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Ce qu?on ne dit pas

19 juillet 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

L?éducation nationale se porte mal à plusieurs niveaux. Et nos écoles recèlent des actions et des comportements qui devraient inciter à une réflexion profonde. Non seulement parce que ce sont de ces écoles que viendront les adultes de demain mais aussi parce qu?elles illustrent des dysfonctionnements graves de la société mauricienne. La violence étant l?un des plus importants.

Dans notre édition du 16 juillet, Patrick Hilbert rapportait qu?en une semaine et à trois reprises, des enseignants du primaire avaient été malmenés par des parents d?élèves. Les trois cas ont eu lieu aux écoles primaires de Barkly, de Poste-de-Flacq et d?Edgard Laurent. A l?Assemblée nationale mardi prochain, la députée Sheila Grenade demandera le nombre de cas de mauvais comportements d?étudiants dans les autobus, rapportés à la police de 2006 à ce jour.

Commentant les cas de menace ou d?agression dans les écoles primaires, Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union (GTU), estimait que la situation ne cesse de s?aggraver. «Il y a des écoles où les profs ne veulent même plus aller travailler et les parents en sont en partie responsables. Ils compliquent notre travail. La situation devient un peu plus difficile chaque jour.»

C?est un point de vue et il s?inspire probablement d?un manichéisme syndical. Cependant, il illustre un évident éloignement de toute vision romantique de l?école. Ce qui s?y passe n?est pas toujours dicible. On est aujourd?hui témoin d?un certain divorce entre l?école et la société. Dans tout le discours sur l?école, la violence directe et indirecte n?est qu?un point d?exclamation. Elle est l?expression d?une rupture.

Ces derniers temps, nos dirigeants se sont limités à un aggiornamento restrictif. Il a été question de construction d?écoles. D?éternels débats sur la réforme du projet éducatif. De la nécessité ou non d?introduire le créole comme médium d?enseignement. Si les écoles ont été construites, par contre, sur nombre d?enjeux, la sclérose a été totale. Certes, le dernier budget aborde une question centrale que celle de la formation des enseignants. Mais cela n?est qu?une partie d?une problématique complexe.

On a voulu d?une école qui place l?enfant en son centre. Ou encore d?une «world class education». On a été bon à trouver des slogans. Par contre, on a été bien mauvais à entreprendre la réforme. Celle-ci a buté sur des résistances, un certain esprit corporatiste, une volonté politique pusillanime et des desseins socio-ethniques de quelques individus rétrogrades. L?ensemble reposant sur des considérations qui ne sont pas toujours liées à l?éducation de nos enfants.

Ce sont de tels réflexes qui ont fini par propulser des enseignants dans la peur et dans une désaffection certaine voire dans une agressivité qui relève de l?énergie du désespoir. C?est ce qui a fait croire à des parents d?élèves qu?ils ont la légitimité de pénétrer dans les enceintes des établissements scolaires pour dicter leurs lois. Qui a libéré les instincts bilieux de quelques collégiens. Ce sont autant d?affaires et de comportements qu?on étouffe. Chacun est pris dans ses propres traumatismes et psychose.

Certes, il ne faudrait pas dramatiser la situation. Il nous reste encore nos lauréats ! Mais cela n?occulte pas le fait que l?école mauricienne n?est pas au diapason des temps nouveaux. Elle fabrique de bons automates. Elle perpétue une race d?enseignants qui misent surtout sur les leçons dites particulières. Elle produit des parents qui ont souvent les nerfs à vif. Elle est l?exutoire des pulsions belliqueuses. Sans doute dans la République «d?Autochtonie», telle que certains de nos dirigeants conçoivent l?Etat mauricien, on nous dira qu?il ne faudra pas se focaliser sur quelques brebis galeuses. Il est temps de le dire : c?est une posture qui vise surtout à nous exonérer de nos responsabilités.

L?école mauricienne est malade. Cela aussi, il faut le marteler.

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