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Nos chers élus
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Il est un beau parleur, notre Premier ministre. Ses belles envolées vont droit au c?ur. Lundi dernier, le Parlement était tout en émoi devant la belle pensée du jour signée Navin Ramgoolam et lancée durant les débats sur le budget : «Politics is not a career choice. It is about commitment to the service of a cause and ideals. Those who see politics otherwise will never leave their footprints in the sands of history.»
Cependant, entre la forme et le fond, il y a parfois une marge considérable. En vérité, faire de la politique peut également être une activité lucrative. C?est sans complexe que les élus vont s?octroyer cet après-midi des hausses de salaires qui atteignent des proportions sans commune mesure avec celles octroyées aux salariés ordinaires par le NPC et le PRB. Si le «National Assembly Allowances (Amendment) Bill» et le «President?s Emoluments and Pension Act» sont adoptés comme prévu, une catégorie de citoyens va bénéficier d?augmentations de salaires allant jusqu?à 116 % !
L?écrivain français Charles Péguy n?a probablement pas le même panache que Navin Ramgoolam mais il est certainement plus proche de la réalité quand il dit que «l?idéal c?est quand on peut mourir pour ses idées. La politique c?est quand on peut en vivre». Dans le contexte mauricien, on peut vivre confortablement même si on n?est pas élu, mais proche du parti au pouvoir. Il y a, dans les organismes parapublics et les entreprises publiques, des prébendes diverses à distribuer aux activistes du parti au pouvoir.
Pour les potentats et les mandarins, il y a non seulement des indemnités confortables mais il y a, en outre, des petits à-côtés qui leur permettent de mieux arrondir leurs fins de mois. Ainsi, le président percevra une «duty allowance» de Rs 51 500 par mois. Quant aux ministres, ils ont droit, lors de leurs déplacements à l?étranger, à de généreux frais de mission. C?est, du reste, le principal avantage financier de leur fonction.
Pour leur part, les députés n?ont pas vraiment de quoi se plaindre. L?activité parlementaire de législation et de contrôle ne constitue pas une activité à temps plein. Ils exercent presque tous une profession libérale pour gagner leur vie. La maigre augmentation de 43 % que le PRB leur consent ne leur aurait pas permis de rattraper la baisse de leur pouvoir d?achat. Certains, à l?image du «backbencher» Yatin Varma, ont trouvé le bon filon. Ils se font embaucher comme conseiller auprès des organismes parapublics dirigés par leurs amis politiques. Avec un peu de persévérance, en adressant des lettres à qui de droit, on finit bien par décrocher le bon lot.
L?angélisme de Navin Ramgoolam peut surprendre. Il croit encore à la notion de service public dans le rôle d?un élu et ignore qu?il y a des opportunistes en politique. Son entourage devrait lui expliquer que s?engager en politique, c?est investir pour la vie.
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