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Omar Al-Bachir, symbole d?un régime sanglant
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Omar Al-Bachir, symbole d?un régime sanglant
En deux décennies au pouvoir, il semblait pouvoir résister à tout. Avec sa mise en cause, le 14 juillet, par la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes commis au Darfour, voilà le président soudanais, Omar Al-Bachir, confronté à l?épreuve la plus difficile d?une existence sortie du rang.
Quel chemin parcouru depuis sa naissance en 1944 dans une famille de paysans pauvres du nord de Khar-toum ! Il est entré tôt dans l?armée, y a gravi les échelons sans éclat. Vers la fin des années 1980, ce n?est qu?un officier anonyme, à peine remarquable par sa piété.
Puis vient un matin, avant l?aube, le 30 juin 1989. Le régime parlementaire soudanais s?effondre lorsque des unités de l?armée prennent l?aéroport, le palais présidentiel et bloquent les rues de Khartoum. Un groupe de quinze officiers vient de prendre le pouvoir, avec le soutien de cellules islamistes.
À la tête de la junte, on découvre alors Omar Al-Bachir.
Il prétend jouer à l?homme de fer</B>
Les premiers temps, il est impossible de déterminer quelles mains tiennent le pouvoir. Derrière la junte militaire, le Front national islamique (NIF), tire les ficelles. Hassan Al-Turabi, le cerveau de la coalition islamiste à l??uvre, tient à avancer masqué. Après le putsch, le « cheik » Tourabi est arrêté pour sauver les apparences. À sa sortie de prison, il s?installe dans son rôle d?éminence grise, au milieu d?âpres luttes entre factions.
D?entrée, Omar Al-Bachir prétend jouer à l?homme de fer. Quelques jours après le coup d?État, il prend la parole dans un meeting, Coran dans une main, Kalachnikov dans l?autre : « Toute personne qui trahit la patrie ne bénéficie pas du droit de vivre. » Principe aussitôt mis en application. En avril 1990, 28 officiers sont exécutés. D?autres suivront, alors que se multiplient purges, arrestations, cham-bres de tortures secrètes.
Au Sud Soudan, la sale guerre contre la rébellion sudiste s?amplifie, avec l?organisation de forces paramilitaires, les Forces de défense populaires, et des milices qui sont recrutées au sein des tribus arabes.
À Khartoum, Hassan Al-Turabi tisse des paradoxes soyeux, émaille ses discours de délicates allusions au Coran ou aux hadiths (dits du Prophète), et met sur pied une internationale islamiste qui ratisse large. S?installent au Soudan une multitude de mouvements à vocation islamo-révolutionnaire, certains résolus à emprunter la voie terroriste. L?un est dirigé par un certain Oussama Ben Laden. Il sera discrètement chassé en 1996 à la demande des États-Unis lorsque le Soudan tente de se débarrasser de son étiquette d?État voyou.
Celui-ci, justement, attend son heure pour se débarrasser du président Bachir, que Khartoum appelle pour s?en moquer « l?homme terrible ». Lorsque Turabi croit venu le moment de s?emparer du pouvoir, en 1999, il tombe de haut. Proclamation de l?état d?urgence, chars dans les rues, arrestation du « cheik ». Turabi écarté, Bachir n?est pas pour autant le maître du pouvoir. Ses ex-fidèles ont appuyé la mise à mort politique du « cheik ». Ils entament aussitôt une lutte sourde entre factions.
<B>Le ballet des atrocités</B>
Mais les temps ont changé. L?argent du pétrole coule à flots. Khartoum se hérisse de grues. D?un côté, prévaut encore, officiellement, une ligne islamiste dure, anti-occidentale. De l?autre, on essaie de renouer des liens avec les États-Unis. C?est alors qu?éclate dans la région du Darfour, à l?ouest, une nouvelle rébellion. On applique les mêmes recettes expérimentées au Sud pendant plus de vingt ans.
Des milices sont recrutées pour écraser la population. Elles se font connaître sous le nom de janjawids. Du gouvernement qui n?est souvent qu?un paravent aux conseillers spéciaux qui contrôlent tout, tout un système s?engage dans la répression au Darfour. Bachir mène-t-il le ballet des atrocités ou se contente-t-il de l?encourager ? Le procureur de la CPI penche pour la première hypothèse.
<B>@ 2 008 Le Monde ? Jean-Philippe Rémy ?
(Distribué par The New York Times Syndicate)</B>
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