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Zistoire Sinatambou?
Durant les années 80, chacun d?entre nous savait raconter au moins une « Zistoire Boodhoo ». Ces blagues relataient les rencontres et les péripéties d?un personnage rustre ? très librement inspiré de Harish Boodhoo. Cette fin de décennie nous fait découvrir les frasques d?un autre personnage, au moins aussi haut en couleur : Sinatambou. Si l?on tend une oreille attentive auprès de certains ministres, hauts fonctionnaires ou même quelques diplomates, on tombe invariablement sur une petite anecdote croustillante concernant le ministre des Technologies de l?Infor-mation et de la Communication (TIC). Les « Zistoires Boodhoo » étaient souvent de pures inventions. Mais même si on ajoute souvent, dans son cas, une bonne poignée de sel, celles de Sinatambou sont plutôt dérivées de faits bien réels !
Dans un entretien assez déroutant paru hier dans « l?express samedi », Etienne Sinatambou montre involontairement à quel point il est devenu un ministre caricatural. À qui tout semble échapper. En commençant par sa sécurité. Il avoue qu?un de ses gardes du corps a fini par partir en l?abandonnant dans sa voiture. Il explique également comment certains de ses fonctionnaires, et non des moindres, semblent s?amuser à faire preuve d?insubordination chronique envers lui. Pour terminer par affirmer que tous ces excès sont rendus possibles parce que ses « ennemis » ont « la puissance politique ».
Compter les points. Vouloir savoir qui a raison ou tort ne doit pas être notre considération principale. Savoir si Sinatambou est un caractériel ne nous avancera à rien. Mais il est trop tard. Le côté caractériel du ministre a justement fini par occulter ses actions et décisions depuis juillet 2005. Il est donc urgent de savoir ce que le ministre chargé d?ériger le cinquième pilier de notre économie a accompli.
Sinatambou paraît assez satisfait de son bilan quand on lit son interview. Mais on est tenté de lui répondre en paraphrasant ce qu?Edmond Rostand fait dire à Cyrano : « Ah ! Non ! C?est un peu court, monsieur le lauréat. » Le ministre des TIC a beau expliquer qu?il a été le premier à doter les 275 écoles primaires du pays d?ordinateurs, à connecter les collèges à l?Internet haut débit et à faire baisser le tarif de la téléphonie locale de 27 %, mais sa démonstration ne convainc pas.
Car on ne comprend toujours pas comment notre « National ICT Strategic Plan » va se traduire dans la réalité. Comment la culture de l?informatique et de l?Internet haut débit vont enfin se démocratiser à Maurice. Comment l?ADSL de 512 kb/s sera commercialisé à Rs 500 ! Ou comment nos facultés produiront 1 000 informaticiens par an pour nourrir un secteur informatique gourmand en compétences. Nous ne comprenons pas non plus comment l?on va faire face à la concurrence des centres d?appels basés à Madagascar quand la Grande île sera connectée au câble Eassy.
Sinatambou ne donne pas l?impression d?avoir des réponses et des plans d?action clairs pour répondre à ces défis. Et plus que jamais, sa marge de man?uvre et son champ de compétences semblent se réduire comme peau de chagrin. Au fur et à mesure qu?on lui retire la tutelle des organismes parapublics dont il aurait dû logiquement avoir la charge. Le ministre des TIC semble assez lucide pour admettre que s?il est encore « in office », il n?a pas l?impression d?être « in power ». Mais nous pensons qu?avec son autorité rognée de toutes parts et ses compétences réduites régulièrement, Sinatambou n?est « in office » qu?en façade. Heureusement pour lui, il est « un loyal serviteur du Premier ministre ». Parce qu?un autre à sa place, aurait suivi un autre conseil de Navin Ramgoolam : « Lev pake ale ! »
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