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L?heure d?été et leurres divers
Honorables députés,
Je m?adresse à vous car l?introduction de l?heure d?été est une décision grave dont l?application et les effets, positifs ou négatifs, toucheront maints secteurs et le quotidien de toute la population. Comme la politique énergétique et le projet «Maurice, île durable» (MID), il est dans l?intérêt du pays qu?un consensus puisse être trouvé sur la question.
MID ne sera possible que si les dimensions économique, sociale et environnementale du développement sont prises en compte de manière intégrée. L?introduction de l?heure d?été ne peut être une mesure dont la justification se limiterait uniquement à l?une ou l?autre de ces dimensions.
■ Résultats d?ailleurs
L?étude RvB publiée en 1999 par la Commission européenne demeure une référence en la matière. Elle fait ressortir trois éléments :
● l?impact de l?heure d?été dépend de la position géographique ;
● l?impact dépend du secteur d?activité ; et
● il n?y a pas de prédominance absolue d?effets positifs ou négatifs.
Au niveau de l?agriculture, de la sécurité routière, de la santé, de l?environnement, des communications et des transports, à force d?analyses hautement techniques, «le pour et le contre s?annihilent dans des conclusions incertaines». Toutefois, il est clair qu?au niveau des loisirs et du tourisme, les bénéfices l?emportent clairement sur les inconvénients. Allant des six millions d?heures de tennis additionnelles par an en France aux 300 m de dollars de bénéfice annuel lié au golf, selon un rapport, l?heure d?été mène à un accroissement économique de ce secteur.
«Il est bon de rappeler que La Réunion, territoire européen, que nous voyons souvent comme un modèle en énergies propres et durables, n?a jamais songé à introduire l?heure d?été.»
Avec pour résultat, une mobilité plus grande de la population. Et, dans certains cas, une augmentation de la pollution et surtout, de la consommation en énergie. C?est ainsi qu?au Japon et dans l?ouest de l?Australie, on rapporte une augmentation de cette dernière de 0,1 % et de 0,6 % respectivement. En Californie, la consommation énergétique ne diminue pas avec l?heure d?été. Par contre, en Italie, aux Pays-Bas et en France, on note des économies en électricité de 0,4 % au maximum. Toutefois, ce gain est contré par une augmentation de la demande en énergie dans le transport. En Grèce et en Allemagne, l?heure d?été provoque une relance de la demande en climatisation. Cela alors que l?éclairage représente partout un créneau où l?efficacité énergétique s?est significativement améliorée avec, par exemple, l?introduction de lampes à basse consommation.
En bref, résumons que le jour étant beaucoup plus long en été qu?en hiver dans les hautes latitudes, il y a eu une évolution des mentalités et des techniques menant au fait que les populations de ces régions se sont adaptées à l?heure d?été. Avec des droits sociaux comme les cinq semaines de congés payés en été en France ou l?accès facile à des facilités de tourisme et de loisirs estivaux, sans oublier la disponibilité à toute heure de systèmes de transport modernes et abordables, l?heure d?été y est désormais «acquise et acceptée». Même si l?objectif initial qu?était l?économie d?énergie n?a été finalement qu?un leurre?
■ Maurice ïle durable
Les autorités mauriciennes estiment qu?il est possible d?économiser 20 000 tonnes de produits pétroliers dans la production électrique, ou environ Rs 400 millions par an, grâce à l?introduction de l?heure d?été. Je pense que cette estimation qui correspond à une économie de plus de 4 % risque de s?avérer trop élevée. Surtout lorsque nous savons, qu?ailleurs, on dépasse difficilement les 0,5 % dans le meilleur des cas !
Le CEB estime l?économie aux heures de pointe à environ 15 MW de capacité avec l?introduction de l?heure d?été. Comparable à ce qu?il a réalisé à partir d?avril 2008 avec la hausse des tarifs. Doit-on conclure que cette dernière mesure donnera aussi un bénéfice annuel de Rs 400 millions à elle seule ? Par contre, si nous considérons une baisse de 15 MW pendant une heure chaque jour durant l?été, nous arrivons à une économie d?environ Rs 20 millions par an, soit seulement de 0,1 % ! Ce qui est plus proche des résultats observés ailleurs !
Certes, toute économie est bienvenue mais il faudra également évaluer financièrement l?impact négatif comme la demande accrue dans le secteur du transport. Et la surconsommation. À ceux qui avancent aussi que l?heure d?été repoussera le besoin d?investir en centrales à charbon ou en moteurs à diesel, il faut tout simplement rappeler que nous devons changer, et nous avons changé, de paradigme. Les investissements futurs doivent être prioritairement dans l?efficacité énergétique et les renouvelables?
Le concept MID exige également que les coûts sociaux et écologiques soient évalués quantativement, et non seulement qualitativement. Exercice difficile, mais pas impossible. Surtout si la consultation, le dialogue, la sensibilisation et l?éducation sont privilégiés. Penser avec les autres, et non pour les autres. Afin d?agir ensemble.
Il importe de souligner que les éminents spécialistes engagés par l?UE et le PNUD, qui viennent de produire un document sur la politique énergétique du pays, n?ont nullement évoqué l?introduction de l?heure d?été. Or on ose accuser ces derniers de n?avoir pas pris en compte la réalité sociale de Maurice comme raison pour ne pas rendre public leur rapport?
Il est bon de rappeler que La Réunion, territoire européen, que nous voyons souvent comme un modèle en énergies propres et durables, n?a jamais songé à introduire l?heure d?été. Et je n?ai également jamais entendu le Prof. Joël de Rosnay, pour qui j?ai le plus grand respect, élaborer sur la question. Encore moins en faire un élément prioritaire du projet MID?
■ Conclusion
Notre République, y compris Rodrigues, Agaléga, St Brandon ? pour ne pas mentionner Tromelin et les Chagos ? risque de devenir une singularité en tant que petit état insulaire tropical qui applique l?heure d?été. C?est pourquoi je vous invite humblement à ne pas approuver son introduction. L?expérience de 1982-1983 ne nous apprend rien sur l?aspect technique du problème. Par contre, elle nous montre que cette mesure peut être un enjeu politique et peut même prendre une couleur communale. Il faut éviter d?instrumentaliser cette question tout comme celle de la politique énergétique du pays ou du projet MID.
Au cas où, contrairement à ce que je propose, un consensus se forge sur l?introduction de l?heure d?été, je vous demanderais à renvoyer son application à 2009-2010 privilégiant la conduite d?études et d?enquêtes en été 2008-2009. Sans oublier la consultation, le dialogue, la sensibilisation et l?éducation?
Nous aurions ainsi une base de référence, acceptée par tous, tant sur les pointes de consommation du matin et du soir dans différents secteurs, sur les décalages entre l?été et l?hiver en termes de demande liée à la climatisation, sur la capacité de nos bâtiments et infrastructures à faire une utilisation optimale de la lumière diurne que sur les habitudes, le biorythme et la capacité d?adaptation de divers groupes sociaux, et sur les paramètres à monitor dans différents secteurs comme le tourisme, les loisirs, le BPO ou l?aviation civile. Il n?y a pas lieu d?introduire l?heure d?été. Si nous décidons de le faire, il faudra d?abord se préparer attentivement. Etes-vous prêts, honorables députés, pour 2010 ?
Khalil Elahee, PhD Universite de Maurice
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