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Ingrid ?
<B>Par Michel BEDU</B>
Elle est là, sur l?écran, extraordinairement vivante, entre ses deux grands enfants perdus depuis plus de six ans ! À peine osions-nous encore y croire. Je songeais parfois : ils nous la rendront après l?avoir épuisée, au seuil de la mort. Et, merveille, elle est parmi nous, là-bas sur le tarmac de Bogota, accompagnée par l?armée colombienne, la police, officiels et photographes. La voir debout, sans chaînes, quel soulagement ! Ce long visage, émacié par la souffrance, sourit à ses enfants qu?elle presse contre elle, sa fille Mélanie son fils Lorenzo qui ont tant combattu pour leur mère.
Le cauchemar, qui durait depuis février 2002, vient de s?achever. Pour quatorze otages. Une vidéo d?août 2003, une autre d?octobre 2007, « preuves de vie », faisaient apparaître une forme maigre, triste, aux mains décharnées. Une lettre destinée au président vénézuélien Chavez est interceptée à Bogota, lettre qu?on a pu lire, présentée par Michel Peyrard en décembre 2007 dans « Paris-Match ». Autant, Ingrid refusait de livrer son regard à la caméra de ses geôliers, autant elle déverse sa profonde souffrance dans cette longue lettre à sa « petite maman adorée ». Quelques extraits : « C?est une espérance quotidienne, entendre ta voix -[une émission radio reliant les otages à leurs familles] - sentir ton amour, ta constance? Tous les jours, je demande à Dieu qu?Il te protège et me permette un jour de pouvoir tout te rendre, à mes côtés? Petite maman, je suis fatiguée, fatiguée de souffrir. J?ai mené beaucoup de batailles, j?ai tenté de m?enfuir, j?ai essayé de maintenir l?espoir comme on maintient la tête hors de l?eau? Ta souffrance, celle de tous, fait que la mort m?apparaît comme une option douce. Rejoindre mon petit papa, dont je n?ai jamais achevé le deuil?
Je vais mal. »
Et elle poursuit, avec les conseils d?une mère à ses enfants. À Mélanie : « mon soleil de printemps, j?ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi.. » À Lorenzo : « mon roi des eaux bleues, source de joies ». À Sébastien : « que tu saches que je n?ai pas deux, mais trois enfants d?âme? » Puis sa gratitude envers ceux qui ?uvrent pour la faire libérer :?
« Mon c?ur appartient à la France, ma douce France qui m?a tant donné? Depuis mon enlèvement, la France a été la voix de la sagesse et de l?amour. Elle n?a jamais vacillé dans la défense de nos droits? J?admire la capacité de mobilisation d?un peuple qui, comme disait Camus, sait que « vivre, c?est s?engager ».
Mais oublions l?horrible épreuve.
Enchaînée au creux de cette jungle obscure, la voici qui apparaît comme une ressuscitée, frêle mais droite, souriante, heureuse enfin, son grand regard ouvert sur la liberté. Etonnée d?être là, parmi ses proches qui la touchent, l?embrassent, la serrent contre leur c?ur pour la garder? Car le cheminement fut compliqué, suspendu à des tractations, des rivalités de méthode. Reprenant la démarche de Jacques Chirac avec Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy, dès son entrée en fonction, avait fait de la libération d?Ingrid Bétancourt une priorité. Cette libération, le président Uribe vient de la réussir. Au cours de sa campagne, il avait redit : « Ce sera moi ou les FARC ». Il vient de marquer un but exemplaire : quatorze otages sont rendus à leurs familles et à leurs droits.
L?arrivée d?Ingrid à l?aéroport militaire de Villacoublay, accueillie par le président Sarkozy et son épouse, fut à la hauteur de l?événement : sobre , émouvante, tendre et familiale. Dans la même tonalité, Ingrid, lentement, avec les larmes de la joie cette fois, remercie? La France, le président, tous les comités de soutien qui n?ont pas cessé de réclamer ce jour que nous vivons, un grand jour pour nous tous? Comme souvent, il y a les trouble-fêtes.
En la personne de Mme S.Royal qui n?a guère attendu pour politiser cette délivrance. Elle s?est ridiculisée, même chez les siens. Ce n?est pas la première fois. Chacun connaît les démarches du gouvernement français pour obtenir l?élargissement de la prisonnière que la France entière a soutenue. Un autre, Suisse , a cru bon de révéler qu?il y avait eu, dans cette affaire, des dollars distribués. Ils baissent, c?est le moment de les donner?
À un journaliste, qui évoquait la chose lors de sa conférence de presse, Ingrid Bétancourt dit en souriant :
« Ah, ça commence !... » Au fond de la jungle , elle était mal placée pour causer fric?
Il me revient ce mot de Malraux : « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie. » Laissez dire, Ingrid, et soyez enfin libre et joyeuse !... « Merci à la France. Je vous aime », nous a-t-elle dit. Merci d?exister Ingrid : vous nous rendez meilleurs.
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