Publicité
Prendre notre destin en mains
Nous sommes à l?heure des grandes interrogations qui remuent le fondement même de la société dans laquelle nous vivons ? prix grimpants dans le sillage d?une crise alimentaire mondiale, le risque d?une pauvreté grandissante et d?un équilibre fragile intercommunautaire sont des réalités que nous ne pouvons plus ignorer.
Les obstacles sont nombreux et de taille ? un effort national est requis. Avec pour toile de fond, le lot quotidien d?incidents témoignant de l?insécurité citoyenne, le sentiment d?injustice se dégageant de l?écart grandissant entre les riches et les pauvres, la frustration d?une classe moyenne ayant une bourse de plus en plus rétrécie en raison de la cherté de la vie et de la vulnérabilité de plusieurs secteurs de notre économie dans un monde global. Nous ne pouvons que constater que l?heure est grave pour toute la nation mauricienne.
C?est ainsi que nous nous retournons, à tort ou à raison, vers nos politiques pour apporter la réponse à toutes nos questions. Force est de constater que le réflexe de taper sur tel ou tel ministre, ou de critiquer telle ou telle décision gouvernementale, ou encore de voir les dirigeants des principaux partis s?échanger des insultes personnelles et régresser dans la démagogie partisane, semble être l?unique réponse que nous obtenons.
Il est clair que nous ne mettons pas toutes les chances de notre côté et que nous ne sommes pas parfaitement équipés pour remonter la pente. Dans le sillage des manifestations partisanes du 1er Mai, qui n?auront rien apporté de concret comme plan de redressement social ou économique, le moment est opportun pour nous d?analyser ce que nous attendons exactement de notre classe politique. Le message passe très clairement que les Mauriciens ne se retrouvent plus dans la façon traditionnelle de «faire campagne». Banderoles, plastiques polluantes, affiches, technicolors arrachés aussitôt collés dans les endroits publics, conciliabules nocturnes regroupant partisans et tapeurs confondus et meetings publics coûtant des fortunes et se résumant en une guéguerre de chiffres, constituent l?aspect folklorique de nos élections mais deviendront de moins en moins importants quand il s?agit de gagner la compétition électorale.
La politique, dans le sens noble du terme, présume la notion de service à la nation. Dans une démocratie comme la nôtre, ce service se traduit par l?élection de représentants qui, individuellement, s?identifient comme des serviteurs de l?intérêt collectif de la nation. Le parti politique qui fera élire le plus grand nombre de représentants, se verra habiliter à constituer une équipe gouvernementale mandatée pour diriger le peuple pour une période de cinq ans. Dans cette logique, il est clair que cette équipe, qui sera incontestablement responsable des décisions de l?Etat, devrait être apte à le faire, cela ayant été décidé par la nation elle-même. Cependant, la réalité est telle que le lendemain d?une élection générale, au moment même où les noms des différents ministres sont annoncés, les critiques fusent de toutes parts quant à l?inaptitude de tel ou tel ministre à diriger son ministère. C?est le signe que l?élection de nos représentants ne se fait pas uniquement sur la base de leur mérite à être dirigeants ? à qui la faute ?
Pendant que le débat sur la réforme électorale fait rage, les électeurs eux-mêmes semblent s?être résignés à passivement accepter la formule qui engagera un consensus de la part des partis politiques. Il est quand même paradoxal que les premiers concernés ne sentent pas la nécessité d?exprimer leurs v?ux quant à la formule selon laquelle les élections devraient se tenir, laissant le champ libre aux politiciens de prendre notre destinée en main.
Le profil de nos dirigeants politiques, de quelque bord qu?ils soient, a tendance à épouser de près les attentes, souvent communales voire sectaires, des votants des circonscriptions dans lesquelles ils sont pressentis. De ce fait, il est commun de voir trois candidats musulmans se présenter dans la circonscription de Port-Louis 3 (Plaine-Verte) tandis qu?une bonne majorité des candidats hindous se présentent dans des circonscriptions rurales et d?autres configurations communales dans des circonscriptions urbaines. Dans ces conditions, quand nous acceptons de voter pour un parti politique qui fait appel à notre sens d?appartenance ethnique ou communal, peut-on vraiment blâmer ce même parti de créer des divisions communautaires ?
Ne pourrions-nous pas demander à tous les partis politiques de faire un tirage au sort pour déterminer qui posera sa candidature où ? On ferait ainsi abstraction de l?identité communale des candidats. C?est à nous d?insister sur l?application du vrai mauriciannisme dans notre façon de faire, incluant notre façon de choisir nos élus.
Avec l?émergence de regroupements apolitiques de plus en plus vocaux, nous disons déjà qu?il faudra trouver mieux pour obtenir notre vote. Dans la foulée, allons plus loin pour affirmer notre intention de voter «malin» dans l?espoir de vraiment voir émerger l?élection des idéologies et des causes et non l?élection de personnes pour représenter les leurs ? la balle est dans notre camp.
Pour l?heure, nous avons sans doute une classe politique que nous avons choisie et que nous méritons. Pour entamer la prochaine étape, il nous faudra établir les critères que nous jugeons être des conditions sine qua non, pour l?engagement dans la politique active. Dans notre prochain article, nous proposerons une charte détaillant les qualités qu?une île Maurice moderne voudrait reconnaître dans sa classe politique. Tout politicien qui se déclarera engagé par les termes de cette charte méritera certainement nos votes. Et notre respect.
Agora
Publicité
Publicité
Les plus récents