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«J?inviterai Cunningham à reprendre son emploi»
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«J?inviterai Cunningham à reprendre son emploi»
● <B>Quelle interprétation donnez-vous à ce que nous pouvons maintenant appeler le feuilleton Bert Cunningham ? </B>
Dès le retour du Mouvement militant mauricien au pouvoir, en tant que ministre des Finances, je demanderai à Bert Cunningham de bien vouloir reprendre son emploi à la douane. Car la décision de la Mauritius Revenue Authority de limoger le meilleur de ses éléments est inadmissible. Cette décision a choqué, de façon profonde, l?île Maurice. L?on se demande encore pourquoi un tel limogeage. Quelles ont été les motivations du ministre des Finances, l?instigateur de l?acte de limogeage ? Pourquoi faire partir, justement, celui qui est devenu dans ce pays le symbole de la lutte contre la fraude et la corruption à la douane ? Le choc émotionnel qu?a provoqué le départ de Bert Cunningham au sein de la population est à la mesure de l?aberration d?une telle décision.
Etant donné le nombre impressionnant de scandales qui secouent le pays, la mise sur pied d?une commission d?enquête était devenue une nécessité impérieuse. Le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, a opposé un refus catégorique à cette demande légitime. Ainsi, en adoptant une telle attitude, Navin Ramgoolam est en train de défendre l?indéfendable. Par ce refus, il renforce de plus en plus le sentiment de suspicion au sein de la population. Les doutes sur la probité de ce gouvernement ne font que se confirmer. Tout ce qu?on reproche aujourd?hui à Bert Cunningham, c?est d?avoir eu le courage de dénoncer l?infiltration de la mafia dans les plus hautes sphères de l?Etat et dans les services gouvernementaux.
● <B> Ne pensez-vous pas que vous portez ainsi des accusations, sans aucun fondement ? </B>
Je parle en connaissance de cause. De 1983 à 1990, j?étais, en tant que ministre des Finances, responsable de la cellule anti-drogue du gouvernement. Je salue le Premier ministre d?alors, Anerood Jugnauth, pour le soutien sans faille qu?il m?avait accordé. J?ai reçu plusieurs menaces de mort, venant de trafiquants de drogue qui bénéficiaient d?appuis surprenants. Muslim, mon chauffeur, a même été grièvement blessé à l?acide par la mafia. Cette dernière a des connexions dans les institutions de l?Etat. La menace qui pèse sur nos institutions est bien réelle.
● <B>Mais, enfin, que reprochez-vous aux institutions publiques ?</B>
Le système a été perverti. J?ai institué en 1983 le système qui consiste à recruter des conseillers techniques. Le but visé était de permettre à l?Etat de recruter, sous contrat, des professionnels avec un objectif très précis. Ainsi, l?Etat pourrait corriger certaines déficiences dans la fonction publique. Aujourd?hui, le système, qui devait venir combler un vide, est devenu un instrument politique. Le recrutement des conseillers techniques, pour la plupart, se fait de moins en moins au sein d?une catégorie de professionnels. Au contraire, ces conseillers sont devenus de vulgaires agents politiques. Au point où certains d?entre eux sont plus craints que leur ministre de tutelle.
D?autres sont devenus des hommes à tout faire de leur ministre. Des présidents à temps partiel d?institutions (dont le rôle se limite à la présidence d?un conseil d?administration) se comportent aujourd?hui en véritables P.-D.G., occupant les bureaux des institutions concernées. Ils dépouillent le directeur exécutif de toutes les responsabilités qui incombent à ce dernier dans la gestion quotidienne de l?organisation. Par-dessus le marché, ils jouent le rôle de représentant du ministre qui les a placés à ce poste. De cette situation, on aboutit à deux cas de figure.
<I>«La décision de la Mauritius Revenue Authority de limoger le meilleur de ses éléments est inadmissible. Cette décision a choqué, de façon profonde, l?île Maurice. L?on se demande encore pourquoi un tel limogeage».</I>
Le président du conseil d?administration peut se mettre à dos le directeur général et l?efficacité de l?organisation est compromise. Dans le second cas de figure, les deux deviennent des copains, voire des complices. Quel qu?en soit le cas, ce sont les institutions qui sont perdantes et le pays n?en tire rien. Je souhaite vivement que le recrutement des professionnels se fasse sur la base de leurs aptitudes à apporter des contributions techniques dans la fonction publique. Il faut donner aux institutions publiques leur éclat d?antan, car leur image est aujourd?hui bien ternie. C?est ce que nous nous attellerons à faire.
● <B>Par quels moyens comptez-vous réussir un tel tour de force ? Les institutions ne valent que les hommes dont elles se composent?</B>
C?est bien possible. En m?assurant simplement, au nom de la bonne gouvernance, qu?un président de conseil d?administration à temps partiel cesse de se comporter comme un Chief Executive Officer. En m?assurant qu?il cesse d?empiéter sur la gestion quotidienne de l?organisation. En faisant le maximum pour que la gestion quotidienne de l?institution soit confiée à des professionnels, à ceux qui sont dans l?organisation. Ces derniers, à leur tour, ont le devoir d?informer le conseil d?administration de tout ce qui se passe. Ces institutions doivent être gérées comme des entités commerciales, de façon viable, en toute transparence. En donnant soi-même, au sommet de l?Etat, le bon exemple, l?on réussit à faire de grandes choses.
Propos recueillis </I> <B>Par Nico PANOU</B>
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