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Jeunes sculpteurs réclament formateurs

11 juin 2008, 20:00

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Comment se porte la sculpture, à Maurice, en 2008 ? Aussi étrange que cela puisse paraître, la réponse à cette question, à l?aspect peut-être anodin, peut prendre une malsaine tournure idéologique et même donner lieu à un débat aussi stérile que celui du sexe des anges. Après tout, quel critique ou amateur de Beaux Arts, digne de ce nom, oserait dénigrer l??uvre géniale d?un Toulouse-Lautrec, sous prétexte qu?il descend d?une des plus illustres familles de l?aristocratie française et qu?il doit peut-être sa maladie osseuse et les infirmités qui en résultent à ses nombreux quartiers de noblesse et à un besoin frénétique de sauvegarder la pureté de ce sang oligarchique.

Art et idéologie sont mauvais concubins à moins qu?on idolâtre les fresques ouvriéristes des défunts paradis communistes (leur survivance nord-coréenne exclue). On peut aussi à cet égard rappeler les perversions religieuses d?un style sulpicien, multipliant les Sacré-C?ur à la barbe blonde et aux yeux bleus sinon scandinaves ou encore l?inquiétante pénurie, dans nos églises et chapelles, de madones africaines, indiennes et chinoises ou encore tout simplement palestiniennes, si l?on veut respecter une certaine vérité historique et ethnologique.

Sous prétexte qu?un de nos sculpteurs vient de telle ou telle localité ou encore affiche une allure vestimentaire idéologiquement correcte, certains critiques et autres journalistes idéologues se croient tenus de crier au génie et s?apprêtent à anathématiser par avance ceux ne partageant pas leurs préjugés racistes et estimant que des racines ou branches d?arbre si grossièrement tailladées à la serpe ne méritent pas forcément l?étiquette d??uvre d?art, même s?il se trouve quelques touristes-pigeons à s?intéresser à ce genre d?expression dite artistique, pour mieux couler les autochtones que nous sommes et nous traiter de béotiens.

Cette insatisfaction découle pourtant logiquement d?une lacune infrastructurelle qui crève pourtant les yeux et qui ne devrait pas échapper à nos autorités chargées, entre autres, de notre développement éducatif, académique, artistique, touristique, tout comme celles chargées de formation professionnelle et d?utilisation rationnelle et optimale de nos ressources humaines. La plupart de nos sculpteurs en herbe, même s?ils arborent parfois une barbe fleurie ou encore une chevelure à faire pâlir d?envie un Sikh ou un Rasta, sont des autodidactes, ne pouvant guère améliorer ni enrichir localement leur passion pour la sculpture du bois ou encore d?autres matériaux, faute de formateurs dignes de ce nom et peut-être même faute de techniques appropriées et d?outils de travail.

Voilà pourtant un quart de siècle que l?express attire l?attention de toutes nos autorités concernées sur la nécessité de faire venir de l?étranger des formateurs dignes de ce nom pour promouvoir l?art de la sculpture et permettre à nos contemporains, qui s?y adonnent avec passion et ténacité, d?améliorer encore leur technique et le peaufinage de leurs oeuvres. En juin 1983, l?express déplore ce manque crucial d?encadrement technique et artistique, en rendant compte de l?organisation autant rituelle que précieuse, du concours des Métiers d?Art, organisé par le Rotary de Port-Louis, sinon par les seuls Marcel Lagesse et Robert Antoine. A mes contradicteurs sur ce point, je demanderai seulement pourquoi ce concours, précieux entre tous, n?a pas survécu au décès de ces deux bienfaiteurs de la population mauricienne.

Marcel Lagesse disait déjà que nos sculpteurs peuvent produire un travail de qualité. Il leur manque seulement la formation nécessaire. Jean Claude Fleury, directeur de la Maison de l?Artisanat, partage cet avis : aucune institution à Maurice ne s?occupe de l?enseignement ni de l?encadrement de la sculpture. Il ne s?agit surtout pas de bombarder un douteux diplômé en Fine Arts professeur de sculpture pour satisfaire cette aspiration. Il faut, ici, un véritable acte de foi en la sculpture mauricienne.

En juin 1983, l?express mettait en exergue les promesses que laissait entrevoir l??uvre sculpturale d?Elvis Ladouceur. Qu?est-il devenu depuis ? A nos ministères des Arts et du Tourisme d?y répondre si seulement ils sont capables de s?intéresser durablement à nos sculpteurs.

Il y a un quart de siècle, le sport mauricien végétait dans un laisser-aller aussi criard que notre désert culturel et artistique. Vint un Michael Glover et aujourd?hui un Stéphane Buckland, après tant d?autres athlètes et sportifs, ayant brillé sur le plan continental et même mondial, se mesure au nouveau détenteur du record mondial du 100 mètres. Il faudrait un Michael Glover au ministère des Arts et de la Culture, si l?on veut obtenir au plus vite la réalisation de nos promesses sculpturales. J?ai écrit « si l?on veut »... C?est oublier que la pire des pénuries dans un pays donné c?est celle de la compétence et de la volonté politique. Vous verrez que cet article ira tout droit à la poubelle aux ministères des Arts, du Tourisme et de l?Artisanat. Vingt-cinq ans que cela dure... Ecrire ou ne pas écrire cela c?est kif-kif. Forcément s?il n?y a pas de lecteurs appropriés. Mais ne pas répondre... Quel aveu d?incompétence...

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