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La Tour-K?nig : Le bras de fer continue
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La Tour-K?nig : Le bras de fer continue
«La première fois que j?ai visité le site, j?ai vu l?usine mais je me suis dit que si elle est là, elle respecte les normes. Je n?étais vraiment pas méfiant le jour où j?ai visité ce qui allait être mon futur logement », déclare Théophile Sosson, président de la plate-forme anti-pollution de Pointe-aux-Sables, et habitant La Tour-K?nig.
Depuis près de deux ans, la bataille entre les habitants et la CMT fait rage. Les résidents se plaignent d?émanations provenant de l?usine. Les habitants ont monté l?association plate-forme anti-pollution de Pointe-aux-Sables, et tous ne cessent de rencontrer les dirigeants de la CMT pour tenter de faire déplacer cette chaudière : « Nous demandons que la cheminée soit déplacée, nous ne voulons pas fermer l?usine », explique le président de l?association.
Pourtant, tout avait bien commencé. En 2003, la National Housing Development Com-pany (NHDC) lance un projet de construction de logements à La Tour-K?nig, après avoir obtenu un planning clearance du ministère du Logement. À la NHDC, on déclare « avoir obtenu tous les permis pour bâtir les résidences La Tourelle et Coquilla-ge de Pointe- aux-Sables ». De plus, un EIA license a été délivré par le ministère de l?Environnement, de même qu?un permis de développement et un autre de construction de la municipalité de Port-Louis.
Malaises et maux de tête répétés
Contactée au téléphone, cette dernière explique avoir donné ces documents après avoir pris connaissance de l?EIA license.
« Par la suite, nous avons accordé nos permis. Le rapport ne stipulait rien d?alarmant », mentionne un fonctionnaire du Building Sector de la municipalité.
Alors, à qui la faute ? Hier, lors d?une conférence de presse, François Woo, le directeur de la CMT, a encore affirmé s?être opposé à la construction des logements devant l?usine. « Nous avons appris cela en décembre 2003. À ce moment, j?ai personnellement téléphoné au directeur de la NHDC, Ehsan Khodabocus, et organisé une réunion en exprimant mes craintes », déclare-t-il.
Lors de cet entretien, la NHDC devait assurer à la direction de la CMT, prendre des mesures pour protéger les futurs résidents et éviter toutes complications. Des mesures qui n?ont pas été prises, selon la CMT (voir hors-texte).
Mais l?un des plus gros obstacles rencontrés par les habitants est de prouver que leurs problèmes sont liés à l?usine.
« Tous ne sont pas malades. Mais il est vrai que beaucoup souffrent de malaises ou de maux de tête répétés. Et puis, il y a aussi le cas de la petite Luciana Athion. Les médecins avaient détecté qu?elle avait les poumons d?un gros fumeur. Sans parler de ma propre fille qui a des problèmes respiratoires. Là encore, les méde-cins ont comparé ses poumons à ceux d?un fumeur », explique Théophile Sosson.
Parallèlement, aucune étude n?a prouvé jusqu?à présent que la fumée émanant de l?usine était toxique. Au nombre de ces évaluations, l?étude des techniciens de l?université de Maurice en janvier 2008 atteste que la chaudière de la CMT ne pollue pas. Dans le même temps, la CMT a toujours affirmé être dans les normes.
« Depuis que la zone résidentielle a été développée, on prend toutes les dispositions pour protéger l?environnement et les habitations à proximité de l?usine. Techniquement, nous sommes dans les normes, mais si des gens sont affectés, nous en sommes désolés », déclarait, en mai dernier, Cougen Naidu, Business Unit Leader à la CMT.
Des travaux trop onéreux
Mais pour les habitants, cela ne suffit pas. Les signes ne trompent guère. « Il existe un problème flagrant. Lorsque je reçois des amis à la maison, ils me disent que l?air est irrespirable. Il y a d?autres signes, comme les dépôts de carbone qui recouvrent nos voitures et qui s?infiltrent dans nos maisons. Ça, on ne peut pas l?inventer ! Tout ce que nous demandons, c?est que la CMT déplace sa chaudière, rien de plus », s?indigne Théophile Sosson.
Mais l?usine s?oppose à entreprendre de tels travaux, trop onéreux selon elle. En revanche, elle met en place des techniques pour réduire les émanations. « Nous allons installer des caméras pour surveiller les émanations. Nous installerons aussi un détecteur d?oxygène dans chaque cheminée. Dès que le détecteur repère une anomalie, les machines s?arrêtent dans les secondes qui suivent. Nous sommes également en négociation avec une société américaine, Turbosonic, spécialisée dans le traitement des émanations de gaz et autres particules », déclare François Woo.
Mais les habitants restent sceptiques.
« Dans cette affaire, la NHDC est tout aussi responsable que la CMT. Pour eux, l?usine était là avant, et c?est leur excuse. C?est vrai concernant la résidence de La Tourelle, mais lorsque l?usine s?est implantée, d?autres habitations étaient déjà là. Alors, quelles sont les excuses pour ces habitants ? », conclut Théophile Sosson.
LA CMT, D?UNE CRISE A UNE AUTRE
Si la CMT existe depuis 23 ans, elle n?a pas toujours été située à La Tour-K?nig. Elle a fait ses premiers pas à Valentina. Mais en 1996, après les contestations des résidents, le gouvernement de l?époque décrète qu?aucune usine ne sera installée dans la localité. « À l?époque, la CMT était en pleine expansion. Nous avions acquis d?autres terres et nous voulions nous développer. Mais à la suite de la décision du gouvernement, nous avons dû partir », rappelle François Woo.
Le gouvernement identifie alors un nouveau site : La Tour-K?nig. En arrivant sur place, la direction de l?usine repère les habitations Alpha, Dodo, Bengali, Épervier, Grive, Flamant et Colibri, et décide d?installer les équipements pouvant nuire aux résidents à distance. En décembre 2003, la NHDC entreprend la construction de logements sur un terrain vague situé à proximité de l?usine. Fort de l?expérience de Valentina, François Woo s?entretient avec Ehsan Khodabocus, alors directeur général de la NHDC et le prévient des risques qu?il encourt à installer des résidences si près de l?usine.
« Je leur ai expliqué qu?installer des résidences si près de nous revenait à poser une bombe qui explosera d?ici trois à quatre ans. Alors, la NHDC nous a assuré qu?elle mettrait en place des mesures afin de réduire au mieux les risques », ajoute-t-il. Ainsi, les maisons situées au plus près de l?usine ne devaient pas être louées mais utilisées pour être des centres communautaires. La NHDC avait aussi assuré qu?elle planterait des arbres pour mettre une « barrière » naturelle entre les logements et l?usine, augmenterait la hauteur du mur séparant l?usine des habitations, et surtout préviendrait les futurs locataires des risques. Mais selon la direction de la CMT, aucune des mesures n?a été respectée.
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