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Les voleurs font leur marché
La récolte est bonne. Du moins pour les voleurs. Ce constat est dressé par des agriculteurs, qui tous se disent victimes de vols. Toutefois, ils différencient les petits chapardeurs de brèdes des bandes organisées qui sévissent désormais dans les champs à travers l?île. Aucune région n?est épargnée. Aucune plantation n?est à l?abri. Mercredi soir, trois hommes ont été arrêtés à Rivière-des-Anguilles. Ils ont été pris en fragrant délit, dans un champ.
«10 % de la production locale est volée.» Ce chiffre est avancé par Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de la Small Planters Association. Pour lui, il existe différents types de délinquants. D?abord, ceux qui dérobent pour «fer enn ti kari», comme il le dit. En gros, ceux qui prennent quelques légumes, question d?améliorer leur dîner. Ce type de larcin, il est prêt à l?excuser. Cela fait partie des m?urs, pour le secrétaire de la SPA. Ce sont les autres qui lui posent problème.
«Elles font la loi dans nos cultures», explique Kreepalloo Sunghoon. Elles, ce sont ces bandes organisées qui «nettoient» les plantations. Invraisemblable, des hommes armés venus voler des légumes ? Pas tant que ça. Notre interlocuteur nous raconte sa propre expérience.
Ces cinq dernières années, il s?est fait tout faucher. Ses légumes sont régulièrement pillés, mais pas seulement. Ses outils et autres fertilisants ont aussi été subtilisés. Pire, il a installé des barrages ; eux aussi envolés. Une autre fois, ce sont les voleurs de ferraille qui se sont attaqués à sa clôture. Comment se défendre et arrêter le pillage ? Kreepalloo Sunghoon semble presque résigné. une répression plus efficace ? Il n?y croit pas vraiment.
Mais comment procèdent ces escrocs du légume ? Quand on pense voleurs, on s?imagine tout de suite qu?ils agissent la nuit. Le secrétaire de la SPA affirme toutefois que ces pilleurs «travaillent» en plein jour. «Ils viennent en camion», explique le planteur. En général, les voleurs, en bande, ont un guetteur. Celui-ci surveille le champ, jusqu?au départ du propriétaire. Il appelle alors ses complices et le nettoyage du champ peut commencer.
<B>Il est chassé de son champ</B>
Il existe aussi des maraudeurs de nuit. En général, ceux-là sont plus violents. Shivdut, 60 ans, est planteur depuis des décennies. Depuis deux ans, il est régulièrement victime de vols. Il a surpris les voleurs deux fois, alors qu?ils s?affairaient dans son champ, en pleine nuit.
Le dernier incident qu?il relate se passe l?an dernier. Il voit une ombre dans son champ, s?approche et découvre un homme, lourdement vêtu d?une veste, d?un pantalon sombre, d?un foulard et d?une casquette. Ce dernier s?affaire à remplir de légumes un sac posé par terre.«Je lui ai demandé ce qu?il faisait», raconte Shivdut.
Le voleur prend immédiatement la fuite, pourchassé par le planteur. Ce dernier est vite distancé. Pensant que l?affaire est réglée, Shivdut retourne à son champ. Là, il se rend compte qu?il a été berné. Une tierce personne est passée pour finir le travail. Le sac du malfrat n?est plus là, de même qu?une bonne partie de la récolte.
Le vol précédent, en 2006, a été plus dramatique pour le sexagénaire. «Je me suis fait chasser de ma plantation», explique-t-il. Alors qu?il monte la garde, plusieurs hommes font irruption dans son champ. Ils sont armés de sabres. Le sexagénaire est blessé, et sa récolte pillée. Il n?en dira pas plus sur cette dure expérience. Mais Shivdut est formel : bientôt les agriculteurs devront se défendre contre ces pilleurs qui ne reculent devant rien.
Outre la menace pour les agriculteurs, les consommateurs sont aussi mis en danger par les vols. En effet, pour que les plantes arrivent à maturité, des fertilisants et autres produits sont ajoutés lors de leur développement. Une période précise est requise afin qu?un certain degré de ces produits soit évacué par les plantes.
Une fois ce délai passé, les planteurs font leur récolte, puis les légumes, fruits et autres produits de l?agriculture sont mis en vente. Impossible de vérifier qu?un produit volé, souvent vendu trois fois moins cher sur le trottoir, respecte ces mesures de sécurité.
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