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Modiques Rs 23
Cette semaine, une majorité des salariés ont dû sombrer dans une grande déprime. Et ils avaient connu la même désillusion l?année dernière. Rappelons-nous des recommandations du National Pay Council (NPC) en 2007. Le barème de la compensation salariale oscillait alors de Rs 260 à Rs 400. Une année après, le NPC propose Rs 283 à Rs 400 aux salariés. C?est la recommandation finale pour 2008. Soit pour les plus bas salaires une hausse de Rs 23 par mois. Une somme jugée adéquate pour compenser la perte du pouvoir d?achat, pour rendre compte du taux de la productivité et pour soulager la misère des ménages les plus vulnérables.
C?est entendu. Toutes les entreprises n?ont pas les moyens d?une compensation salariale élevée. Certaines risqueraient une fragilisation qui pourrait culminer à des fermetures. On ne peut, dans un contexte où l?accent est mis sur la création de petites et moyennes entreprises, prendre des risques qui compromettraient la dynamique de la création d?emplois.
C?est entendu. L?économie mauricienne, comme tant d?autres économies, subit de plein fouet une poussée inflationniste des prix des produits de base. Une crise alimentaire se profile à l?horizon. L?or noir fait voir de toutes les couleurs. Les prix atteignent des sommets jusqu?ici inimaginables.
C?est entendu. L?Etat mauricien se démène pour remplir ses obligations. Entre les salaires de ses employés, ses prestations aux groupes vulnérables et aux retraités, ses investissements dans la modernisation des infrastructures, le maintien des services publics gratuits et le service de la dette, la marge de man?uvre de l?Etat est considérablement restreinte. Nul doute que les excès ne sont pas permis.
C?est entendu. Il est une catégorie d?individus qui espèrent récolter des dividendes sans faire d?efforts. Des personnes pour lesquelles la tentation de l?assistanat peut être grande.
Toute cette argumentation ne relève pas d?une quelconque propagande logomachique d?un Etat et d?un secteur privé exploiteurs. Dans les faits, le pays est confronté à des difficultés et à des enjeux qui commandent la plus grande circonspection.
Cela dit, il est d?autres vérités qu?il ne faut pas occulter. Du lit à baldaquin des décideurs passons au grabat de ceux qui sont au plus bas de l?échelle salariale. Ou, en d?autres termes, de la position de ceux qui sont coupés de la réalité mais qui ont la responsabilité de façonner cette réalité à la misère réelle de ceux pour qui chaque roupie est une fortune. D?une année à une autre, à ces gens-là, on propose un surcroît de Rs 23 en guise de compensation salariale. Rs 283 au total pour rattraper un peu de la perte du pouvoir d?achat sur une année !
Il faudrait croire que certaines personnes ne savent pas dans quel pays elles vivent. Il ne s?agit pas ici de faire preuve d?un esprit misérabiliste. Mais simplement de rappeler que ce que certains peuvent dépenser en une journée, d?autres ont besoin de tout un mois de travail pour obtenir la même somme d?argent. Tous les discours sur le combat contre la pauvreté et les efforts consentis pour réduire l?écart entre les plus riches et les plus pauvres n?auront de pertinence que lorsque ceux qui décident de notre quotidien se donneront la peine de venir goûter à ce quotidien.
Les mêmes ne peuvent pas toujours faire les sacrifices. Les mêmes ne peuvent pas tout le temps prendre des décisions sans connaître la réalité.
Parfois, malgré les difficultés et les défis, il faut aussi que l?Etat et les chefs d?entreprises fassent des sacrifices. A la télévision mercredi dernier, le ministre des Finances assurait que toute initiative fiscale participant d?une quelconque largesse compromettrait la gratuité des services publics. Mais n?était-ce pas l?invention de nouveaux possibles qu?on nous avait promis ? Certaines déclarations ont un arrière-goût d?échec. Et ce ne sont certainement pas Rs 23 qui pourraient apaiser le malaise ou cacher l?impuissance des grands cracks de ce pays.
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