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Les interférences littéraires entre la France et Maurice
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Les interférences littéraires entre la France et Maurice
En 1983, Jean Fanchette, intervenant, à La Maison des Cultures du Monde, à Paris, sur le particularisme culturel mauricien (voir l?express d?hier), rappelle les interférences entre les littératures mauricienne et française. Il évoque d?emblée la complexe figure de Bernardin de Saint-Pierre, passant quatre ans à Maurice et ne jurant que par les beaux yeux de Mme Pierre Poivre. Il fait référence autant à sa plume par trop moraliste qu?à son regard aigu de grand reporter avant l?heure. Il préfère toutefois son Voyage à l?Isle de France à son larmoyant Paul et Virginie. Il y restitue mille fois mieux la réalité mauricienne.
Il cite Borgès, affirmant que notre Paul Jean Toulet ? de mère française mais de père mauricien ? est son poète préféré. Il évoque les séjours à Maurice de l?auteur de Mon amie Nane et le passage où il évoque la gare de Rose-Hill (la ville natale de Jean Fanchette). Toulet, comme Jean Marie Le Clézio, comme Joël de Rosnay, comme tant d?autres Mauriciens à s?être illustrés sous d?autres cieux, possède deux patries : la France et Maurice. Le psychiatre prend alors le relais : «On peut, à lire certains de ses poèmes, s?interroger sur ce en quoi ce poète, conçu dans l?île, est influencé par la mystérieuse chimie de l?environnement sur un enfant en gestation. Quelle musique de palmiers et de filaos, quel fracas de vagues sur les falaises de Souillac, a-t-il entendus pour que Maurice, ses paysages poignants, ses mornes et ses femmes, jaillissent ainsi trente ans après, dans ses Contrerimes ?». Il cite à ce propos les célèbres vers suivants.
Elle est noire, c?est vrai. Corail ni jameroses
Ne rient dans sa figure, ou l?or non plus des blés
Mais les charbons sont noirs comme elle
Allume-les : on dirait un buisson de roses
Les premiers poètes mauriciens, se voulant parnassiens, n?oublient pas pour autant leur métissage originel. Ils ouvrent la voie en quelque sorte à leurs cadets qui comprennent mieux encore qu?ils sont à l?intersection privilégiée de plusieurs courants de pensée, «sur une sorte de tour de vigie leur permettant de balayer du regard des histoires millénaires».
Les progrès technologiques aidant (la radio qui déjà démocratise l?information venue d?ailleurs), ils peuvent davantage être à l?écoute des grands courants philosophiques qui bouleversent le monde de l?entre-deux guerres, des révolutions dans l?art d?écrire, des nouvelles branches du Surréalisme, de nouvelles voix branchées, des courts-circuits du langage. Certains osent alors proclamer que l?exotisme littéraire est mort et que l?apport littéraire de la petite île Maurice peut être considérable. Loys Masson, Malcolm de Chazal, Jean René Noyau, Robert Edouard Hart, rappellent alors les grands métaphysiciens anglais du XVIIIe siècle. Fanchette signale la présence poétique et illuminatrice de Marcel Cabon et de Pierre Renaud que la France ne connaît malheureusement pas. Il faudra un jour que Paris leur rende justice.
Jean Fanchette réclame le droit de parler longuement de son ami, Loys Masson. Celui-ci débarque à Paris, à la veille de l?entrée en guerre de la France contre l?Allemagne d?Adolphe Hitler. Ce poète est pourtant immédiatement entendu et écouté. Au dire de Fanchette, il «secrète une poésie déchirée-déchirante, portée par une vie illuminée d?une sorte de pureté franciscaine, marquée d?un bout à l?autre par la pauvreté». C?est une poésie qui marquera pendant encore longtemps notre mémoire.
De Jean René Noyau, Jean Fanchette affirme qu?il est notre premier poète de la négritude. Il fait allusion à son texte en créole, Tention caïmans, et dédié aux intellectuels afro-asiatiques, ne comptant que sur leurs seules forces. Il leur demande d?entreprendre sans tarder «la mise en écriture de toutes les langues non écrites de nos peuples» parce que la poésie doit être l??uvre de tous et non pas de quelques-uns. Il dédie son livre à l?un de ses fils dont «le baiser d?enfant sur ma bouche de métis réveille l?homme noir en moi».
(A suivre)
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