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Haro sur les casinos !
Les casinos pullulent et les problèmes avec. En effet, autour de ces maisons de jeux qui ont vu le jour ces dernières années dans les hautes Plaines-Wilhems, s?est aussi développé un business parallèle. Moins reluisant celui-là.
Les détracteurs, nombreux, affirment que ces casinos attirent prostituées et trafiquants de drogue. Et « détériorent la vie de quartier ». Une accusation rejetée par les principaux concernés, qui déplorent la piètre image dont ils jouissent.
Si la grande majorité des casinos ? ils sont une vingtaine ? s?estiment « irréprochables », d?autres, moins regardant, attirent une clientèle que les riverains qualifient de « louche ». Nous décidons de nous rendre, à la nuit tombée, dans l?un d?entre eux, situé dans les hautes Plaines-Wilhems.
Grâce à d?immenses néons suspendus à la façade du bâtiment, l?artère principale de la localité est illuminée comme en plein jour. A l?entrée, quelques accros du jeu se pressent sous le regard menaçant de deux agents de sécurité. A l?intérieur, le décor est sommaire. Qu?importe, l?on vient rechercher ici l?adrénaline que procure la pratique intensive du « bandit manchot », nom donné en Afrique aux machines à sous. Car face à elles, on a plus de chance de se faire plumer que de remporter le jackpot.
Aux tables de roulette, les joueurs suivent des yeux la petite balle qui leur rapportera peut-être gros. Tandis qu?au-dessus des têtes flotte un épais nuage de fumée provenant des cigarettes. Concentrés les joueurs sont loin de se douter de ce qui se passe dehors?
À l?extérieur, sur le trottoir d?en face, quelques silhouettes emmitouflées, font le va-et-vient, cigarettes aux lèvres. Trois jeunes femmes, âgées d?une trentaine d?années, guettent du coin de l??il les voitures qui filent à toute vitesse. L?une d?entre elles ralentit et s?approche de l?une des filles. La vitre se baisse. Le conducteur échange quelques mots avec la prostituée et l?invite à prendre place dans la voiture qui redémarre aussitôt.
Cette scène, quotidienne, ne surprend plus personne. Même les agents de sécurité, affectés à l?entrée, n?y prêtent guère attention. « Ces agissements, qui se déroulent en dehors de l?établissement, ne sont pas de notre ressort. C?est aux autorités de prendre les mesures qui s?imposent », lâche l?un d?eux. Les policiers, affirme-t-il, ont été maintes fois avertis de cette situation, mais en vain. En attendant, la prostitution, mais aussi le trafic de drogue s?affichent ouvertement à la tombée de la nuit.
Réveil difficile dans la ville des Fleurs
Une situation qui n?est pas pour plaire aux responsables de l?établissement. Ils déplorent que leur « business » soit « constamment associé à ces pratiques ».
« Contrairement à ce que disent beaucoup de gens, nous n?avons aucun intérêt à tolérer de tels agissements à proximité de nos établissements. Nous avons une image et une réputation à préserver », fait ressortir un responsable de la sécurité, qui dit comprendre l?exaspération des habitants de la localité.
Ces derniers parlent en connaissance de cause, pour avoir observé ces petits manèges pendant longtemps. Le jardin de la municipalité de Quatre-Bornes, par exemple, autrefois très fréquenté par des familles venant prendre l?air ou s?acheter une crème glacée, a été pris d?assaut par ces nymphes aux m?urs légères.
« On y voit des Mauriciennes, mais aussi quelques Chinoises qui sont probablement des ouvrières du textile. Après avoir harponné le client, la femme l?emmène à l?arrière du marché, un lieu des plus sinistres, pour vendre son corps? », confie un habitant.
Outre les m?urs légères du monde de la nuit, c?est le réveil qui est parfois difficile dans la ville des Fleurs. Détritus de toutes sortes, des traces d?une nuit mouvementée illustrée par des actes de vandalisme? c?est le triste spectacle auquel assistent les lève-tôt. « Notre ville, l?artère principale est alors méconnaissable. J?ai vécu ici depuis des années et jamais je n?aurais imaginé une telle dégradation de ma ville que je chéris tant. Cela me fait mal au c?ur? », confie un retraité de la fonction publique.
D?autres ne peuvent que regretter leur sort. « On aurait dû réfléchir avant de permettre à cette maison de jeu d?entrer en opération. C?est vrai que le casino contribue au développement économique de la ville. Beaucoup d?emplois ont été créés. Mais il a aussi permis à des activités parallèles, pour le moins louches, de fleurir dans son environnement immédiat. Nous souhaitons seulement que les autorités policières suivent le pas et soient davantage présentes sur le terrain. Ce n?est qu?à ce prix que les habitants retrouveront leur sérénité », souligne Deven Anacooty, le président des Forces Vives de Quatre-Bornes.
Pourtant, les habitants ont beaucoup manifesté contre l?apparition du casino. Notamment en raison des passions excessives qui se développent autour de l?appât du gain. « Avec quelques roupies la mise, les gens qui ne roulent pas sur l?or peuvent jouer », affirme une résidente. Dans les salles de machines à sous, où l?on peut généralement entrer sans costume ni cravates, la mise est généralement modeste.
« Le danger vient précisément de là. On peut jouer frénétiquement, en rafale, et tout s?enchaîne très vite », raconte une habituée des lieux qui se rend au moins deux fois la semaine dans une maison de jeu de Vacoas. Les deux jours coïncident avec la tenue de la foire aux légumes. « Lorsque je suis au casino, plus rien ne compte. C?est à la sortie que le cauchemar commence », raconte une autre joueuse. Celle-ci insiste pour garder l?anonymat, « car sa famille ne sait pas tout ».
Les villages, sites de choix
Les casinos étaient auparavant l?apanage des hôtels de luxe. Mais aujourd?hui l?industrie du mirage s?est implantée au c?ur des villages. Nul besoin de rouler des kilomètres pour s?y rendre. On y va désormais à pied. Comme Suren qui ne jure que par le jeu de dés, communément appelé « Big, small ». « Je me rends au casino quatre fois par semaine en moyenne, après le boulot. C?est vrai, je perds plus que je ne gagne. Mais je me dis après chaque défaite que je vais me refaire une santé la prochaine fois et que la chance va tourner. Parfois, il m?arrive d?épuiser tout l?argent et de rentrer chez moi récupérer encore quelques billets pour assouvir ce besoin de jouer. »
Accro, Suren l?est. Ce type de joueur ne conçoit pas la vie sans les dés. « Il m?arrive souvent de me réveiller le matin et de me dire que j?ai hâte de terminer ma journée de travail. J?ai alors tendance à tout bâcler, à rêver de jackpot en plein travail. Ou encore à oublier d?accomplir telle tâche, avant de me ressaisir », poursuit-il. Comme lui, beaucoup sont devenus dépendants au jeu, comme à une drogue dont il serait impossible de se sevrer.
De leur côté, un groupe d?animateurs tire la sonnette d?alarme depuis quelques mois déjà. Il a mis sur pied un centre d?écoute (le 702-8613 ou le 748-2981) afin de venir en aide aux personnes ayant des comportements de dépendance au jeu. « Nos animateurs sont des gens ayant une certaine expérience dans le domaine, certains ayant des proches tombés dans l?enfer du jeu. A Maurice nous considérons que la dépendance au jeu devient de plus en plus grave faisant des milliers de victimes et brisant autant de ménages. C?est un problème de société très sérieux. Et on ne s?en sort jamais seul », explique un des responsables du groupe. D?ailleurs, il constate aussi que cette folie des jeux gagne les plus vulnérables, voire les adolescents.
« L?entrée devrait y être davantage réglementée »
Ces derniers, selon des observateurs, poussés par leurs camarades, n?hésitent pas à jouer les quelques centaines de roupies destinées à régler les frais des leçons particulières. « Je ne veux pas jouer au démagogue et dire que je suis contre les maisons de jeux. Mais je maintiens que l?entrée devrait y être davantage réglementée. Il faut exercer plus de contrôles pour décourager les jeunes de faire l?école buissonnière afin de rendre dans ces établissements », affirme un sociologue. Il craint que le jeu ne devienne une mode de vie pour ces jeunes, un genre de repère autour duquel gravite leur existence.
En adoptant le Gambling Regulatory Bill en 2007, l?Etat a souhaité établir des règles pour que le secteur du jeu soit mieux contrôlé. Le ministre des Finances, Rama Sithanen, en résumant les débats, a plaidé pour la mise en place d?une véritable industrie. Prenant l?exemple de Las Vegas, il a expliqué qu?il était donc possible pour Maurice de créer une véritable industrie culturelle.
« Le problème, c?est que l?Etat ne voit qu?un seul revers de la médaille. Il encaisse des profits, mais combien aura-t-il à dépenser après pour venir à bout des problèmes sociaux liés au monde du jeu ? », demande un observateur. La loi de 2007 a permis de revitaliser certains villages et faubourgs, mais elle a engendré de nombreux business parallèles. Sans oublier une nette augmentation d?abus de jeu. Bientôt, il faudra penser à interdire de casino les personnes incapables de refreiner leur penchant pour les jeux d?argent?
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