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Un monde meilleur

23 août 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Nazim ESOOF</B>

Qu?est-ce qui pousse un homme à livrer une bataille homérique ? A prendre des risques et des coups ? Ce n?est certainement pas pour le seul plaisir de régler des comptes. Ce serait de la pure inconscience. Surtout lorsqu?on sait qu?il aurait été plus sage de se la fermer et de prendre l?avion avec ses indemnités de licenciement. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Le Canadien Bert Cunningham, ancien directeur des douanes, s?est plutôt appesanti à dresser une liste de scandales qui, selon lui, méritaient de passer devant des cours de justice.

Il y a, dans la démarche de Bert Cunningham, une dose de bravade. Il faut certes du courage pour se lancer dans une telle entreprise de dénonciations mais aussi un grain de folie. On ne déclare pas la guerre aux institutions, aux puissants voire aux gouvernants d?un pays sans savoir qu?on subira les pires opprobres. On l?ose encore moins lorsqu?on est étranger sur une terre qui a une certaine propension à la xénophobie. Ces derniers jours, le Canadien doit s?en être rendu compte. Il est vrai que le soutien spontané de la rue témoigne de la grande méfiance à l?égard de certaines institutions. Il est cependant également vrai qu?on est à Maurice. Il ne faudrait donc pas être surpris lorsqu?on entend des politiques lancer contre Cunningham des épithètes habituellement réservées aux adversaires politiques, le légendaire «batchiara.» C?est dire le degré de méchanceté qu?on peut atteindre lorsqu?on veut protéger ses prébendes et le pouvoir.

Il demeure les questions que se pose l?opinion. Si elle a toujours cru en ses institutions, elle n?est pas dupe au point d?ignorer que dans des couloirs obscurs se trament des intrigues. C?est ce que met en exergue la croisade de Bert Cunningham. Sans prendre sa parole pour de l?argent comptant, il faut néanmoins écouter cette parole qui attire l?attention sur les gangrènes qui fissurent l?édifice institutionnel.

Le Premier ministre, comme d?autres, affirme à juste titre qu?il ne faut pas compromettre l?équilibre des institutions. En revanche, il arrive un moment dans l?histoire d?un pays où il faut savoir bousculer l?ordre établi pour créer une nouvelle dynamique fonctionnelle. C?est ce dont a besoin cette île, d?autre part engagée dans un vaste chantier de réformes. Si l?on veut être cohérent dans cette initiative, il n?y a d?autre choix que celui de remettre en question des pratiques anciennes et des réflexes ataviques.

Les plus optimistes prétendront qu?on n?est pas encore arrivé au point où il faut procéder à un grand ménage. Pour les plus réalistes, il s?agira de débarrasser la société mauricienne de certains dysfonctionnements et surtout de la cupidité de certains. Existerait-il une voie médiane ? Probablement. Mais, il importe surtout de souligner qu?elle ne rime pas avec statu quo. Or, en matière de réforme des institutions, l?immobilisme est un trait de caractère dont on ne parvient pas à se déprendre.

L?île Maurice, au fil du temps, s?est passablement accommodée d?une rituelle alchimie où développement se conjuguait avec faveurs. Tout le monde en a profité. Tout le monde en a payé le prix. Du financement des partis politiques, du passe-droit dont se targuent les agents, du mutisme de ceux qui avaient fini par faire abstraction de l?avancement par le mérite, du prix que d?autres ont payé pour ne pas être ennuyés? Bref, toutes ces pratiques qui ont perverti le système.

L?opinion s?est réjouie ces derniers temps de l?émergence de quelques concepts neufs comme la transparence et l?«accountability». Elle espérait que le secteur concurrentiel se plierait au jeu. Elle attendait du landerneau politique une réforme du système électoral qui tiendrait en compte la question du financement des partis. Elle espérait que sa police ne mettrait plus sur le compte des fameuses brebis galeuses toutes ses carences. Elle rêvait, non d?une société idéale, mais d?une société qui travaille à devenir meilleure. Toutes les affaires récentes font à nouveau surgir les doutes.

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