain pays organisateur de faire mieux. »

Seul le Sri Lanka avant nous

Bruno Julie n?est pas entré seulement dans l?histoire de Maurice, mais de toute la région. Le Mauricien a offert aux îles de l?océan Indien une troisième médaille olympique. Les deux premières avaient été remportées par le Sri Lanka en 1948 (argent) et en 2000 (bronze). Aucun autre pays de la région n?a ouvert son compteur olympique.

Baptêmes olympiques

Outre Maurice, quatre pays savourent leur toute première médaille aux jeux.

Bahreïn

« Ce n?est pas l?argent mais la gloire qui me motive », avait expliqué Rashid Ramzi. Mission accomplie. En décrochant l?or sur 1500 m, ce coureur d?origine marocaine a offert à son nouveau pays un palmarès olympique.

Tadjikistan

« Coup double pour ce petit pays d?Asie centrale ! Les héros de tout un peuple s?appellent Yusup Abdusalomov, en argent, et Rasul Boqiev, en bronze. Le premier est lutteur, le second judoka.

Afghanistan

En décrochant la troisième place du tournoi de taekwondo (58 kg), Rohullah Nikpai a reçu une maison en cadeau de la part des autorités afghanes, sur décret du président Hamid Karzaï !

Togo

Qui eût cru que la première médaille olympique de l?histoire du Togo viendrait du kayak ? Benjamin Boukpeti, en bronze, l?a fait, même si cet athlète né en France n?a qu?une vague idée du pays qu?il vient d?inscrire sur la carte des jeux.

La « Juliemania »gagne les jeunes

«Creole Crusher. » Ces deux mots, clamés par le commentateur australien Mike Schiavello, sont désormais sur toutes les lèvres. Mais ils ont aussi donné des idées et des envies à certains. Surtout chez les jeunes. En effet, ces derniers rêvent volontiers au jour où ils seront propulsés au même rang que Bruno Julie, leur « idole ».

Pas de doute, le premier médaillé mauricien olympique entré dans l?histoire, est une « réelle motivation pour bon nombre de jeunes », affirme Richard Sunee, médaillé d?or aux jeux du Commonwealth en 1998. En effet, beaucoup de parents se renseignent déjà afin d?inscrire leurs enfants à des cours de boxe. « Il y avait déjà un intérêt pour ce sport, cependant il s?est accentué avec la performance de Bruno Julie », précise Judex Bazile, coach au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Mais cette demande en hausse pour les cours de boxe va susciter une certaine organisation. « Il faut plus d?efforts pour encadrer ces jeunes », poursuit Judex Bazile. Car avec un nombre restreint d?entraîneurs, il devient impératif de procéder à une restructuration pour garantir d?une part, les cours de boxe éducative, adressés aux jeunes à partir de dix ans, et d?autre part, les cours de boxe amateur, destinés à ceux âgés de quinze ans. Avis aux intéressés, la procédure de détection-initiation est enclenchée !

Un bronze qui vaut de l?or

«Go for Gold Bruno. Be a Leader. » Comme le groupe Harel Mallac, on y croyait mais le sort en a décidé autrement. Certes, Bruno Julie nous reviendra avec une belle médaille olympique? de bronze.

Mais qu?importe le métal, celui qui a changé l?histoire se verra gracieusement récompenser ses efforts.

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a exprimé sa fierté et son contentement quant au parcours et à l?exploit de celui qui a fait briller les couleurs de notre pays devant le monde entier. Pour ce faire, les autorités lui ont accordé un pactole de Rs 600 000 au lieu des Rs 200 000 pour l?obtention d?une médaille de bronze et ont augmenté sa prime mensuelle qui se chiffre désormais à Rs 20 000.

Vincent Chowrimootoo, coordinateur marketing et communication, explique : « Le groupe Harel Mallac s?est reconnu en Bruno Julie à travers des valeurs communes : la quête de l?excellence et une recherche constante de la performance. »

De ce fait, Bruno Julie s?est vu offrir la somme de Rs 150 000, « en guise d?encouragement ». Et pour finir, la Compagnie nationale de transport (CNT) le gratifie d?un ticket de bus gratuit à vie. Vivement la médaille d?or, alors !

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