Publicité

Journalistes témoins privilégiés de l?Histoire quotidienne

16 juillet 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il y a un quart de siècle, nous n?avions pas de Media Trust pour la formation de journalistes, même sans président depuis des années, faute de temps premierministériel pour en désigner un (voilà ce qui arrive quand on assume trop de responsabilités et quand on ne sait pas les déléguer à bon escient, à James Burty David, par exemple)... mais nous avions la messe annuelle des journalistes, à l?Immaculée Conception, paroisse obligée de notre Fleet Street, comme de notre mouvement syndical et de la corporation des donneurs de conférence de presse. Mgr Jean Margéot, auteur, entre autres, d?inoubliables lettres pastorales, Mgr Amédée Nagapen, ancien rédacteur en chef de La Vie Catholique, historien prolifique mais toujours pertinent, bien documenté et incollable, Henri Souchon, auteur de mille et un «billets» journalistiques faisant toujours mouche, Jean Claude Alleaume, musicien et théologien accomplis, collaborateur attitré de La Vie Catholique, Gérard Sullivan, producteur d?émissions télévisées, metteur en scène émérite, notre Cecil B. de Mille, concélèbrent. Mgr Margéot prêche et évangélise : «Tous les journalistes ont la même vocation : ils doivent être les témoins privilégiés de l?Histoire quotidienne de notre pays et du monde qui nous entoure. Votre responsabilité, Mesdames et Messieurs les journalistes, est d?autant plus grande que vous exercez un pouvoir réel sur la population, comme sur le pays». Ainsi parle Jean Margéot, le 26 juin 1983, en l?église d?Henri Souchon, au Port Louis, à l?occasion de la Journée mondiale des Télécommunications sociales. Il est regrettable que le diocèse de Port-Louis ne croit plus dans la nécessité, pourtant providentielle, de réunir les différentes professions de notre économie, à l?occasion d?une journée mondiale ou encore à celle de la célébration d?un saint patron... Que voulez-vous... La foi ne se commande pas.

L?évêque de Port-Louis souhaite, à ses invités journalistes, la grâce d?avoir toujours du respect mutuel les uns pour les autres, au-delà des divergences d?opinions et des interprétations de situation différentes. Il leur demande même une faveur : «Ayez à c?ur (pas forcément mauve) de rappeler à nos politiciens l?importance d?une campagne caractérisée par le fair play et par le respect de l?adversaire, la nécessité de travailler dans l?intérêt supérieur de la population, de rappeler les valeurs fondamentales qui permettent le progrès véritable du pays».

Des journalistes et des rédacteurs en chef ont l?occasion d?intervenir, notamment en précisant quelques intentions au moment de la prière universelle des fidèles. André Hakg, du service extérieur en français de la radio australienne, rappelle la nécessité de la plus grande fraternité humaine. Il souhaite qu?un jour la presse n?ait que de bonnes nouvelles (évangile) à annoncer. Lindsay Rivière du Mauricien prie prophétiquement (et même avec une année d?avance) pour les journalistes arrêtés, emprisonnés, persécutés pour délits d?opinion, simplement parce qu?ils croient que certaines vérités doivent être proclamées coûte que coûte. « Que, face aux sévices, face au terrorisme intellectuel, les journalistes puissent maintenir leur idéal de liberté et de vérité ». Marie Josée Baudot de la MBC situe la contribution des médias à l?unité mauricienne. Jugdish Joypaul, pas encore de la MBC mais au service de la Nation, est du même avis. Cette messe rappelle aux journalistes leurs devoirs et leurs responsabilités. Il appelle au renforcement de l?unité dans la diversité. Geeparsad Ramloll, du défunt Advance (toujours en attente de résurrection pourtant maintes fois annoncée et promise), exprime le v?u que la presse mauricienne soit miroir de l?unité dans la diversité dont nous avons tant besoin. Un autre journaliste rappelle que sa profession doit inciter ses membres à construire et non à détruire. «Ne soyons jamais des démolisseurs injustes, abusant du terrible pouvoir placé entre nos mains». Jean Claude de l?Estrac du Militant prie pour que la liberté et l?unité deviennent les instruments quotidiens de la plus haute forme de la charité : la justice. Il explicite sa pensée : la liberté est une manière de vivre. Elle est le fruit de la connaissance. Elle est l?enfant de la communication. L?unité est la chance de notre survie.

Au moment de l?offertoire, des journalistes apportent, en procession, à l?autel une radiocassette, un téléviseur, un exemplaire des différents journaux du pays. L?un se contente de déposer sur l?autel une plume ainsi que les 26 lettres de l?alphabet (mandarin exclu). Au moment du Notre Père, célébrants et journalistes forment une chaîne confraternelle. Dans le ch?ur, deux panneaux artistiques illustrent l?activité intense et difficile du journalisme.

Nos journalistes savent écrire. Ils savent aussi prier. Il est dommage qu?on ne leur fournit pas davantage l?occasion de le faire.

Publicité