Publicité
L?amitié et après ?
Nicolas Sarkozy a achevé mardi 24 juin une visite triomphale en Israël. Accablés d?éloges et de déclarations d?amitié, ses hôtes israéliens pouvaient difficilement lui faire mauvais accueil. Le président français s?en tenant précautionneusement à la perspective de deux Etats vivant côte à côte, l?Autorité palestinienne, qui l?a reçu quelques heures à Bethléem, ne lui a pas tenu rigueur de ce tropisme israélien. Mahmoud Abbas dépend trop des largesses financières de l?Union européenne, dont la France va prendre la présidence la semaine prochaine, pour n?être pas bienveillant.
Dans cette affaire, le président français ne cache pas son jeu. Être un ami véritable d?Israël, selon lui, constitue le meilleur moyen de convaincre les autorités israéliennes de consentir aux décisions douloureuses sans lesquelles un accord de paix avec les Palestiniens ne pourra jamais être conclu. Sa relation particulière avec Israël, l?une de ses rares références en politique internationale, comme il le reconnaît bien volontiers, ne peut que renforcer son influence et partant celle de la France, au moment où les Etats-Unis entrent en campagne présidentielle. On peut d?ailleurs rapprocher le discours à la Knesset de celui prononcé en 2007 devant le Congrès américain, pour ses envolées lyriques comme pour ses sentiments exprimés sans économie.
Mais, pour prendre tout son sens, ce rôle de l?ami qui dit la vérité impose de franchir les lignes du consensus en vigueur chez ceux auxquels on s?adresse. Compagnon de route d?Israël, lui aussi, François Mitterrand n?avait pas hésité à évoquer posément à la Knesset, en 1982, l?éventualité d?un Etat palestinien qui relevait encore pour les Israéliens de la parfaite hérésie. Nicolas Sarkozy n?a pas eu pareille audace. Il est donc à redouter que les Israéliens, faute d?un électrochoc similaire, n?en reviennent rapidement aux délices et poisons de leur système politique et se préparent à des élections anticipées qui risquent de bloquer toute perspective pendant les six mois à venir.
Les amis d?Israël, Nicolas Sarkozy comme avant lui François Mitterrand, ont toujours assuré qu?»il appartient à ceux qui vivent dans cette région de débattre et, si possible, de régler les affaires qui les concernent». Les années écoulées ont montré les terribles limites de cette louable politique.
© Le Monde 2008
Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents