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Un travailleur social hors pair
Né en 1938 à Camp-Yoloff, fils d?émigré chinois de Guangzhou, Philip Lai Sang est une figure incontournable de China Town. Il a été la cheville ouvrière de l?Heritage Court à la rue Emmanuel Anquetil à Port-Louis où une panoplie d?activités sont organisées chaque semaine pour les personnes du troisième âge et les jeunes. Il est très engagé dans le social : il est le président d?honneur du Fook Look Soo, de la Chinese Speaking Union et de la Chinese Chamber of Commerce. Il est également le président de la société Nam Shun Fooy Kon et de la société Lai See (le clan Lai).
Maintenant à la retraite, il se consacre davantage au social. Promouvoir la culture et la langue chinoise dans une société multiculturelle et multilingue est son objectif primordial. Il constate avec tristesse que plusieurs pagodes sont dans un état de délabrement. Pourtant, ces pagodes, héritage des ancêtres, ont joué un rôle de premier plan dans le cheminement de la communauté des Mauriciens d?origine chinoise avec en priorité l?enseignement du culte des ancêtres qui est la base même de la culture chinoise.
Philip Lai Sang a été un des témoins privilégiés de l?évolution de China Town au c?ur de la ville de Port-Louis. La capitale a certes connu des moments de gloire mais aussi des blessures douloureuses. Il garde le souvenir indélébile de son enfance à Camp-Yoloff au sein d?une société multiraciale. Il a grandi au sein d?une famille de treize enfants, fréquenté l?école du Sacré Coeur de Jésus à la route de Pamplemousses et plus tard, le collège Bhujoharry. La scolarité secondaire était payante. Et même si ce n?était que Rs 12 par mois à débourser, c?était de l?argent difficile à trouver pour beaucoup de foyers. Il a pris la relève de son père et a géré la petite boutique de Camp-Yoloff. Après plusieurs années de dur labeur et de sacrifices, il s?est installé à la rue Louis Pasteur pour devenir grossiste dans l?alimentaire. Ensuite, il s?est orienté vers la quincaillerie.
Philip Lai Sang constate avec regret la diminution des grossistes avec l?implantation à travers l?île des grandes surfaces. Les Mauriciens ont changé leurs habitudes d?achat. Autre fait marquant : une migration poussée des Mauriciens d?origine chinoise de China Town vers le Ward IV, la Baie-du-Tombeau ou les Plaines-Wilhems. Mais il est convaincu que China Town va un jour se repeupler avec la construction d?appartements. Le problème épineux à résoudre reste avant tout celui de la sécurité à la tombée de la nuit.
Le Heritage Court, un bijou dans le paysage architectural, abrite déjà 41 familles. Les Mauriciens d?origine chinoise commencent à s?habituer à habiter dans des appartements. Philip Lai Sang note aussi avec résignation un malaise grandissant chez les Mauriciens d?origine chinoise : la jeunesse ne retourne pas au pays après ses études tertiaires, lui préférant ce qu?elle considère être de plus verts pâturages.
Aujourd?hui, Philip Lai Sang profite de la vie et se fait observateur lucide et critique de la société. Ses deux fils s?occupent de l?entreprise familiale. Un autre fils et sa fille sont en Australie. Il vit entouré de ses neuf petits-enfants. Pour lui, la joie d?être grand-père est immense et enivrante. En mars dernier il a été décoré par la République pour services rendus dans le social, une distinction bien méritée?
Philip Li Ching Hum
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