Publicité
Restructuration en profondeur
«Les premiers résultats sont plutôt positifs. On va dans la bonne direction. Il y a eu d?abord les allocations mensuelles, variant entre Rs 4 500 à Rs 6 000 pour les éleveurs pénalisés. Surtout, il y a une volonté de revoir en profondeur le secteur», assure d?emblée Danielle Turner, coordinatrice des éleveurs de porcs. Les promesses d?une professionnalisation du secteur commencent à se réaliser. Mais surtout, des efforts sont fournis pour donner au secteur les moyens de faire face à d?éventuelles crises et maladies. Car fondamentalement, le secteur porcin mauricien est vulnérable.
Cette vulnérabilité s?est vérifiée avec la fièvre porcine africaine. Avant son arivée, les éleveurs de porcs se sentaient déjà marginalisés. Paradoxalement, la fièvre qui a touché le cheptel mauricien a été l?occasion de faire émerger une volonté de réforme. Aujourd?hui, même si la maladie est toujours présente, il y a eu un ralentissement de ses incidences et un espacement de ses manifestations.
Que ce soit sur le plan humain ou économique, ce secteur ne pouvait donc continuer à être marginalisé. Avec 623 éleveurs pour un cheptel de quelque 20 000 têtes, le secteur peut contribuer aux besoins du marché local et, plus généralement, à l?économie du pays. Pour cela, il faudrait sortir d?une ancienne logique. L?élevage de porcs ne peut plus se faire uniquement dans des arrière-cours ou par des personnes à temps partiel. «Avec la reconversion de quatre éleveurs dans la production, on voit des signes tangibles d?une volonté d?avancer dans le bon sens», souligne Danielle Turner.
Les autorités locales espèrent, elles, que le fonctionnement du secteur retournera à la normale d?ici 18 mois. Les espérances sont grandes. D?ailleurs, on prévoit une meilleure production de viande porcine dans un environnement plus professionnel. C?est en cela que la fièvre porcine africaine a permis de faire un saut en avant. Elle a illustré tout l?amateurisme des éleveurs de porcs, ainsi que le manque d?engagement et de professionnalisme de certaines institutions publiques. Jusqu?à l?apparition de la fièvre porcine africaine, cette industrie n?avait pas connu de grands problèmes. Les éleveurs ont donc maintenu leurs activités sans ?uvrer dans le sens d?une professionnalisation, qu?ils ne jugeaient pas nécessaire. Les perspectives étaient pourtant réelles. Il a fallu l?apparition de la fièvre porcine africaine en octobre 2007 pour que la situation évolue. On a alors pris conscience qu?avec une approche plus technicienne, les choses auraient pu se passer autrement.
<B>Volonté de changer</B>
Il y a deux sources probables occasionnant l?apparition de la maladie dans le pays. D?une part, elle a pu provenir de la viande porcine importée et qui a été rejetée soit par les navires, soit par les avions. Cela relève de la responsabilité des autorités sanitaires en matière de vigilance et de biosécurité. D?autre part, elle a pu être provoquée par le swill, c?est-à-dire de la nourriture jetée par les hôtels et les restaurants, voire des hôpitaux et des cliniques. Ces déchets ont pu être récupérés par des éleveurs pour servir de nourriture. Et devenir, par conséquent, source d?infection pour les animaux.
Aujourd?hui, la donne est en train de changer. Différents partenaires (voir encadré) démontrent une réelle volonté d?aider les autorités mauriciennes à professionnaliser le secteur. Ce qui devrait soulager la majorité des petits éleveurs qui travaillaient jusqu?ici avec moins de vingt têtes.
<I>Réalisée par </I> <B>Nazim ESOOF</B>
Assistance multiple</B>
Depuis la crise qui a marqué le secteur, l?aide étrangère a été sollicitée et les réponses sont plutôt positives. Ainsi le gouvernement français, à travers l?ambassade de France à Maurice, a affirmé son soutien. Celui-ci pourrait prendre la forme de la mise à disposition d?un coopérant technique aux opérateurs du secteur pour une période de deux ans. Ce coopérant viendrait probablement de l?île de la Réunion, où le secteur porcin est relativement florissant. La France pourrait également faire don d?un certain nombre d?animaux reproducteurs. Le gouvernement chinois, pour sa part, a confirmé l?arrivée de sept techniciens, dont des vétérinaires qui aideront les éleveurs durant une année. Des dons d?équipements de laboratoire permettant de faire des tests de dépistage sont aussi prévus. L?Organisation des Nations unies pour l?alimentation apportera aussi son soutien, en envoyant des coopérants qui viendront aider les éleveurs locaux. Du côté des Mauriciens, l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM) consacrera Rs 1 million à deux projets. D?une part, un projet pour le traitement du «swill» et, d?autre part, le paiement des salaires d?un vétérinaire privé qui sera employé à plein temps et sera au service des éleveurs.
<B>Diversification agricole et animaux d?élevage</B>
Le document de consultation ci-dessus, sur la diversification agricole et sur les animaux d?élevage, avait été publié en août 2007. Le ministère de l?Agro-industrie et la Pêche y dressait un tableau déjà prometteur du secteur porcin à Maurice. Avant que la fièvre porcine africaine ne frappe le pays, le secteur évoluait déjà vers un système intégré. Le processus s?est accéléré depuis. Il faut savoir que les éleveurs locaux assuraient totalement les besoins du marché en 1991-1992. Cependant, ce chiffre devait passer à 64 % en 2000 et à 54 % en 2005. Aujourd?hui, la production locale de viande porcine représente quelque 50 % de la consommation du pays. Les 50 % restants sont importés, essentiellement à cause du manque de produits à valeur ajoutée et en découpes prêts à servir. En 2005, des 750 tonnes de viande porcine provenant de l?élevage local, seules 250 tonnes pouvaient être transformées. Dans le même temps, 650 tonnes étaient importées pour être traitées. 1 062 tonnes de produits finis à base de porc étaient importées en 2005 au coût de Rs 68 millions. Selon le ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche, il y a de réelles perspectives pour atteindre le seuil d?autosuffisance dans ce secteur. Afin d?obtenir ce résultat en 2015, il faudrait atteindre une production locale de 1 500 tonnes, autrement dit posséder un cheptel de 21 500 porcs. Cela ne sera possible que s?il y a une identification de sites appropriés pour l?élevage de porcs et une délocalisation des éleveurs de porcs qui opèrent dans des zones résidentielles. Il faut aussi un meilleur respect des règles environnementales, ainsi qu?une restructuration en profondeur du marché.
Questions à?
<B>Amédée DARGA</B> <I>Président du «Pig Sector Restructuring Committee»</I>
<B>Où en est-on aujourd?hui avec la fièvre porcine africaine qui a affecté le secteur local d?élevage porcin ?</B>
La situation avant octobre 2007 a occasionné la mort par maladie ou par abattage de presque 14 000 bêtes sur un cheptel de 18 000. Il faut savoir que le virus de la fièvre porcine ne disparaît pas aussi facilement que cela. Dans certains pays, comme le Portugal, ce virus sévit depuis 20 ans. C?est pourquoi tout éleveur qui croit jouer au plus malin prend le risque de perdre ses animaux. Et en faisant fi d?une gestion en biosécurité de son élevage, il met aussi en danger l?élevage des autres. Voilà pourquoi la relance n?est pas simplement une question d?argent mais aussi de mise en place de mesures.
Ces mesures visent premièrement à assurer qu?on retrouve le cheptel de 18 000 têtes, pour croître même jusqu?à 25 000 à 30 000 dans les deux ans qui suivent. Deuxièmement, il faut tout mettre en ?uvre pour renforcer les mesures de biosécurité et s?assurer des moyens de vigilance. Troisièmement, il importe que l?industrie soit engagée dans la perspective du développement d?une filière. Cela veut dire qu?il ne faut pas se contenter d?élever et de vendre des animaux. Il s?agit de mettre sur le marché des produits à valeur ajoutée qui apporteront plus de revenus aux éleveurs.
<B>Mais concrètement qu?est-ce qui est fait ?</B>
L?ARHIM s?est déjà engagée à ce que les hôtels de Maurice achètent des produits locaux. Il faut aussi savoir qu?aujourd?hui, 50 % de la viande de porc et des produits dérivés consommés à Maurice sont importés. Il y a donc une bonne marge pour que les éleveurs prennent une part plus importante sur ce marché. Bon nombre de mesures ont été initiées.
Depuis avril, un recensement complet de tous les cochons de Maurice a été effectué et chaque animal a reçu sa carte d?identification qu?on appelle le tagging. Maintenant, tous les éleveurs doivent déclarer les naissances et marquer les porcelets. Cela donnera la garantie de la traçabilité, tant pour les besoins des consommateurs que pour la vigilance biosécuritaire. Deuxièmement, les 623 élevages de Maurice ont été inspectés. Chaque éleveur a reçu un document lui indiquant les travaux à effectuer pour que son infrastructure soit appropriée et surtout, réduise les risques de maladies. Les éleveurs ont l?obligation, après avoir effectué ces travaux, d?informer les autorités. Ils doivent aussi recevoir un certificat de clearance avant de mettre des animaux dans leur parc.
Nous avons demandé à des éleveurs de créer une compagnie privée. Elle sera la seule autorisée à récolter le swill des hôtels ou des restaurants. Les éleveurs auront une unité de traitement pour stériliser le swill et pourront ensuite vendre cette nourriture non infectée aux autres éleveurs. L?AHRIM va contribuer à hauteur de Rs 500 000 pour l?achat des équipements de cette compagnie. Il faut aussi réduire le coût de la nourriture pour les éleveurs. Nous avons engagé des discussions avec une compagnie privée pour trouver une formule alternative utilisant plus d?intrants locaux d?origine végétale dans la nourriture. Nous attendons les résultats de cette recherche qui pourrait réduire les coûts de 13 %.
A la demande de l?Empowerment Programme, à partir du mois d?août un cours de charcuterie sera offert à 15 éleveurs. Nous finançons ce cours d?une durée de 10 semaines à hauteur de Rs 300 000 environ. Nous avons fait un appel à candidatures auprès des éleveurs pour sélectionner les 15 personnes qui y participeront. A la fin de ce cours, ces éleveurs ou enfants d?éleveurs pourront être employés dans les hôtels ou monter leur propre entreprise de charcuterie. Des moyens leur seront donnés pour cela. Ou encore, ils pourront monter une entreprise pour la production des produits à valeur ajoutée tels que le jambon, le bacon...
<B>On peut donc dire que les choses se mettent en place ?</B>
Afin de renforcer la communauté des 623 éleveurs et leur donner plus de responsabilités et d?autonomie dans la gestion de ce secteur, il a été décidé de créer un Pork Production Council (PPC). Les membres de son conseil d?administration seront élus par la communauté des éleveurs. Afin de donner à ce conseil les moyens professionnels d?assumer ses responsabilités, nous avons sollicité l?aide de la France. Elle enverra un coopérant technique qui sera rattaché au conseil. Le vétérinaire privé qui sera payé par l?AHRIM sera aussi rattaché au PPC. Des techniciens chinois assureront la formation de tous les éleveurs pour de meilleures pratiques d?élevage et de biosécurité.
Finalement, il a aussi été décidé que, à partir du moment où le secteur sera bien relancé, une bourse sera offerte à des enfants d?éleveurs pour leur formation comme vétérinaire ou personnel para-vétérinaire. Toutes ces mesures visent une vraie relance professionnelle minimisant les risques pour pouvoir assurer la croissance et de meilleurs revenus aux opérateurs. Elles ont aussi pour objectif de développer une véritable filière en termes de produits. Ces mesures ont été finalisées et agréées par le gouvernement depuis lemois de mars.
Publicité
Publicité
Les plus récents