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Peur de la nation !

29 juin 2008, 00:00

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Au-delà des mots, si faciles à prononcer, ici à écrire, qui peut vraiment arrêter Robert Mugabe ? Le père de la nation du Zimbabwe est devenu l?objet de la peur de cette nation après 28 ans de règne totalitaire.

La communauté internationale assiste impuissante à un simulacre de démocratie. Désormais, ce ne sont plus les anciennes puissances coloniales ou les actuels ténors occidentaux qui lui demandent d?abdiquer, mais ses compagnons d?armes, ses amis du Sud, ses voisins africains de l?Union africaine à la SADC. Même Mandela, qui incarne la sagesse africaine, n?y peut rien.

Ce qui se passe au Zimbabwe illustre, une fois encore, que les organisations internationales sont dépourvues de moyens pour gérer les dictatures ? alors elles assistent, en tant qu?observateurs, à un scrutin faussé sur toute la ligne.

Ce manque flagrant de moyens pour intervenir à l?intérieur d?un pays souverain permet à la violence de s?instaurer à travers le monde, que ce soit au Moyen-Orient, en Amérique latine ou en Afrique. Les coûteuses ambitions onusiennes de l?après Seconde Guerre mondiale ne servent à rien. Les résolutions internationales ? par exemple, celles contre la Grande-Bretagne au sujet des Chagos ? n?existent que pour la galerie et pour les intellectuels des relations internationales.

Mugabe n?est pas fou quoi qu?on en dise ; en fait, du monde, il s?en fout ! Il sait fort bien qu?il ne peut être traîné de force devant la justice internationale pour ses crimes car le Zimbabwe n?est pas signataire du traité sur la Cour pénale internationale. Et ce qui s?est passé en Irak, sans le feu vert de l?ONU, ne saura être reproduit en Afrique ? où la misère tue. L?Europe et les Etats-Unis tentent d?isoler Mugabe. Mais leur soutien à l?opposition de Tsvangirai n?a pas fonctionné. Celui-ci a sans doute pris peur de finir comme Benazir Bhutto qui a payé de sa vie ce désir international d?imposer la démocratie. Celle-ci ne peut être imposée, elle est voulue, elle est un cycle, comme en 1980, quand Mugabe a arraché le pouvoir des mains d?Ian Smith de l?ancienne Rhodésie de la Grande-Bretagne, après sept ans d?une guerre de libération.

Mais avec le temps et les privilèges, le pouvoir rend fou. L?histoire est riche en personnages qui ont choisi leur propre confort au détriment de leur peuple. Cette tendance se confirme aujourd?hui encore en Afrique. Les trois pays qui sont parmi les plus dévastés par l?instabilité politique sont le Tchad, le Soudan et le Zimbabwe. Outre Robert Mugabe, le Soudanais Omar Hassan al-Bashir et le Tchadien Idriss Deby ont été au pouvoir depuis 18 et 17 ans respectivement. Cela n?est pas le propre de l?Afrique sub-saharienne. En Egypte, par exemple, Hosni Mubarak règne depuis un quart de siècle.

À Maurice, où on se plaît à célébrer ses décennies de députation (comme si c?était un exploit à relever !), il faut espérer que les récentes augmentations ne vont pas clouer les politiciens à bord de leur limousine officielle. L?alternance en démocratie demeure le meilleur rempart contre ceux qui aspirent à devenir ou redevenir des pères ou des fils des pères de la nation.

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