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Bachir, Mugabe et l?Afrique?

20 juillet 2008, 00:00

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Les Africains doivent-ils se prendre en charge eux-mêmes ? Cette question fondamentale qui divise la communauté internationale refait surface cette semaine depuis que Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a requis un mandat d?arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir pour génocide et crimes contre l?humanité. Ce vieux débat défraie la chronique dans les médias africains, qui commentent diversement cette épineuse question.

Deux camps, deux visions et plusieurs réalités. Le premier camp jette surtout un regard dépolitisé sur la crise au Darfour et estime que seul le strict droit international peut mettre un frein au massacre qui n?a que trop duré. Ocampo, porte-drapeau de ce camp, explique son rôle de juriste en ces termes : « Ma responsabilité est d?enquêter sur des affaires criminelles, de présenter des preuves aux juges [?] Je conserve mon indépendance et je ne peux pas être un facteur politique. »

Le second camp, plus pessimiste, redou-te que ce mandat d?arrêt constitue un très sérieux obstacle face au processus de paix au Soudan. L?Union africaine vient de se ranger parmi ceux qui estiment que l?accusation de la CPI va sombrer le Soudan dans un « complet chaos politique ».

Ce qui se passe au Darfour est un conflit qui est extrêmement compliqué, tant du point de vue historique que géopolitique, et ce serait réducteur de prendre position pour ou contre sans considérer tous les tenants et aboutissants. Si dans le cas de Robert Mugabe, on a récemment vu la communauté africaine, dont la SADC et Maurice, se serrer les coudes pour lever un bouclier diplomatique contre les atta-ques de la communauté internationale, en protégeant le « camarade Bob », dans le cas de Bachir, les inquiétudes des pays africains sont loin de n?être qu?une défense partiale en faveur d?un pays frère.

Ce qui se passe au Soudan n?est que le prolongement sanguinaire de différents groupements constitutifs du genre humain, qui date de la nuit des temps.

Cette ébullition sociale, autour du Nil et des religions, a été amplifiée par le système colonial qui a déchiqueté l?Afrique à compter du xixe siècle. Le Soudan, le plus grand pays de l?Afrique en termes de superficie, est le résultat de ces in-vasions humaines ininterrompues. Hier, on parcourait le Soudan à la recherche d?esclaves ou de peuples à convertir, et aujourd?hui, on s?intéresse à ses millions de victimes et de déplacés, mais aussi au pétrole du pays.

Depuis des décennies maintenant, plusieurs générations de dirigeants africains ?uvrent pour une Afrique unie et forte.

De l?Organisation de l?union africaine à l?Union africaine, en passant par le Nou-veau programme de partenariat pour le Développement africain et le Méca-nisme africain de la sécurité collective qui déploie, depuis plus de trois ans, des troupes de maintien de la paix dans la région du Darfour, les résultats sont plus figue que raisin.

Valeur du jour, plus d?un observateur note que les forces combinées de maintien de paix de l?ONU et de l?UA ont bien avancé dans processus de paix au Darfour, même si dernièrement il y a eu un regain de violence des « janjawids », finan-cés par une section de l?administration soudanaise qui encourage un conflit frontalier avec le Tchad.

Mais du point de vue objectif, on reconnaît que la situation au Darfour se trouve actuellement toujours à un moment « critique » et que toutes les parties concernées doivent mettre tous les problèmes à plat pour éviter qu?on se déchire davantage.

Une action brutale des « Occidentaux » risque d?être perçue comme de l?irrespect envers les efforts des pays africains pour la paix, et elle ne serait pas acceptée par les masses populaires africaines.

Déjà, Khartoum n?a pas reconnu la compétence de la CPI et dénoncé une tactique politique. Dans la rue, ils sont des milliers à soutenir Bachir.

Et au concert de l?ONU, la Chine et la Russie s?érigent en grands défenseursde la cause africaine.

Dans les colonnes du « Monde », Jens Meierhenrich, professeur de sciences politiques à Harvard, estime que « les déclarations publiques de Luis Moreno-Ocampo ne fournissent que très peu de preuves d?un génocide au Darfour. Pour l?instant, ce n?est pas un problème, étant donné qu?il ne s?agit que d?une demande visant à obtenir qu?Omar Al-Bachir soit présenté devant la cour de La Haye. Cependant, la question reste de savoir si oui ou nonil aura suffisamment d?éléments pour défendre de manière convaincante l?idée qu?un génocide a lieu au Darfour, en cas de traduction en justice de M. Bachir.

Si Luis Moreno-Ocampo se révélait incapable de prouver ses déclarations hyperboliques, sa démarche pourrait se révéler désastreuse. Cela pourrait, en effet, dé-montrer que ce dernier avait des motivations essentiellement politiques, et non fondées en droit. »

Il rappelle que dans le cas du Rwanda, il y avait des listes de victimes tutsies et que dans celui de l?Holocauste, les nazis gardaient des dossiers quasi-complets de leurs actes sauvages.

Inculper un chef d?État peut avoir des répercussions politiques très négatives sur le climat général du monde entier. Pire, si la CPI n?arrive pas au bout de sa logique, cela reviendrait à offrir une rédemption à ceux qui tuent des millions d?innocents au Darfour. De même, certains potentats africains, européens, ou asiatiques, comme Mugabe, pourraient avoir du sérum pour continuer leur règne sanguinolent pour continuer à amasser des millions de dollars. À côté d?eux, des centaines de milliers de corps se ramassent à la pelle? Mais en fait, entre la justice et la paix, la réalité est loin d?être uniquement en blanc ou en noir. Et dans ce tableau des contrastes, l?Afrique demeure le continent le plus complexe du monde entier?

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