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Les étudiants digèrent mal
Dominos en main, Joanito Permal disserte. Le sujet du jour : la cafétéria de l?université de Maurice (UoM). Cet étudiant en troisième année d?une licence en ressources humaines, lâche : «Globalement ? C?est dégueulasse et mari cher.» Un camarade aurait, un jour, découvert, un cafard dans son pain fourré au...poulet ! Une autre a trouvé des traces de rouge-à-lèvres sur le bord de sa tasse de café.
Les produits proposés, l?hygiène, ou plutôt le manque d?hygiène, la lenteur du service aux heures de pointe. Autant de problèmes que rencontrent les étudiants. Après un «enquiry committee», le council de l?UoM a recommandé qu?un «severe warning» soit... servi au gérant de la cafétéria, Nirendranath Hazareesingh. Les syndicats parlent même de menaces et de chantage. Lui se dit «choqué de voir que les délibérations du conseil de l?UoM sont étalées sur la place publique. Nous devrions pouvoir discuter au sein des instances. Si nous n?y arrivons pas, il y en a d?autres.»
A la cafétéria, mercredi, les étudiants, eux, n?avaient pas entendu parler de l?affaire. Ils disent ne pas avoir été victimes de quoi que ce soit. Si ce n?est «de la nourriture servie à la cafétéria». Alors là, ils sont intarissables. «En semaine, après 13h, il n?y a plus rien à manger sur le campus», affirme Joanito Permal. Non pas que la cafétéria soit fermée, juste qu?il ne reste plus grand-chose. «Si j?ai vraiment, mais vraiment faim, j?achète quelque chose. Au cas contraire, je ne consomme que très rarement à la cafétéria».
Lorsqu?il s?agit de consommer, les étudiants préfèrent les cafétérias du Mauritius Institute of Education (MIE) et du Mauritius Examinations Syndicate (MES) à la leur. On y mange, disent-ils, «mieux et pour pas cher». Wasiim Jaulim, en deuxième année d?une licence en génie civile, explique comment s?il a vraiment faim, il préfère débourser Rs 28 pour une copieuse assiette de «mines frites» à la cafétéria du MIE. «Je déjeunais régulièrement à la cafétéria de l?UoM durant ma première année mais en un an, les prix ont beaucoup augmenté. Une augmentation qui n?est pas relative à l?inflation dans le pays.»
Selon Vanessa Brasse, en deuxième année d?une licence en «Social Work», la différence de prix entre la cafétéria de l?UoM et celle du MIE est «assez conséquente». Au MIE, dit-elle, l?offre y est plus variée. «Ici, on vend des pains fourrés, des mines et des gâteaux. A la cafétéria du MIE, on peut aussi manger du riz et différents currys». Son camarade, Jean-Marie Pazot, ajoute qu?à la cafétéria de l?UoM, ils sont un peu à l?étroit. «L?espace ne peut accommoder autant d?étudiants». C?est pourquoi Wasiim Jaulim et ses amis sont attablés à l?extérieur.
Si Jean-Marie Pazot est d?avis qu?au niveau de l?hygiène, «à part un chien errant ou deux que j?ai vu entrer à l?intérieur de la cafétéria quelques fois l?an dernier, ça va. Et que quelqu?un passe régulièrement récupérer les tasses et les plats sales», ils sont nombreux à se plaindre de l?hygiène. «Certains trouvent peut-être normal que des pigeons entrent par une porte et sortent par l?autre, mais pas moi», lâche Joanito Permal. D?autres soulignent que la cuisine est située à côté de «toilettes dégueulasses». Sans compter que dans un coin, une poubelle ouverte côtoie une table et que le personnel de la cafétéria sert la nourriture sans porter de gants.
Ces faits en gênent plus d?un. Alors, pour ceux-là, la cafétéria est «surtout un endroit où se poser». Discuter avec les copains de cours. Jouer aux cartes ou aux dominos. Effectuer leurs travaux de recherche. «Là, ce n?est que la première semaine. La cafétéria est encore propre. Dans trois semaines, on aura même plus envie d?y mettre les pieds. Peut-être que s?il y avait une autre cafétéria?», espère un étudiant amer.
<B> Le gérant réfute</B>
En avril, la «Student Union» avait déjà abordé les problèmes qui suivent et envoyé un courrier à l?administration de l?université. Au fait soulevé par les étudiants que le personnel de la cafétéria n?utilise pas de gants, Hirendranath Hazareesingh, le gérant, avait répondu que le «Health and Safety Officer» de l?université a pu constater qu?il est en conformité avec le «Food Act». Quant à la présence alléguée de mouches, il les impute aux «insectocutors» défectueux de l?université. Il nie que les tables et le sol sont sales et glissants tout en précisant que la salubrité des toilettes incombe à l?université. Concernant la qualité et le prix des aliments, Hirendranath Hazareesingh précise que les prix sont conformes à l?appel d?offres auquel il avait répondu en 2005. «Et nous nous y tenons malgré l?augmentation monumentale des produits.»
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