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Qui a peur du direct parlementaire ?

24 mai 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Même Richard Branson a trouvé du temps pour plaider pour une libéralisation totale du paysage audiovisuel mauricien. La fin du monopole de la MBC a été repoussée à chaque fois par notre classe politique. Et aujourd?hui, il est intéressant de prendre note des discussions timides au niveau de la majorité parlementaire autour de la question des débats en direct de l?Assemblée nationale. Dommage que ces discussions intra-Alliance sociale se tiennent à huis-clos, car on aurait pu mieux saisir la frousse de plus d?un représentant du peuple de se voir filmer en direct du Parlement.

Normalement, nos chers députés aiment bien s?exposer sur les écrans de la MBC. Et techniquement, ce n?est pas un gros problème dediffuser en direct les images des travaux parlementaires puisqu?il y a, en permanence, des caméras, des reporters, des preneurs d?images et de son, ainsi que des éclairagistes dans les couloirs de l?hôtel du gouvernement ? ils ont accès partout, comme chez eux ! Et puis de toute façon, la MBC retransmet, depuis des décennies maintenant, le discours du Budget, dans son intégralité, en temps réel.

Si on possède la technologie, les ressources humaines et l?expertise requises pour retransmettre en direct une partie des débats parlementaires ? on pourrait penser en priorité à la « Private Notice Question », aux questions adressées au Premier ministre et autres interpellations d?importance nationale ?, pourquoi donc cette réticence à s?exposer en direct de l?hémicycle ?

Pourtant depuis de longues années, l?UIP (Union interparlementaire, qui regroupe plus de 140 parlements nationaux à travers le monde) met en exergue l?importance de mieux vulgariser les débats des députés au grand public. Depuis, de manière progressive, un tiers de ses membres, parmi les plus grandes démocraties, les retransmettent en direct. L?UIP recommande « une diffusion indépendante des activités parlementaires, par des médias pluriels et libres ? autant d?éléments qui donnent de la crédibilité. »

Aux États-Unis, depuis 1979, C-Span retransmet en direct les travaux de la Chambre des représentants et du Sénat. La politique du Parlement britannique, où les débats des commissions sont mis sur le site Web, est de tout mettre en libre accès. À l?opposé, en Suède, le SVT 24 Direct ne diffuse que ce qu?elle juge valable. C?est un choix. Chez nous, actuellement, un influent conseiller du bureau du Premier ministre décide de l?agenda de la MBC, comme s?il y travaillait toujours !

Les spécialistes de la communication savent que lorsqu?un homme politique s?exprime avec sa propre voix et sous ses propres traits, il inspire plus de respect que lorsque ses propos sont rapportés, sous le filtre complaisant des médias propagandistes. Ainsi, depuis le début des années 1990 s?affirme la tendance à ne pas rendre compte de certains événements politiques que par le seul biais des contributions rédactionnelles et à permettre au téléspectateur d?assister « en direct » à l?événement concerné. Grâce, notamment, à un développement technique fulgurant et à la progression du numérique, on compte actuellement en Europe 14 canaux parlementaires (données : Parlement européen, situation 2005). Le Parlement européen retransmet lui aussi les débats et les réunions de commissions en direct sur Internet (« www.europarl.eu.int »). Dans un système politique qui nous permet d?élire nos représentants, il faut montrer que les politiciens se préoccupent des problèmes du public. Mais pour cela, il faut que ces derniers se montrent respectables à leur tour?

À Maurice, ceux qui couvrent les travaux parlementaires savent que les députés craignent que la presse ne projette d?eux une image négative ? cette crainte est totalement justifiée dans la mesure où, trop souvent, ils prêtent le flanc. Il y en a qui profitent de leur « seating position » pour lancer des « non-sensical remarks », pour faire l?intéressant, à l?instar de Nita Deerpalsing et de Rajesh Bhagwan, parmi tant d?autres « honorable members ». D?autres vociférateurs, parmi le leader de l?opposition, usent d?un langage grossier qui ne fait pas honneur au Parlement. Auparavant, il y a eu un « Leader of the House », en l?occurrence Navin Ramgoolam, qui avait lancé, en pleine séance, un journal au visage d?un de ses anciens ministres, aujourd?hui président de l?Assemblée nationale. Il y a aussi eu des cas d?agression, des députés qui se font des yeux doux ou qui s?échangent des SMS aussi? Imaginez tout ça en direct, comme c?est le cas dans certains parlements asiatiques. Il y a de quoi faire réfléchir les adeptes du m?as-tu-vu-hier-sur-la-MBC. Avec « You-Tube », ils deviendront vite des vedettes internationales !

L?audiovisuel est une arme à double tranchant. Et il est intéressant de voir comment la majorité parlementaire va trancher la question du direct parlementaire. À moins que comme la réforme électorale, on brandit l?épée, tel un vaillant défenseur de la cause publique. Et puis on frappe un grand coup? dans l?eau médiatique.

Tout cela nous ramène à la pratique journalistique à Maurice. Pourquoi la police intimide-t-elle des journalistes de la presse indépendante, mais réserve des parkings pour ceux de la MBC ?

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