Publicité

Quand les patrons quittent le navire?

19 juillet 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Quand les patrons quittent le navire?

En l?espace de trois ans, soit de juillet 2005 à juin 2008, 65 entreprises de textile ont fermé leurs portes. Résultat : plus de 4 960 employés se sont retrouvés sur le pavé.

Bon nombre d?entre elles invoquent une compétition féroce sur le marché international, une baisse de leurs commandes, une hausse de leurs coûts d?opération ou encore une roupie forte pour expliquer ces fermetures. Cependant, la dernière en date soulève un point beaucoup plus important. A savoir un manque de gestion cohérente.

Avec la fermeture des usines Job Textile et Palmira, ce sont 350 ouvriers qui ont été licenciés. L?administrateur judiciaire, Raj Gangoosirdar, a porté plainte à la police et à la commission anti-corruption pour un détournement de fonds de Rs 32 millions. Il veut savoir si ce détournement vers Madagascar aurait bénéficié de la complicité des cadres des usines. Cependant, ces derniers demeurent injoignables.

Les directeurs des entreprises peuvent-ils agir en toute impunité ? L?article 335 du Companies Act stipule que toute personne, partie prenante dans une entreprise, avec l?intention de frauder les créanciers de la compagnie encourt une amende ne dépassant pas Rs 1 million et une peine de cinq ans de prison. Un directeur qui utilise les biens de la compagnie à son usage personnel encourt une peine similaire. «Le Companies Act punit tout directeur qui se sert de son entreprise comme véhicule pour détourner ou blanchir de l?argent», explique Me Veda Baloomoody.

Lorsque ces directeurs qui fraudent et qui trichent avec leur compagnie sont des investisseurs étrangers, l?affaire est d?autant plus grave dans la mesure où l?Etat accorde des avantages aux investisseurs étrangers, dont des exemptions fiscales et autres facilités administratives pour venir investir à Maurice.

«Le système doit être revu et il faut plus de transparence et de responsabilité pour ces entreprises privées, dit le syndicaliste, Yusuf Sooklall. L?Etat ne peut plus être un simple spectateur. Il faut aussi faire provision pour qu?à l?avenir ces choses-là ne se répètent plus.»

<B>Le mode opératoire</B>

L?affaire est partie d?une déposition de l?administrateur judiciaire, Raj Gangoosirdar, à la police. Sa plainte est dirigée contre des membres de la direction. Un détournement de Rs 32 millions est mis à l?index dont un transfert allégué de Rs 20 millions de stock et de machines vers Madagascar. Raj Gangoosirdar explique : «Contrairement à d?autres cas qu?on a eus jusqu?ici, ces usines de textile ont été mises sous administration judiciaire parce qu?il n?y avait plus de patron à bord et c?est ce qui a inquiété les créanciers.» Depuis un certain temps les dirigeants avaient, pour ainsi dire, disparu alors que les usines avaient toujours des commandes.

C?est devant les officiers de la Central Criminal Investigation Department que Raj Gangoosirdar, accompagné de Me Veda Baloomoody, a donné des détails sur ce qu?il considère être le mode opératoire du détournement allégué. La fraude alléguée consisterait à acheter des machines et des tissus au nom de Job Textile et à les envoyer à Madagascar pour le compte de Cogimex, une autre compagnie.

L?administrateur judiciaire reproche aussi aux membres de la direction d?avoir demandé aux clients des compagnies mises sous administration judiciaire de verser l?argent sur les comptes de Cogimex qui a repris une partie de leurs activités. Jeudi, il a donné une déposition à la commission anti-corruption en soumettant des documents sur l?état des affaires de la compagnie.

<B>Sur un air de déjà vu </B>

Job Textile n?est pas le premier cas ou des directeurs abandonnent leurs entreprises au moment de l?écroulement. Le cas le plus tristement célèbre est celui de la défunte Woventex en 1992. Affaire citée comme étant le plus grand cas d?insolvabilité de l?histoire de Maurice. Jacques Bénichou, un ressortissant français et cofondateur du projet est soupçonné par les administrateurs judiciaires d?avoir fait plonger la compagnie en dissimulant des «profits secrets» de Rs 120 millions.

Toutefois, le Français a échappé à la justice mauricienne lors de la suspension temporaire de son interdiction de quitter le pays. Au moment où l?ordre aurait été contesté, il était déjà dans l?avion? Il serait est toujours sous le coup d?un outrage à la cour.

Woventex présentait un déficit de Rs 750 millions. L?affaire aurait été portée en cour des faillites. L?entreprise s?annonçait comme un joint-venture pour créer une usine de textile de même qu?un moulin intégré. Les participants étaient Jacques Bénichou, la Mauritius Commercial Bank (MCB), la Commonwealth Development Commission (CDC) et la firme DEG d?Allemagne. Coût de l?investissement : Rs 580 millions.

Cependant, la situation financière de la compagnie s?est détériorée de même que les relations entre les partenaires du joint-venture. Le 9 octobre 1992, la CDC, la firme DEG et la MCB ont nommé des administrateurs judiciaires en vertu des pouvoirs d?obligations que leur avait accordés la compagnie. L?affaire est toujours entre les mains de la justice.

Publicité