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«Nous avons trop pris sans jamais rien donner»
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«Nous avons trop pris sans jamais rien donner»
Ce n?est pas en tant que scientifique du «Massachusetts Institute of Technology» que je vous écris, mais en tant que fils de la terre de Maurice : fils nourri par la récolte de nos immenses champs de cannes à sucre et bercé par l?odeur de la mer.
Après avoir passé une année à Boston où j?ai dû répondre à des milliers de questions sur le climat de Maurice, ses groupes ethniques, sa culture, ses saveurs et ses écosystèmes, j?ai réalisé que j?étais devenu, au fil des années, un de ces Mauriciens qui considère comme acquis la beauté unique de son pays.
En vacances ici, je devais mener un projet de recherche sur la géologie et les écosystèmes de notre île. Ce qui a nécessité de nombreuses randonnées et visites qui n?allaient pas au-delà de lieux accessibles à tous, comme le Trou-aux-Cerfs, les forêts de Mare-aux-Vacoas et les rivières parsemant Vacoas. Les premières semaines : rien d?anormal. Puis un beau jour, en prenant le bus à Vacoas je fus abasourdi de trouver, à même le sol, un nid géant d?araignée grosse comme une main d?homme.
Cette araignée fut le déclic. J?ai alors inspecté les alentours, questionné les voisins et visité leurs jardins. J?ai alors appris que cette araignée, la Nephrata inaurata, qui appartient à une sous-espèce locale d?une espèce répandue en Afrique, avait considérablement augmenté en nombre depuis quelques années.
Tout comme le nombre de tortues de mers dans un lagon témoigne de la santé de celle-ci, cette araignée peut-être considérée comme un indice environnemental qui en dit long sur l?écologie. Premièrement, pourquoi une telle augmentation depuis les deux dernières années ? Deux possibilités : une diminution de ses prédateurs ou une augmentation de la nourriture. Cette espèce qui se nourrit principalement d?insectes (et qui est totalement inoffensive pour l?homme) a-t-elle pu vraiment bénéficié d? une surabondance d?insectes dernièrement ? Serait-ce dû au chikungunya ? Sans recherches poussées, un tel indice ne nous permet pas de spécifier exactement qu?elle espèce d?insecte a vraiment donné lieu à l?augmentation du nombre d?araignées. Ce n?est peut-être pas le chikungunya, mais qu?importe, car cela veut dire que quelque part nous avons dérangé la nature. Ou encore, peut-être l?araignée aurait-elle appris à se nourrir des nombreux détritus que la société de consommation mauricienne rejette sans ménage ? Ou finalement est-ce la diminution d?oiseaux, de lézards ou d?autres prédateurs qui ont donné lieu à l?augmentation en nombre de ces chères Nephres ?
Un geste chaque jour</B>
Je pense que l?apparition de cette araignée et l?agrandissement de son territoire jusqu?à Quatre-Bornes est une sonnette d?alarme de Mère Nature, pour nous dire qu?elle n?en peut plus. Que nous demande-t-elle de faire ? Tuer ses araignées n?est absolument pas la solution car cela ne ferait qu?aggraver le problème en débalançant encore plus le fragile équilibre écologique qui est déjà menacé par les hommes.
N?avez-vous pas remarqué que depuis peu les papillons qui voletaient gaiement sur vos fleurs ont pratiquement disparu ? Ou que les crapauds qui croassaient le long des ruisseaux la nuit se sont tus ? Ou pire, que les hérissons, les libellules et même les abeilles se font rares ? Un vieux jardinier de Bonne- Terre, qui a 15 ans de métier, m?a confié qu?il ne voit presque plus de papillons. Allons-nous attendre qu?un phénomène similaire à celui qui frappe les Etats-Unis, en l?occurrence la diminution drastique des populations d?abeilles, gagne Maurice ? Cela marquerait la fin de la saison des mangues, des letchis, et de centaines d?autres légumes et fruits locaux qui n?existeront plus sans pollinisation par nos amies les insectes.
Ces amis qui nous font tant de bien, nous les avons massacrés à coup de pesticides et d?insecticides, ou en jetant des ordures partout et en vidant nos eaux usées dans la terre qui tue ainsi les vers de terres qui aèrent les racines de nos plantes.
Bref, nous avons trop pris sans rien jamais donner. Mais surprise, l?île Maurice est un petit pays. Les Mauriciens ne sont pas si nombreux et sont des gens formidables : riches ou pauvres, blessés par la vie ou gâtés par celle-ci , ils luttent toujours. Il suffirait d?un simple geste chaque jour pour tout sauver : faire quelques pas de plus vers la poubelle, dire quelques mots à nos enfants sur le respect de la vie et rappeler à nos aînés que les aérosols insecticides tuent non seulement insectes néfastes, mais aussi les insectes bénéfiques sans oublier quelques cellules de nos poumons et de notre cerveau.
Ainsi, un geste chaque jour pourrait encore tout changer. Comme me l?a dit Nicholas Rainer, «Continue caring». A quoi j?ai répondu et vous dit à tous maintenant, non seulement en tant qu?amoureux de la Nature mais en tant que simple humain qui veut laisser aux prochaines générations la beauté d?un papillon qui vole et le goût d?un letchi : «Continue fighting ».
<B>Dhaval ADJODAH</B>
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