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Tensions dans le textile
<B>Des recettes d?exportation diminuées de 15 %</B>
Le secteur du textile et de l?habillement, longtemps considéré comme l?un des fleurons de l?économie mauricienne, serait-il au bout du rouleau ? Tandis que le Central Statistics Office (CSO) prévoit, pour l?année 2008, une croissance de 4,6 % pour l?industrie textile, les acteurs du secteur, pour la plupart, n?affichent pas un optimisme débordant.
A entendre Georges Chung Tick Kan, le président de la Mauritius Export Association (MEXA), l?avenir de cette industrie, qui a joué un rôle fondamental pour le développement socio-économique du pays, est pour le moins menacé. Le textile connaît de sérieuses difficultés qui, selon lui, pourraient affecter sa survie. «Les difficultés de l?industrie textile peuvent être attribuées à deux facteurs principaux. Le premier est relatif au ralentissement économique observé sur nos principaux marchés, à savoir l?Europe et les Etats-Unis. Le deuxième facteur, tout aussi important que le premier, est l?appréciation de la roupie par rapport aux principales devises, qui réduit les recettes d?exportation du textile de 10% à 15% », énumère Georges Chung Tick Kan.
<B>Programme de licenciement</B>
Il estime que cette situation est d?autant plus préoccupante que l?une des plus anciennes entreprises, l?un des modèles de l?industrie textile, Tropic Knits, a été obligée d?envisager un programme de licenciement d?une partie de ses employés. «Entre 700 et 800 employés de cette usine pourraient être frappés par ces mesures», explique le président de la MEXA.
<B>Problemes internes de gestion</B>
Pendant que Georges Chung Tick Kan décrit une situation pour le moins sombre, certains observateurs estiment que le textile ne se porte pas si mal. Quelques jours plus tôt, Amédée Darga, le président d?Enterprise Mauritius, déclarait à l?express que «le secteur du textile et de l?habillement se porte assez bien» avant d?ajouter que cependant, la vigilance est de mise car «c?est un secteur soumis à des changements réguliers au niveau international et donc sensible».
Après avoir divisé les 200 entreprises textiles du pays en trois catégories, 20 grosses, 50 moyennes et 125 petites, il estime que les plus affectées de toutes par les difficultés sont plutôt les petites entreprises. Et d?ajouter que la fermeture de certaines usines n?a aucun rapport avec la crise sur le plan international. «Sur les quelque 200 entreprises existantes, il y a quelquefois des accidents. Mais nous notons que ces accidents relèvent souvent d?un problème interne de gestion plutôt que liés à des facteurs externes», dit Amédée Darga.
Ahmad Parkar, directeur de Star Knitwear et actuel président de la Chambre de commerce et d?industrie estime, quant à lui, que les délais entre les passations de commandes et les livraisons deviennent de plus en plus courts. Mais toutefois, les entreprises, particulièrement les grosses, continuent à recevoir des commandes de leurs clients, selon Ahmad Parkar.
<B>Triple choc pour les usines</B>
Des entreprises de textile ferment leurs portes et licencient. D?autres centralisent leurs activités pour réduire les coûts de production. La situation ne semble guère brillante même si certains producteurs restent optimistes. Les opérateurs avancent trois principales raisons : l?appréciation de la roupie est considérée comme la cause majeure de cette situation peu reluisante, mais il y a aussi la récession dans certains marchés d?exportation et la hausse des coûts d?opération - surtout la flambée du coût du brut.
C?est la première fois depuis une quinzaine d?années qu?il y a une très forte remontée de la roupie vis-à-vis des principales devises, comme l?euro, le dollar et la livre sterling.
Mais pour comprendre l?effet de la roupie sur les exportations, il faudrait remonter aux premières années de la zone franche. Au début de la création de ce secteur en 1971 les usines éprouvaient des difficultés à activer leurs exportations car la roupie était trop forte, étant surévaluée. D?où les deux dévaluations ? ou dépréciations ? successives de la roupie en 1979 et 1980, de 50% en un an, qui ont rendu les produits textiles compétitifs. Ce qui a conduit au véritable décollage de la zone franche.
<B>Notes d?electricite</B>
A partir de 1983 les exportations se sont accélérées. Et, en cinq à six ans, le pays avait atteint le plein emploi. Car cette roupie compétitive a assuré le développement de nos exportations. C?est la première fois que la roupie s?est renforcée de façon spectaculaire. Un renversement de la politique du taux de change qui fait mal.
D?ailleurs Maurice Vigier de Latour, General Manager de Denim de l?Ile, considère qu?une éventuelle hausse du Repo Rate aura un effet catastrophique sur le secteur. Mais il reste optimiste. Car DDI prévoit d?investir Rs 400 millions dans la modernisation de ses outils de production.
La deuxième cause des problèmes est la récession dans les principaux marchés d?exportation, Europe et Etats-Unis. Il y a eu deux ou trois autres périodes de récession sur ces marchés dans les années 1980, mais le secteur a su résister à cette situation grâce au taux de la roupie par rapport aux principales monnaies.
Cette récession sur ces marchés est liée aux problèmes dans les secteurs immobilier et financier aux Etats-Unis et en Europe qui ont causé un ralentissement économique en Europe.
Ensuite, il y a la hausse des coûts d?opération et des matières premières liés à la flambée des prix des produits pétroliers. Le baril du brut avoisine les Rs 4 260 (142 dollars) actuellement.
Pour certaines unités de production, la note d?électricité a atteint le double de ce qu?elle était l?année dernière. Pour une des plus grosses entreprises, la facture représente un coût additionnel de Rs 50 millions ces dernières années.
Les cours du coton ? autre matière première des entreprises ? ont rebondi cette semaine sur le marché international, retrouvant le niveau de Rs 20 la livre. La raison : la révision à la baisse de la production mondiale de coton. A la fin de 2007, il était de Rs 17 la livre.
Pour une entreprise type, le coût de la matière première représente 40 à 50 % des coûts d?opération. Si elle est intégrée verticalement, ça peut redescendre entre 30 et 35 %. Pour la main-d??uvre, la fourchette est de 15 à 20%. Et il faut compter 5 à 10 % pour les autres coûts (énergie, transport, fret).
Si la facture d?eau est restée inchangée ces dernières années, il faut par contre inclure la facture pour les eaux usées, qui est passée de Rs 15.50 le mètre cube à Rs 20 le mètre cube en un an. Une augmentation qui permet en même temps à la Wastewater Management Authority de recouvrer en partie ses investissements massifs dans le secteur de l?assainissement.
Le fret maritime pour un conteneur a augmenté d?environ 15 % en un an en raison de la flambée des prix des produits pétroliers. Sur les ports d?Europe, c?est environ Rs 50 000 en moyenne qu?il faut débourser pour un conteneur de 20 pieds. Et sur les Etats Unis ? que ce soit sur la côte est ou ouest, les frais sont de quelque Rs 100 000.
Peut-on parler de mauvaise gestion des entreprises ? Pas toujours, car parmi celles qui ont fermé leurs portes, il y a des entreprises qui ont été des pionnières de la zone franche. Mais pour d?autres, il faut mettre en cause l?absence d?innovation, peut-être par manque de moyens financiers. Les plus solides ont su faire de l?intégration verticale, comme les groupes Ciel, Star Knitwear et la Compagnie mauricienne de textile.
<B>Evolution du taux de change depuis janvier 2007</B>
Janvier 2007 Juin 2007 Juin 2008
Euro Rs 44.79 Rs 43.11 Rs 43.60
Livre Sterling Rs 66.16 Rs 63.99 Rs 54.91
Dollar Rs 33.97 Rs 32.39 Rs 27.89
Entreprises en eaux troubles</B>
<B> «Job Textile» et «Palmira»</B>
Placées sous administration judiciaire depuis le 10 juin dernier, «Job Textile Ltd» et «Palmira Ltd», ont procédé au licenciement de quelque 300 ouvriers. Le «receiver-manager», Raj Gangoosirdar a lancé des appels d?offres pour tenter de trouver un éventuel repreneur. L?exercice prend fin le 10 juillet prochain. En attendant, le «receiver-manager» tente d?entrer en contact avec le directeur des deux usines, Olivier Baron, qui est absent du pays depuis plusieurs mois.
<B>Tropic Knits Ltée</B>
La direction de l?usine de textile «Tropic Knits Ltée» a décidé de centraliser ses activités à Vacoas. Les 460 ouvriers des unités de textile de Saint-Pierre et de Triolet y seront ainsi transférés. Cette centralisation n?entraîne pas pour autant la fermeture de l?unité de Triolet. Car un ancien haut cadre de l?usine a décidé de relancer l?unité de Triolet pour éviter que les ouvriers n?effectuent chaque jour le voyage de Triolet à Vacoas. Ainsi, ceux qui choisissent de continuer à travailler à Triolet, auront droit à des indemnités de licenciement et pourront ainsi prendre de l?emploi sur de nouvelles conditions avec leur nouvel employeur. Un «Job-fair» a été organisé à leur intention, hier.
Manupan Ltée</B>
Après une période de turbulence, cette usine de textile a repris ses activités.
Les quelque 300 employés qui craignaient pour leur avenir travaillent actuellement dans la sérénité. En chômage technique depuis quelque temps, l?usine a été reprise par un consortium franco-mauricien. Celle-ci avait été placée sous administration judiciaire en raison de difficultés financières.
La Fédération des travailleurs unis, qui représente les intérêts des ouvriers, assistera mardi prochain à la signature des nouveaux contrats des employés.
Ceux-ci conserveront leurs temps de service.
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