Publicité

Jugnauth choisit le 21 août pour des législatives anticipées

6 juillet 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Alea jacta est ! Anerood Jugnauth retient le 21 août pour tenir des élections législatives anticipées et convoquer de nouveau aux urnes le peuple admirable que nous formons quand des politiciens ont sujet à se réjouir de notre comportement électoral, ce qui n?est pas forcément un compliment. L?annonce se fait un an, jour pour jour, après le meeting triomphal du Champ de Mars, pour remercier lé pèp admirab du 60-0 du 11 juin 1982. Un 60-0 qu?on ne savait pas, alors, empoisonné.

La date du 21 août nous rappelle surtout que ce mois est le préféré des grands décisionnaires en matière de choix d?élections législatives. En cinq occasions, en effet, les votants sont convoqués aux urnes en plein mois d?août : le 7 en 1967, les 9 et 10 en 1948, le 21 en 1983, les 26 et 27 en 1953 et le 30 en 1987. Il y a deux législatives en septembre et en décembre : 11 septembre 2000, 15 septembre 1991, 20 décembre en 1976 et en 1995. Mars (le 9 en 1959), juin (le 11 en 1982), juillet (le 3 en 2005) et octobre (le 23 en 1963) doivent se contenter d?un seul scrutin législatif. Ils font quand même mieux que janvier, février, avril, mai et novembre qui demeurent puceaux, sur ce point.

Précédemment Jugnauth annonce à la télévision, le vendredi 17 juin 1983, la dissolution du premier Parlement 60-0, élu le 11 juin 1982. Pour prendre une telle décision, il se base sur le fait que ni le MMM ni son MSM ne disposent d?une nette majorité à l?Assemblée législative et que, dans pareil cas, il est préférable de demander à l?électorat de désigner de nouveaux représentants du peuple à la Législature. On peut éviter ainsi une instabilité politique, pouvant terrifier de potentiels investisseurs. L?idéologie importe moins désormais que les solutions adéquates aux problèmes économiques. C?est l?acte de décès de toute politique idéologique, à l?instar du marxisme humanitaire à visage humain. C?est la victoire du pragmatisme à la Ramgoolam et à la Jugnauth, agrémenté de piment duvalien.

Sir Dayendranath Burrenchobay signe l?ordre de dissolution de l?Assemblée législative, le vendredi 17 juin 1983. Le Parlement 60-0 du 11 juin 1982 détient donc un record de brièveté puisqu?il n?a duré qu?un an. Nous sommes donc loin des 12 ans et 7 mois du Conseil législatif de janvier 1936 (prolongé en janvier 1941 pour cause de Seconde Guerre mondiale et en janvier 1946 pour cause de débats constitutionnels) ou encore des 8 ans et 4 mois de l?Assemblée législative du 7 août 1967 (arbitrairement prorogée en 1972 par le bon plaisir de Seewoosagur Ramgoolam et de Gaëtan Duval).

Le MSM conserve 35 tickets et en offre 27 au tandem PTr-PMSD. La date des dépôts de candidatures est fixée au 11 juillet. Jugnauth est sûr d?obtenir une confortable majorité parlementaire avec l?aide de ces deux alliés. Il compare volontiers Gaëtan Duval et Paul Bérenger pour mieux louer celui-là et mieux dénigrer celui-ci. Le PMSD évolue. Le Gaëtan Duval de 1983 n?est plus celui de 1967. (Et dire que ce dernier accepte qu?on rabaisse de la sorte et publiquement de surcroît le «Roi créole» qu?il est au moment de l?Indépendance. Mais ce n?est là qu?une des nombreuses couleuvres, pour ne pas parler, ici, de quelque chose de plus excrémentiel, qu?il a dû avaler pendant sa longue carrière politique). Il n?a pas droit, pour autant à une alliance. Il est tout juste bon pour un simple arrangement électoral. Nous ne sommes pas loin du pèse néné... Mais ce n?est pas le moment de jouer les difficiles. Dans le même souffle, Jugnauth allègue que le Bérenger de 1969 n?est plus celui de 1983 (forcément, puisqu?il refuse de le porter dorénavant sur son dos). En revanche le Bérenger de 1983 devient le Duval de 1963-65. Jugnauth affirme donc sa détermination de combattre le Bérenger de 1983 avec le même acharnement qu?il combat le Duval de 1963-65 (notamment en siégeant avec lui dans le même gouvernement de coalition 1963-65). Duval au moins comprend la réalité de l?île Maurice. Jugnauth fait l?éloge du PMSD de 1969 qui crée la zone franche, le tourisme, des emplois et qui attire les investissements étrangers (C?est sans doute pour cette raison que Jugnauth adhère alors au MMM).

Quant au PTr, c?est le véritable parti socialiste de Maurice, au dire du même Jugnauth. Il n?y a donc rien à ajouter. Il révèle qu?à plusieurs reprises, dans le passé, Bérenger a voulu faire alliance avec le PTr mais qu?il a heureusement empêché cette alliance... contre-nature. (Quand on vous dit que la marmite politique est, à Maurice, un labyrinthe au sein duquel même une mama poule ne reconnaît plus ses petits).

Jugnauth refuse de commenter le rôle du PTr et du PMSD dans l?excision des Chagos du territoire mauricien, dans l?état d?urgence et de la censure de presse de 1971 à 1976, dans le recrutement illégal, par des candidats, de 21 000 travailleurs de relève, à la veille des législatives du 11 juin 1982. Le pire est cependant à venir : l?arrestation de 43 journalistes manifestant contre une caution-bâillon liberticide de Rs 500 000. Nous avons le GM que nous méritons.

Publicité