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Du marketing
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
C?est une démarche regrettable de Paul Bérenger. En guise de PNQ, il a adressé au gouvernement, hier, une question teintée de démagogie. Elle porte sur l?importation et la vente du livre controversé de Salman Rushdie, «Les Verset Sataniques». Le leader de l?opposition voulait notamment savoir si les importateurs de l?ouvrage ont été identifiés et sanctionnés. Ce sujet n?est pas, dans la conjoncture économique actuelle, à la hauteur des enjeux prioritaires qui méritent la réflexion de nos élus.
Il ne s?agit pas ici de revenir sur l?intense polémique qui a suivi la parution du livre de Rushdie en 1988 et qui a valu à son auteur une Fatwa de mort. C?est un débat qui dure depuis vingt ans et le sujet est épuisé. En revanche, quand le leader de l?opposition décide d?en faire l?objet de la principale interpellation d?une séance parlementaire consacrée aux débats sur le budget, il y a de quoi s?étonner.
On ne peut s?empêcher de penser que Paul Bérenger s?est livré hier à un exercice de marketing politique à travers sa question sur «Les Versets Sataniques». Il sait que ce livre jugé blasphématoire à l?égard de l?islam a suscité le courroux de la communauté musulmane depuis sa publication. Par conséquent, il a mesuré le capital de sympathie qu?il peut s?attirer auprès de ce groupe en évoquant la vente du livre contesté dans des librairies depuis peu. Et cet homme politique, pourtant respecté pour son sens des responsabilités, s?est laissé aller à la facilité en exploitant habilement un thème dont il sait qu?il soulève les passions.
L?évocation d?un fait religieux au Parlement par le leader du MMM n?est pas innocente. Son raisonnement est sans doute électoraliste. Il a réalisé qu?il a perdu une part considérable de son fonds de commerce électoral aux dernières législatives et il entend inverser le rapport des forces aux prochaines élections. D?où la politisation délibérée d?une polémique que le pays aurait intérêt à laisser en dehors de l?arène politique.
Si les politiques restent dans la logique d?exploitation de sujets qui flattent les passions populaires, l?un d?entre eux pourrait bientôt s?emparer d?un autre sujet tout autant brûlant et qui défraye la chronique depuis quelques semaines. Il s?agit du livret distribué par l?ONG Pils aux jeunes et qui comporte des messages qui heurtent les sensibilités de certaines sections de la population.
Pour les rédacteurs du livret, l?information qu?ils diffusent est destinée à protéger les jeunes contre les risques du SIDA. Pour leurs détracteurs, c?est «une invitation à satisfaire ses besoins immédiats». L?affrontement s?annonce vif d?autant plus qu?il relève davantage du domaine spirituel que temporel. Pourvu que le politique ne s?en mêle pas?
Dans une société plurireligieuse et pluriethnique les politiques doivent éviter les sujets qui exacerbent les clivages. Ils doivent se préoccuper des vraies priorités. Le phénomène Obama aux Etats-Unis démontre qu?il est possible d?arriver à cette maturité.
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