Publicité

Peu de gagnants et beaucoup de perdants

25 mai 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

■ SECTEUR FINANCIER

Les employés touchent le gros lot

Sur la liste des salariés susceptibles d?afficher un large sourire à la fin de juillet se trouvent ceux des secteurs financiers : banques, entreprises implantées dans le secteur de l?offshore, du crédit à base d?épargne, et les agents de valeurs boursières.

Aisha Timol, Chief Executive de la Mauritius Bankers?Association, rappelle que dans le passé le secteur bancaire a payé une compensation salariale bien supérieure au taux officiel. Elle précise que les entités bancaires ont chacune leur formule propre de révision et de compensation salariale et qu?il ne faut pas confondre les deux.

De toute évidence, les employés du secteur offshore sont de loin les mieux lotis. Cela pour une raison bien simple. Les employés dans ce secteur sont très demandés. Et cette pénurie de compétence joue en leur faveur. « On aura besoin d?au moins 1 000 employés pour répondre à des demandes fermes. Il faut les former. Ce secteur est tellement prometteur que celui qui accepte de se reconvertir afin de l?intégrer ne le regrettera jamais », souligne un observateur de l?offshore.

Ainsi, on voit bien que la croissance n?est pas le seul facteur qui permet de bénéficier d?une augmentation de salaires. La pénurie de compétence joue en faveur des employés déjà en poste. Certaines entités sont disposées à mettre le paquet soit pour retenir leurs employés soit pour en recruter d?autres.

Mais une compensation est-elle justifiée dans le secteur financier ? Kee Chong Li Kwong Wing, président de l?Association of Offshore Management of Companies, est catégorique : « Aucune, surtout dans le secteur financier ! Ils sont déjà très bien payés pour leur niveau de qualifications et d?expérience. C?est de leur rendre un mauvais service si on va les compenser en dessus de ce qu?ils touchent grossièrement déjà ! Il faut qu?ils démontrent et apportent de la valeur ajoutée, ce dont ils ne sont pas capables ! »

Il estime qu?il ne devrait pas y avoir de problème à récompenser ou à compenser un employé « aussi longtemps que la productivité s?est améliorée et que le travail bien fait est considéré comme une obligation sacrée. Certains jeunes ont trop tendance à travailler mal sans se perfectionner. Ils exigent de l?argent facile, changent de jobs comme de slips ! Ils n?ont pas le sens du devoir bien fait. »

■ CONSTRUCTION

Quand le bâtiment va?

Les apparences sont parfois trompeuses. Malgré les aléas (rareté des matières premières, manque de main-d??uvre), la construction a été la star de l?économie l?an dernier. C?est ce que révèle la Mauritius Employers Federation (MEF) dans une étude publiée récemment.

Quatre secteurs ont porté la construction : les projets IRS, les hôtels, les bureaux de la cybercité et les infrastructures publiques.

Avec en bout de chaîne, une croissance de 15,2 % (contre 5,2 % en 2006) qui fleure bon la généreuse compensation, se dit-on.

Sauf que le tableau n?est pas tout rose et pour la fédération, « plusieurs contraintes demeurent ». D?où cette question : la compensation salariale sera-t-elle à la hauteur ? Les entrepreneurs, on s?en doutait, se gardent bien d?annoncer la couleur.

Avec un mot d?ordre cependant : il n?y a pas de mot d?ordre !

Et pour cause. Dans le panier de la construction, on trouve de tout, un vrai chantier. Des compagnies qui prospèrent à celles qui galèrent, l?éventail est trop large pour tirer des plans sur la comète. « Chacun sait ce qu?il a à faire », résume Alain Hardy, administrateur de la Building and Civil Engineering Contractors Association (BACECA).

La BACECA regroupe une bonne quinzaine des plus grosses compagnies du bâtiment. Et la plupart se retrouvent dans les propos d?Alain Hardy.

« Aller au-delà des recommandations légales, je veux bien, mais tout le monde n?en a pas les moyens », explique-t-il.

D?où cet avertissement : « Faisons bien attention, le bâtiment est de plus en plus concurrentiel avec l?arrivée de firmes étrangères, et le but n?est pas de se mettre hors-jeu au moment des appels d?offres. »

De quoi déchanter pour ceux qui se frottaient déjà les mains ? Ça dépend. À l?instar de United Basalt Products, certains poids lourds de la construction se sont montrés l?an dernier deux fois plus généreux que d?autres. L?excellent millésime de 2007 est finalement rempli de promesses?

■ TOURISME

Une compensation dopée par la croissance

Les employés du tourisme peuvent sourire. Ils seront sans doute les mieux lotis à l?heure de la compensation salariale. Leur bonus, comme en 2007, a toutes les chances d?être nettement supérieur au taux minimum.

Pourquoi ? Parce que ce secteur reste le plus dynamique de l?économie mauricienne. Envolées les craintes post-11 Septembre, digéré le choc du chikungunya. Les incertitudes d?hier apparaissent aujourd?hui comme de simples parenthèses dans une croissance qui ne se dément pas.

Une preuve : le nombre de visiteurs a atteint en 2007 un nouveau pic avec près de 907 000 arrivées, soit une augmentation de 15 % par rapport à 2006.

Plus significatif encore, ces touristes ont dépensé au total Rs 40 milliards ! Une telle croissance annuelle des recettes (+ 27 %), du jamais vu? depuis 1984.

La compensation salariale, c?est donc un secret de Polichinelle, devrait se montrer plus généreuse que les recommandations du National Pay Council (NPC).

« Très probablement », confirme à demi-mot un acteur influent de l?hôtellerie. Alors, combien ? Pas de chiffre pour l?instant. Les directeurs financiers des groupes hôteliers « verrouillent ». À l?image de Dominique Lee, chez Veranda Ressorts : « Les budgets sont prêts mais nous n?avons pas encore pris de décision définitive. » En attendant, personne ne se risque à promettre monts et merveilles. À commencer par Patrice Legris, directeur de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM), pour qui « cette année sera plus difficile que la précédente ». « Il faut s?attendre à une année moins faste », nuance un collaborateur moins pessimiste. Les trois premiers mois de 2008 lui donnent raison. La croissance des arrivées connaît en effet un léger ralentissement (+ 7,2 % contre + 16,6 % au premier trimestre 2007).

Second bémol : l?appréciation de la roupie par rapport aux devises étrangères, qui induirait un manque à gagner de 5 milliards de roupies pour 2008, selon l?AHRIM. Son directeur, dès lors, ne s?enflamme pas. Et prône une compensation au cas par cas : « Chacun fera en fonction de sa politique salariale et de ses résultats ». Un indice tout de même : le taux moyen de compensation de l?hôtellerie s?élevait à 10 % en 2007. Qui dit mieux ?

■ ZONE FRANCHE :

La croissance ne paye pas toujours

L?année 2007 est une année phare pour la zone d?exportation. Dans un document qu?elle a préparé dans le cadre des négociations au niveau du National Pay Council, la Mauritius Employers?Federation (MEF) qualifie la performance de ce secteur de véritable reconnaissance.

La contribution des exportateurs de vêtements, de poisson et de produits à base de poisson est déterminante dans la croissance de 12,5 % réalisée dans le secteur.

Mais croissance ne veut pas nécessairement dire compensation additionnelle automatique. En tout cas, les employés de la zone franche vont l?apprendre à leurs dépens. Un opérateur qui connaît bien ce secteur fait le constat suivant. « Deux facteurs vont empêcher un nombre conséquent d?entrepreneurs de donner une compensation supérieure au taux officiel. Il y a eu une baisse de commandes sur pratiquement tous les principaux marchés. L?appréciation de la roupie par rapport à des devises telles que l?euro a résulté en une baisse de recettes. Il y a également eu une augmentation du coût des matières premières, et du budget consacré à l?achat des produits énergétiques. Seule une poignée d?entreprises bien stables sera en mesure de payer plus que le taux officiel. »

Publicité