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« Shining Mauritius » !

29 juin 2008, 00:00

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Si les meetings du 1er Mai ont conforté les principaux partis politiques dans l?appréciation de leurs forces respectives, abstraction faite du phénomène Grégoire, le budget 2008-2009 est, quant à lui, venu changer les lignes de force sur l?échiquier politique. Si l?Alliance sociale (AS) s?en sort renforcée, cela ne signifie pas pour autant que les jeux sont faits. En effet, la force se mue souvent en faiblesse dans la lutte pour le pouvoir politique?

Le dernier budget a ramené l?unité au sein du gouvernement, de l?AS et du Parti travailliste (PTr). Combiné avec le PRB, le budget est venu satisfaire une bonne partie de l?électorat traditionnel rouge. Il y a notamment toutes les mesures visant à faciliter l?activité des planteurs pour relancer l?agriculture et les PME, et ceux qui ont des dettes auprès de la DBM. Par ailleurs, la population, dans son ensemble, s?est sentie soulagée avec les mesures concrètes qui lui permettront de faire face à la perte du pouvoir d?achat. Elle a aussi apprécié le rééquilibrage après les deux derniers budgets « pro-secteur privé ». Il y a définitivement un « feel good factor » dans la population.

L?opposition parlementaire et extra-parlementaire, quant à elle, parle de « bluff », de « manipulation de chiffres », de « maquillage », voire même de « colourable device ». Elle met en garde contre l?impact réel qui sera vécu comme une grande déception. Trois semaines après la présentation du budget, la mayonnaise de l?opposition ne semble pas prendre, ses critiques ne trouvant ni écho ni relais dans la population. L?opposition cache tant bien que mal ses inquiétudes et semble avoir déjà pris peur des deux budgets à venir en 2009. Et si le budget 2008-2009 n?était qu?une « réclame », semble-t-elle penser !

Navin Ramgoolam a, lui, consolidé sa position sur l?échiquier politique. Malgré la virulence des critiques du MMM et du MSM, il n?est pas interdit de penser que les deux partis seraient, à ce jour, très disponibles, moyennant une proposition acceptable, de s?allier aux rouges aux prochaines législatives. Mais Ramgoolam ne laisse rien transpirer sur ce qu?il fera pour 2010. Il joue serré. Peut- être même un peu trop ! Sa force retrouvée risque de lui jouer un mauvais tour. Comme en 2000 !

Passé un moment, si le MMM et le MSM ne voient rien venir, et sachant qu?ils n?ont aucune chance de l?emporter dans une joute à trois, ils seront condamnés à s?entendre. Déjà, on peut décoder des déclarations dans ce sens. Le MSM sait qu?il ne peut prétendre affronter seul les élections. Après l?accueil fait au dernier budget, le MMM doit sûrement être en train de revoir sa copie concernant une de ses options : celle de s?entourer des petits partis pour constituer sa prochaine force de frappe électorale. Paul Bérenger sait que s?il doit affronter une alliance menée par le PTr, il ne peut se passer de l?apport du MSM. Même laborieusement, les deux partis pourront, finalement, trouver la formule qui leur donne, à eux et à leurs électorats respectifs, satisfaction. Avec un tel scénario, la force de Navin Ramgoolam pourrait se muer en faiblesse. Il n?a pas intérêt à sous-estimer la force combinée de ses adversaires qui, contrairement à 2005, n?ont pas à défendre un bilan.

Depuis 1976, la force électorale du MMM a, paradoxalement, été sa faiblesse : les autres grands partis se sont souvent coalisés pour l?empêcher de conquérir le pouvoir. Aux élections de 2005, Navin Ramgolam a fait mentir l?arithmétique électorale qui voulait que la victoire aille à l?alliance réunissant deux grands partis. Mais 2010 n?est pas 2005. En 1995, 2000 et 2005, les gouvernements sortants ont été battus. Depuis quelques années il y a une partie croissante de l?électorat qui ne fonctionne plus avec l?esprit partisan et qui refuse la logique du dépôt fixe. Elle pratique le zapping électoral quand elle considère n?avoir pas eu sa part ? légitime ou pas ? du gouvernement sortant. La récente sortie de Deva Virahsawmy, secrétaire général du PTr, à l?effet que les agents ne doivent pas être oubliés, est très révélatrice des frustrations nourrissant l?« électorat-zappeur ».

Après avoir parlé de « temps de la semence », d?« early harvest » et de « bumper crop », il faut s?attendre à un discours évoquant le retour du « boom économique ». De 2000 à 2005, le MSM et le MMM n?arrêtaient pas de promettre l?imminence d?un deuxième miracle économique et de faire miroiter des projets à coups de milliards de roupies. Pendant ce temps, le quotidien d?une bonne partie de la population était le chômage ? synonyme de mort sociale ? et la précarité grandissante. Cela a été un des facteurs de la défaite du MSM-MMM à la partielle du no 7 en 2003 et des législatives de 2005.

L?AS a été élue sur une plateforme de démocratisation de l?économie et de « Bizin Sanzma » pour en finir avec « sa letan kot bef travail souval manze ». Depuis 2005, elle s?efforce de créer un nouveau modèle alliant croissance économique et justice sociale, avec le lancement d?un ambitieux « Empower-ment Programme » et une volonté déclarée d?éradiquer la pauvreté absolue. L?AS a une obligation de résultats en-vers ceux qui s?impatientent de voir une amélioration de leurs conditions de vie, ou encore ceux qui sont frustrés par un développement perçu et/ou vécu comme porteur d?inégalités croissantes de chances, d?opportunités et d?espérances.

Le temps d?une campagne électorale, l?opposition saura exploiter impatience et frustrations. « Mauritius shining » ? version locale d?« India shining » des législatives de 2004 en Inde ? ne sera pas la « winning formula » pour le PTr.

Il en faudra davantage !

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