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Maman l?éternelle marée
Il dort à poings fermés. Rien n?y fera. Pour qu?il nous montre la couleur de ses yeux. Ni les rayons du soleil qui caressent sa peau de nourrisson. Ni maman qui l?appelle par plein de «noms gâtés». Ni papa qui le tient à la verticale, tout en prenant mille précautions pour ne pas «faire mal au bébé avec sa force» d?homme.
Curlane dort. Comme un bienheureux. Joli innocent d?un mois et demi. Qui fera à sa manière, la fête à sa mère, demain. Maman pour la première fois, fêtée en tant que telle pour la première fois, l?histoire de Lilette est celle d?un quotidien à la fois paisible et persévérant. Un vécu touchant qui, sans avoir l?ambition d?être extraordinaire, émeut par sa simplicité.
Un tout cristallisé dans cet être baptisé Curlane, «parce que cela commence par un C comme pour son papa. Parce que ça finit par «ane» et que l?hôtel où son papa travaillait aux Seychelles, s?appelle Sainte Anne. C?est pour garder le souvenir de cette époque là.»
Petit Curlane qui «me rend plus forte, plus décidée. Pour lui, je peux tout faire, plus rien ne me semble impossible», dit-elle en le tenant contre son c?ur. Lui, geint un peu dans son sommeil. Appuie cinq doigts contre sa tempe, «ayo kouma dir li ena boukou traka», rigole sa mère.
Elle qui fonde tous ses espoirs sur lui. Elle qui a voulu d?un «petit bonhomme qui ressemble à son papa, je crois que chacun voulait d?un petit bonhomme qui ressemblerait à l?autre», explique Lisette.
Neuf ans de grossesse à distance
Avant de le concevoir, papa et maman se sont aimés à distance. Aller-retour Maurice, Seychelles. Via sms et coups de téléphone quotidiens. A l?époque, Lisette et Carlo Matamby sont mariés depuis un an. Lui est demi chef de partie au Shandrani. Elle est school clerk au Notre-Dame-du-Grand-Pouvoir RCA à Grand-Port. Ils ont un avenir à construire. Un foyer à bâtir. Et il faut se résoudre à prendre une décision.
Celle d?être séparés pour la durée d?un contrat de deux ans. Celui que Carlo décroche à l?hôtel Sainte Anne aux Seychelles. «On a beaucoup parlé.» Elle a accepté. Lui a fait ses valises. Et la vie a continué.
Lui, se concentrant sur le travail. Elle, trouvant refuge dans la cellule familiale. Un peu seule au milieu du groupe. Allant aux anniversaires, aux baptêmes sans sa moitié. Devant partager ses émotions en différé, sur un temps limité. Avec des mots comptés. Elle a tout accepté.
Après douze mois de patience, quelques jours de vacances. Lisette va rejoindre Carlo aux Seychelles. Tout porte à croire que Curlane y a été fait.
Commencent alors les neuf mois de grossesse. Que Lisette vivra avec un mari à distance. Et le secours inestimable de sa mère, sa belle-mère, sa soeur. Profitant à fond de la chance d?évoluer au sein d?une famille unie. Feuilletant attentivement ces livres à la mode qui expliquent en détail les phases de la grossesse. Des premières nausées aux dernières contractions. «Je crois que cela rassure plus qu?autre chose.»
Evidemment, Lisette ne manque pas d?interroger son entourage sur le déroulement de l?accouchement. Réponse la plus fréquente : «To bizin pas la dan pou to kone.» Maintenant qu?elle y est passée, cette maman nouvellement née a trouvé une jolie image pour décrire ce moment qui inspire tant de craintes : «To pas dan enn siklonn apre se lakalmi. To anvi li vinn enn foi, apre enn sel kout li la.»
Maintenant que Curlane est là, quel type de maman sera Lisette ? Sera-t-elle de celles qui prennent la résolution de ne surtout pas reproduire le schéma de leur propre mère ? Ou au contraire, prendra-t-elle la sienne pour exemple. «Je crois que ce sera un peu de ce que maman m?a appris mélangé à mon propre caractère.»
A-t-elle des convictions, des idées bien arrêtées sur son rôle de mère, sur ce que Curlane devra ou ne devra pas faire ? Lisette réfléchit. Carlo dit : «Ayo li fini reflesi bien loin li.» Lui est du genre à dire qu?il faut prendre son temps. S?il faut laisser à l?enfant le temps de faire ses premiers pas avant de prendre des décisions cruciales pour son avenir. Lisette, elle, envisage déjà de prendre un plan de financement des études.
Pour elle, pas de compromis concernant l?éducation. Employée à l?école RCA de Grand-Port, tout porte à croire, que Curlane fréquentera l?école de maman. Elle ? qui a eu l?occasion de voir les frictions que cela peut occasionner quand un collègue bien intentionné se permet de donner un conseil amical à un collègue qui est aussi parent d?élève ? se prépare déjà à gérer ce type de situation. Parfaitement consciente que «certains parents sont incommodés par le bruit de l?enfant du voisin mais ne se rendent pas compte du bruit que fait le leur».
Elle n?aimerait pas non plus «le voir toucher à l?alcool». Face à l?éventualité que Curlane y goûtera possiblement, fatalement, Lisette fait la grimace. Dit qu?elle préfèrerait qu?il «fasse de la cuisine comme son papa». C?est au tour de Carlo de désapprouver. Lui, connaît les longues heures au fourneau. «L?atmosphère qui n?est pas évidente.» Il verrait plutôt son fils en chanteur adulé du public.
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