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Fritz Maingard, figure de proue de nos statuaires
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Fritz Maingard, figure de proue de nos statuaires
Jadis, les méchantes langues racontaient, aux perfides oreilles, voulant bien les écouter, qu?il y avait, dans les bas de Beau-Bassin, une enseigne particulièrement prometteuse : «Ici, on répare les... vierges». Cette méchante plaisanterie nous revient à l?esprit, en reprenant connaissance de l?article que Roland Tsang Kwai Kew consacre à Fritz Maingard, en juillet 1983.
Fritz Maingard, l?ultime recours des c?urs brisés par le bris d?un vase, d?une porcelaine, d?une statuette. Devant l?irréparable, il n?y a plus qu?à se rendre chez l?ami Fritz, lui dire : Mo laisse ça dans ou la main, attendre que le miracle se reproduise et retrouver l?objet brisé plus intact que jamais car ayant retrouvé, entre autres, sa... virginité originelle.
Sa carte de visite affiche «statuaire, réparateur d?objets d?art, encadreur». Il pourrait tout aussi bien ajouter restaurateur, peintre, sculpteur, dessinateur, calligraphe. Pour couper court, il est plus simple de lui demander ce qu?il n?est pas capable de faire. Travailler à la va-vite, sur une base industrielle, pour se remplir rapidement les poches, par exemple. Tu ne seras jamais ministre, l?ami Fritz...
Avant de se mettre au travail, il attend que communion se fasse entre l?objet à restaurer, son propriétaire et lui, le restaurateur de toute beauté perdue. Si elle tarde à venir, il se garde de la bousculer. D?autres tâches encore plus délicates l?attendent et sur lesquelles il se concentre déjà. Arrive soudain le déclic et il entrevoit quoi faire et comment faire pour que l?objet éparpillé retrouve sa beauté et son intégrité antérieures. Patience et longueur de temps font plus que force ni rage.
Il compte, en juillet 1983, trente ans de métier dans le statuaire. Il s?installe à son compte, en 1953, à l?âge de 25 ans, ce qui le fait maître, en 1928. Son installation nous rappelle une autre histoire d?enseigne voisine. En septembre 1956, nous visite une princesse au c?ur triste. Elle a été dûment chapitrée par sa s?ur aînée, cheftaine de l?Eglise anglicane, elle-même dûment admonestée précédemment par le Dr Geoffrey Francis Fisher, l?intransigeant archevêque de Canterbury d?alors. Il déclare le colonel Peter Townsend persona non grata, indigne d?un c?ur anglican princier car il est non seulement roturier mais encore divorcé (ou l?inverse). La princesse Margaret doit donc mettre une croix sur son bel amour pour le bel écuyer de sa royale s?ur Zabeth. Duty before Love. The Romance is off ! Elle nous visite en septembre 1956 et doit prier à l?église Saint-Thomas, à Maingard, Beau-Bassin. La police prie fermement un certain Townsend, garagiste de son état, de bien vouloir enlever son enseigne de notre Royale route, de peur que des yeux tristes et princiers ne se posent sur elle et ne ravivent une douleur pas prête à se cicatriser. A mourir de rire quand on sait qu?on sacre aujourd?hui des homosexuels... mais aussi et heureusement des femmes.
Pour en revenir à Fritz Maingard, il passe son enfance à modeler toutes sortes de statuettes, personnages aussi bien qu?animaux. L?école finie, son père le place en apprentissage, en 1947, chez Ronald Cupidon. Il bénéficie aussi de l?expérience incommensurable de Mlle Drainnig. Ils sont nos meilleurs statuaires de l?après-guerre et Fritz Maingard est leur digne successeur.
Les débuts sont difficiles mais il sait faire preuve de patience. L?important est de se constituer une bonne et fidèle clientèle et surtout se bâtir une solide réputation de travailleur responsable et crédible. Assez vite, le statuaire peut attendre chez lui que ses clients et leurs amis lui apportent des objets d?art morcelés, des puzzles à reconstituer. Ils arrivent et repartent en lançant le sempiternel : «Mo laisse ça dans ou la main».
Fritz Maingard travaille pour les collectionneurs attitrés, les églises et autres lieux de culte. Il a restauré le chemin de croix et toutes les statues de l?église Immaculée-Conception, y compris celle de la sainte patronne du lieu, celle que des jeunes filles, pas forcément dévotes, prient ainsi : «O Marie qui avez conçu sans péché, permettez-moi de pécher sans...concevoir». Les statuettes du panthéon hindou n?ont pas de secret pour lui. Il arrive même, dans son atelier, que Kali et saint Michel s?affrontent du regard, que le trishula de Shiva se dresse contre la lance de saint Georges ou vice versa. Mais c?est de bonne... guerre.
Fritz Maingard sait pratiquer un travail d?art et de patience. Sa devise est : Travail golmal péna cimin. Son métier fait appel à l?intelligence. Sans amour on n? est rien du tout, comme le dit si bien La goualante du pauvre Jean. Mieux vaut avoir peu d?argent que de perdre un seul client valable. C?est donc le plus normalement qui soit qu?il collectionne les trophées et autres certificats : médaille d?argent des Maisons Claires de 1954, médaille d?or de 1956, diplôme d?honneur de Giblot-Ducray 1964, diplôme d?honneur des Mains au Travail du Lions Club de 1969, etc.
Notre île Maurice produit-elle encore des Fritz Maingard ?
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