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La menuiserie cherche son plan d?attaque

20 août 2008, 00:00

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Se tourner vers une production à forte valeur ajoutée. Yousouf Dil Mohamud l?a compris. Dans son entreprise de menuiserie DIY Furniture, à la rue M.A.R. Nawab, à Bois-Marchand à Terre-Rouge, il s?affaire à offrir aux particuliers en quête de meubles personnalisés un produit de qualité. Mais malgré la qualité artistique des meubles personnalisés fabriqués sur commande, une bonne frange de Mauriciens préfère acheter des meubles préfabriqués et exposés en magasin. «Notre clientèle s?est considérablement réduite. Environ 80 % du marché des meubles est détenu par les grands magasins. Seuls ceux qui recherchent une valeur artistique viennent encore vers nous», explique Yousouf Dil Mohamud.

«Les travaux sont minimes, les importations ne nous permettent plus d?avoir des commandes», déclare Vijay Mootia, semblant désemparé. Il est menuisier de formation et est resté fidèle à sa profession depuis plus d?une vingtaine d?années. Il a érigé chez lui, à Cassis, sa petite entreprise où il travaille avec un seul employé. Il est conscient qu?il ne pourra jamais arriver à ravir la vedette aux grands magasins, avec leurs attrayantes conditions de paiement. Bon nombre de ces commerces exposent des meubles fabriqués par des Mauriciens.

Maya Sewnath, directrice générale de SSS Furniture, est l?une de ces entrepreneurs mauriciens spécialisés dans la fabrication industrielle de meubles. Du côté de SSS Furniture, ce n?est pas la grande joie non plus. Maya Sewnath indique que depuis la réduction des taxes douanières dans l?avant dernier budget de l?Etat, une certaine morosité a gagné le secteur de la menuiserie. «D?ici cinq ans, nous risquons de ne plus avoir de menuisier à Maurice. Les importations des pays de l?Asie nous envahissent», s?inquiète-t-elle. Le coût de l?énergie et celui de la main-d??uvre sont autant d?éléments qui ne leur permettent pas de pratiquer un prix bas capable de résister à la concurrence.

A entendre Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius, la situation n?est pas si alarmante. Le marché des meubles à Maurice compte seulement 20 % d?importation. Les autres 80 % sont produits sur place, a-t-il déclaré.

Le secteur de la menuiserie est constitué de huit entreprises d?exportation, de 37 petites et moyennes entreprises et de 4 000 micro entreprises domestiques qui emploient environ 9 000 personnes des 12 000 que compte le secteur de la menuiserie.

Amédée Darga reconnaît que le secteur de la menuiserie est en proie à des difficultés, dont les plus importantes sont des problèmes de capacité de gestion administrative et de production. Des problèmes de capitalisation, malgré les plans de financement disponibles, font partie du quotidien des menuisiers. Viennent enfin des problèmes de technologie, qui demandent une modernisation des équipements de production, et celui de regroupement des professionnels pour la centralisation des services. «Il a été noté une résistance des professionnels de la menuiserie à travailler ensemble», a fait remarquer Amédée Darga.

Maya Sewnath relativise cette «résistance à collaboration» entre les menuisiers. Elle estime que certaines propositions venues du gouvernement ne convenaient pas aux menuisiers, ce qui a bloqué peut-être l?évolution du dossier. Elle dit constater que le gouvernement tarde à mettre en place des infrastructures pour le regroupement de services. Cette démarche aurait considérablement réduit leurs coûts de production, et leur aurait offert des possibilités d?exposition de leurs produits, entièrement finalisés et qui auraient convaincu beaucoup plus de clients.

Le président d?Enterprise Mauritius recommande aux entreprises de menuiserie de revoir leurs stratégies de marché en allant vers des activités à forte valeur ajoutée. Il cite en exemple un groupe de huit petites entreprises qui a soumis un projet de «village de la menuiserie» et qui a obtenu le soutien d?Enterprise Mauritius. Dans le même temps, un expert français est commis pour apporter des services conseils en gestion et organisation aux acteurs du secteur de la menuiserie.

Le secteur de la menuiserie pourra aussi bientôt bénéficier du fonds des Rs 500 millions que le gouvernement a mis en place pour le soutien du secteur manufacturier, affirme Amédée Darga. Un certain nombre de projets seront engagés. Cependant, «les artisans et les responsables d?entreprises de ce secteur devront faire l?effort d?améliorer leur compétitivité», a précisé Amédée Darga.

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