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Petits trafics entre collégiens
Vente de films en tous genres pour Rs 100, CD piratés, ou encore piercing, la cour de l?école est devenue une véritable foire.
« À l?école, il y a des ventes de DVD et on peut se faire un piercing à tout moment », raconte Virginie (prénom modifié), élève en Form V et accessoirement « perceur ».
Ces petits « trafics » permettent à une partie de ces collégiens de se faire de l?argent. Pour les autres, « clients », il s?agit d?un accès libre et pas trop cher à l?interdit. « J?ai toujours voulu me faire un piercing. Mais mes parents étaient contre. Pendant longtemps j?ai hésité. J?ai d?abord voulu voir un professionnel, puis j?ai appris que l?une de mes amies le faisait pour pas grand-chose. Alors je le lui ai demandé », confie Jenny (prénom modifié) étudiante dans un collège de Curepipe.
C?est au sein de son propre établissement scolaire que Jenny s?est fait percer la langue. Son amie, connue dans l?établissement pour être une experte en piercing, s?est chargée de la besogne. Et tel un professionnel, elle avait tout préparé pour que cela se passe sans risque d?infection. Jenny raconte : « Plusieurs heures avant de me faire percer, j?ai anesthésié ma langue à l?aide d?un glaçon. Nous avons fait bouillir de l?eau pour désinfecter l?aiguille et le piercing que j?avais ramené pour l?occasion. »
L?opération s?est déroulée dans les toilettes de l?école et en l?espace de trente minutes, l?affaire était jouée. « Ça s?est passé pendant la récréation, au moment du déjeuner. Nous avons eu accès à la cuisine de l?école grâce à la complicité de l?un de nos professeurs. C?est ainsi que nous avons pu désinfecter l?aiguille et le piercing. Puis, nous sommes allées aux toilettes, et là, mon amie m?a piquée. Je n?ai rien senti », explique Jenny. Trente minutes et Rs 100 plus tard, la jeune fille arbore fièrement son piercing à la langue.
Toutefois, cette activité comporte souvent quelques risques. En effet, il y a quelques jours Virginie, notre « perceur » en herbe, a rencontré quelques difficultés. « Il y a cinq jours, je posais un piercing à une élève de l?école, mais il est passé de travers. J?ai dû le sortir et le repasser. Ce sont les risques », avoue Virginie. « L?une de mes amies s?est évanouie pendant qu?on l?a percée. Elle n?a pas supporté la douleur », ajoute, de son côté, Jenny.
« Les plus grands préfèrent le gandia »
N?empêche, Virginie a déjà à son actif plus de 25 piercings à Rs 100 chacun.
Un véritable petit business pour cette jeune fille. « J?ai l?intention de me spécialiser dans le piercing au nombril. J?apprends auprès des professionnels, je sais ce que je fais », se justifie-t-elle.
Et c?est en véritables hommes et femmes d?affaires que ces adolescents mènent leur petite entreprise, se sentant invincibles et exemptés de toutes formes d?autorité. « Je n?ai pas peur de me faire prendre, il faut savoir être discret, c?est tout », nargue notre experte en piercing.
Outre la pose de piercing, la grande tradition reste la vente et le trafic de DVD ou de CD piratés dans les cours d?écoles. « La vente de films pour adulte est comme une tradition dans les collèges. Lorsque je suis rentré au collège, les grands me vendaient ce genre de films. Lorsque je suis devenu ?un grand?, j?en ai fait de même avec les plus jeunes », explique Nicolas, élève dans un établissement à Curepipe.
En effet, pour une centaine de roupies, ces adolescents se procurent des films pornographiques au sein de leurs établissements scolaires. Ce sont des films copiés et piratés. « En général, il s?agit d?un élève de l?établissement, réputé pour pouvoir se procurer et vendre ces films », souligne l?ancien professeur d?un collège.
Mais au fil du temps, les demandes évoluent, les besoins ne sont plus les mêmes. « Si les petits s?intéressent surtout aux films, les plus grands préfèrent le gandia », explique Jonathan, élève dans un établissement secondaire des Plaine-Wilhems.
Ce dernier a mis en place ce qu?il définit comme être une « véritable entreprise », avec ses amis. Ils se sont spécialisés dans la vente de toutes sortes de produits et chacun a un rôle bien défini. « Nous sommes quatre. Le premier, c?est le cerveau. Il est chargé de dénicher les nouveaux produits avec lesquels nous pouvons faire un business. Le second, c?est le ?gros bras?. Il est là pour nous défendre en cas de problème. Le troisième sert d?intermédiaire entre les clients et nous. Enfin, le quatrième gère l?ensemble », détaille Jonathan.
Une véritable mine d?or
Et cette petite affaire leur permet de récolter jusqu?à Rs 800 par jour. Une somme qui peut évoluer et aller en augmentant. « Pendant les fancy fairs ou les événements extra-scolaires, les adolescents sont vraiment demandeurs. L?attention des professeurs se relâche et il est plus facile de braver l?interdit », souligne l?adolescent.
Du côté des recteurs, on nie ces agissements. « Jusqu?à présent, je n?ai pas eu à déplorer ce genre de phénomènes dans mon établissement. Nous effectuons des fouilles régulières n?importe quand, et nous sommes très stricts sur le règlement », explique Sheik Hassan Coowar, directeur du Mauricia Institute, à Curepipe.
D?autres préfèrent relativiser. « Je ne dis pas que ces trafics n?existent pas, mais je ne pense pas qu?ils soient organisés. Nous avons surpris des élèves, alors qu?ils s?échangeaient des photos et des films. Il n?y a pas vraiment de vente organisée. Nous restons très attentifs là-dessus », ajoute Jacques Mallié, directeur du collège St-Esprit.
Un petit « marché noir » insignifiant pour les professeurs et autres recteurs d?établissements, mais qui peut se révéler être une véritable mine d?or pour ces trafiquants en herbe !
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