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Durable ?

24 août 2008, 00:00

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Durable ?

On ne peut plus ouvrir un journal, ouïr une prophétie d?un homme austère et renseigné, écologiste en général, sans que vous soit assené ce mot à la fois inquiétant et prometteur : durable. Développement durable, énergie durable (et renouvelable), croissance durable, etc. Je suis sans doute très bête, mais je n?ai toujours pas compris ce que l?on entend ? aujourd?hui ? par là. Il m?avait toujours paru évident que les gens qui cherchent, mettent au point, fouillent la terre et le ciel, ne souhaitaient que trouver et « maintenir » le résultat de leurs travaux. Que la découverte, l?invention restent durablement en état de fonctionnement. C?est la définition même du progrès industriel, qui va d?étape en étape afin d?aller toujours plus loin.

Nous, particuliers, quand nous achetons une maison, une voiture ou un autocuiseur, nous souhaitons qu?ils durent le plus longtemps possible, c?est le bon sens même? C?est le souci de toute personne consciente et responsable. A commencer par l?état de sa propre santé. Dans ce domaine, on observe pourtant que beaucoup se détruisent allègrement, s?imaginant assez « durables » malgré l?accumulation d?erreurs funestes, de comportements suicidaires liés à l?alcoolisme, au tabac, aux stupéfiants, à la conduite automobile. On se tue allègrement sans trop s?inquiéter de sa durabilité. Autant, durant les guerres sévit la nécessité du récupérable, (je me souviens qu?en 40-50, on gardait tout : vieux bouchons, bouts de ficelle, papier-journal, carton, bouteilles, etc. car l?on n?avait plus rien !) autant, désormais, on nous encourage à jeter. Acheter ce qui sera à jeter : stylos, briquets, slips, chaussettes, mouchoirs, rasoirs, appareils photos? Sans parler de cette masse envahissante d?emballages en plastique. L?homme est un producteur de déchets sans cesse croissants.

Alors, jetable ou durable ? En cette affaire, le gaspillage des uns fait le bonheur des autres. Ainsi, dès l?aube, on peut voir, (je l?ai constaté en France) des gens, plus avisés que démunis, s?équiper en mobilier, en ustensiles divers, avant que la voirie ramasse les poubelles de leur quartier. On n?imagine pas tout ce qui est jeté à la rue par les locataires d?immeubles : réfrigérateurs, gazinières, canapés, matelas, fauteuils, chaises, voitures d?enfant, télévisions, etc. Non que ce soit inutilisable, mais simplement pour changer de décor, se remettre au goût du jour. On n?a d?ailleurs pas la place de stocker. Désormais on jette, parce qu?il faut jeter. Pour acheter du neuf, entretenir la production.

Cette prétention récente de vouloir éterniser ce qui ne saurait l?être me paraît bizarre, en contradiction avec les m?urs du temps. A moins d?inverser complètement le système : entrer en phase de « décroissance ». Renoncer, au lieu de désirer toujours plus, comme l?écrivait François De Closets dans deux études remarquables. Mais qui est prêt à délaisser son auto au profit de la marche, du vélo ou de la calèche ? Le XIXe siècle n?a pas cessé de glorifier la toute-puissance de la machine, le confort, la vitesse, multipliée par l?industrie ; le mieux-être apporté par la technique, la chimie, les découvertes biomédicales. A qui fera-t-on croire aujourd?hui que la force du vent, le rayonnement solaire peuvent équivaloir, à grande échelle, à la carburation du pétrole, du charbon ou de l?électricité ? Autant les moulins à vent ou à eau avaient un charme inscrit dans le paysage (beaucoup fonctionnent encore d?ailleurs) tout en répondant aux critères de l?énergie durable, autant ces « éoliennes » qui tournent comme hélices sans avion enlaidissent le paysage, en ne fournissant qu?une énergie de bricoleur?

La seule énergie, durable, puissante autant qu?économique, semble rester la Fée Electricité. Produite par les barrages hydro-électriques et les centrales nucléaires ? (qu?on le veuille ou non, l?avenir est dépendant du nucléaire?) elle constitue l?énergie renouvelable la plus sûre. Sera durable ce que l?on décidera de faire durer. Il faudrait enfin renoncer à cette civilisation du déchet, orienter la production vers des réalisations plus artisanales, moins polluantes? C?est tout un changement de mentalité à entreprendre, tâche longue et difficile? Inculquer l?idée d?une « décroissance » sans ramener la peur de la pauvreté sera difficile. Il faudra apprendre à concevoir l?existence sous un jour moins matériel que profitable, c?est-à-dire tournée vers une nouvelle simplicité, loin de cette jouissance de l?accumulation qui étourdit et gonfle l?inutile?

Au demeurant, notre monde est périssable. On peut l?économiser, le préserver, respecter le génie de la nature, arrêter de dégrader nos ressources, nous y avons tout intérêt ; mais, si l?on peut freiner l?entropie, on n?arrête pas l?usure du temps? Il faudrait que tout le monde s?entende sur ces notions de durable, de renouvelable, d?alternatif, et aussi que les publicistes orientent les impulsions d?achat vers des domaines plus? raisonnables. Car l?être humain est facilement manipulable, crédule, et assez docile quand on lui fait miroiter des félicités. Félicités qui comportent leurs poisons?

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