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Etre mauricien et libre pour mieux servir le français

21 juillet 2008, 00:00

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Jean Fanchette tient à présenter, à son auditoire parisien, les poètes mauriciens, prisonniers de leur île natale, dont la voix ne parvient pas «à traverser la barrière de corail et qui en crèvent parfois». Il pense à Emmanuel Juste, à Dominique Fortuno, à Roger Malécaut, à son frère Régis, agrégé de l?université de Cambridge (N.B. : Qui nous dira ce qu?ont pu écrire Dominique Fortuno et Roger Malécaut ?)

Jean Fanchette situe l?importance du bilinguisme(?) des poètes mauriciens. Certains peuvent produire des ?uvres littéraires portées par une double culture. Il s?oppose à ceux qui, au nom d?une fausse allégeance, renient la langue et la littérature anglaises. Il avance que «le romantisme français se détache mieux sur fond de Keats ou de Wordsworth» ou encore «que lire Shakespeare ou Blake, dans le texte, à 15 ans, apprend à mieux se pénétrer de Racine, de Baudelaire, de Saint-John Perse, de Lautréamont». Il estime qu?être mauricien, «à l?articulation de deux cultures», lui permet de fonder la revue bilingue, Two Cities, et d?y rassembler quelques-uns des meilleurs poètes anglais et français. Il cite à cet effet son ami Durrell, Bonnefoy, Burroughs, Delteil, Henry Miller, Du Bouchet, Anaïs Nin et Mendiargues. Il y accueille des confrères mauriciens : Malcolm de Chazal, Loys Masson, Régis Fanchette, Edouard Maunick. Il consacre des numéros spéciaux à Rabindranath Tagore et à Jawaharlàl Nehru.

Venant à l?excellente Histoire de la littérature mauricienne du Dr Jean Georges Prosper, recensant, en 1978, 225 écrivains mauriciens d?expression française, Jean Fanchette demande à son auditoire parisien, venu l?entendre disséquer le particularisme culturel de Maurice (voir l?express de jeudi et de vendredi derniers), de comprendre l?écartèlement des poètes des îles, déchirés par deux mouvements contradictoires, tiraillés entre leur désir de fuir leur geôle insulaire et franchir la barrière de corail qui les sépare de l?ailleurs et la peur du déracinement engendrant la nostalgie, la crainte de se retrouver, le c?ur transi comme Baudelaire, dans le brouillard des villes septentrionales. «Dès lors, pour l?îlien, écrire fournit la clé de l?ailleurs» sans que la porte carcérale ne s?ouvre pour autant. Il s?engage, alors, déchiré, morcelé, dans un voyage essentiellement intérieur.

Jean Fanchette conclut que c?est là peut-être que se trouve la problématique de l?écrivain mauricien, ballotté entre plusieurs cultures, captif d?une certaine paralysie, le visage tourné vers le large, les pieds fermement enracinés dans le terroir local, le c?ur plein de remémoration. Le psychiatre rappelle, à bon escient, que regrets, nostalgie, quête de transcendance, sont autant d?ingrédients poétiques. La blessure secrète du poète mauricien n?est nullement négritude. L?homme des îles demeure prisonnier du piège de la peur de succomber à la tentation du départ et de celle de rater le bateau ou l?avion du retour.

Jean Fanchette s?attarde sur l?avion qui annule les distances géographiques, qui banalise le voyage et qui, finalement, tue la poésie à petites doses. «Le signifiant dérive. Le signifié s?épuise», constate-t-il.

En guise de conclusion, Jean Fanchette réclame un «donnant, donnant» dans les relations entre les écrivains francophones non français et la France, «terre d?arrimage culturel». A ceux-là, il demande de demeurer libres vis-à-vis de la langue française comme les premiers écrivains américains, «vigoureux et fondateurs», l?ont été vis-à-vis de langue anglaise, comme le sont, en 1983, un V.S. Naipaul «nobélisable» ou l?Indien Salman Rushdie. Cette indépendance et cette liberté linguistique sont le gage du meilleur apport d?une authentique poésie mauricienne à la langue française universelle et non hexagonale, langue «si fragile parce que moins ductile et plus verrouillée que d?autres... Cette Belle au Bois Dormant qu?un Céline, qu?un Milosz, qu?un Césaire, qu?un Loys Masson, qu?un Georges Schéhadé (du Liban) réveillent à grands coups de cymbales».

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