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Conseillers des princes

17 juillet 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

De toutes les sinécures que les partis au pouvoir attribuent à leurs protégés, les plus inutiles sont, souvent, les postes de conseillers. Les titulaires sont en général des hommes qui sont restés sur la touche après une élection et qui attendent une fonction lucrative. Les dirigeants se servent de ces postes pour entretenir leurs réseaux clientélistes ou pour mettre au placard des gens qui aurait pu les déranger autrement.

Une grande latitude est laissée aux ministres pour nommer des conseillers. Trois ans après les élections, ils continuent à s?adjoindre les services de ceux que le jargon administratif surnomme «Advisers/Personal Counsellors». Pas plus tard que cette semaine, un nouveau conseiller a été nommé au ministère du Tourisme, des Loisirs et des Communications extérieures. Il s?agit de Joël Rault. Un communiqué officiel du ministère précise que celui-ci sera «en charge des projets et du branding». Le fait que le ministère vient d?octroyer un dispendieux contrat à une compagnie britannique, «Achanchi Ltd.», pour entreprendre un exercice de branding ne semble pas poser de problème au ministère.

En outre, la nomination de ce nouveau conseiller intervient dans des circonstances particulières. Joël Rault dirigeait jusqu?à tout récemment la «Tourism Authority», organisme qui a été débouté alors qu?il voulait ordonner la fermeture de «Pizza Hut» à Quatre-Bornes. Le départ du directeur était devenu inévitable après la controverse suscitée par la démarche intempestive de l?organisme à l?encontre du fameux restaurant. Son atterrissage dans un fauteuil de conseiller a été, sans doute, le meilleur moyen de lui épargner une chute trop brutale. Le seul inconvénient, c?est ce que cela a un coût pour le contribuable.

Un gouvernement soucieux de rigueur budgétaire aurait exercé un meilleur contrôle sur les postes de conseillers. Non seulement, ils sont devenus un instrument politique entre les mains des ministres mais ? on le constate après chaque élection ? ces postes attisent la convoitise des profiteurs et des parasites qui vivent des prébendes que les élus distribuent. Vraiment, l?observateur Percy Mistry, ancien consultant de la Banque mondiale, a raison quand il dit que «Mauritius puts populist-pandering politics above good economics».

Le pire, c?est que ces conseillers qui infiltrent les arcanes de l?Etat provoquent souvent le dysfonctionnement des services publics. Leurs rôles sont mal définis et ils s?octroient parfois des responsabilités qui chevauchent celles des hauts cadres de la fonction publique. Il en résulte un grand cafouillage au niveau des ministères et une profonde frustration parmi les fonctionnaires qui ressentent l?arrivée des conseillers comme une intrusion.

En 2005, le gouvernement avait fait circuler une ébauche d?un texte de loi, le «Public Service Bill» qui prévoyait de donner un encadrement légal précis à la fonction de conseillers. Ce projet de loi contenait une disposition importante : aucun ministre n?aurait été autorisé à embaucher plus de deux «advisers». Evidemment, le texte est resté lettre morte.

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