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Juges et militants
Le rôle du juge a évolué dans la société moderne. Il ne se contente plus d?interpréter les lois ou de dire si elles sont conformes aux principes constitutionnels. La justice émerge, de plus en plus, comme un pouvoir prêt à se substituer aux politiques pour traiter des problèmes auxquels ceux-ci restent insensibles.
Dans l?affaire Sewpal, le juge Domah a émis un jugement éclairé en éthique sociale. Au-delà d?un jugement fondé sur les faits de l?affaire ? Nundoolall Sewpal avait accusé sa bru d?adultère pour la contraindre à quitter la maison familiale ?, le juge formule des commentaires critiques à l?encontre de la société machiste : «I find it mean for men to malign women in such a gratuitous manner. Male chauvinists do little to their causes by indulging in such ways.»
Quand il y a un litige entre deux parties, la cour doit trancher selon les règles de droit mais aussi en fonction de l?équité. C?est le propre d?un jugement intelligent. Il déborde le cadre étroit du juridisme pour faire référence à l?équité. Le juge Domah défend justement des valeurs morales quand il écrit : «All in all, if such applications with overt and covert connivance of a father and his son manipulating and inventing facts were accepted and daughters-in-law thrown out of their occupations, it would be the end of law and justice, the end of the basic principles of marriage and the end of equity and the role of the judge in chambers.»
Dans les sociétés modernes, les juges sont passés de la retenue judiciaire à une forme de militantisme pour protéger les libertés civiles et, en particulier, les droits des femmes ou des minorités. Ils se mettent au service des libertés fondamentales et des exigences démocratiques. On parle alors d?activisme judiciaire. Cette évolution est nécessaire parce que les politiques ont abdiqué leurs responsabilités face à certains fléaux.
On peut citer d?autres exemples de jugements dans lesquels les tribunaux ont agi en tant qu?élément du processus politique parce qu?il fallait suppléer aux insuffisances des institutions. Le cas le plus célèbre demeure le jugement rendu dans l?affaire Ashock Jugnauth. En se prononçant pour l?invalidation de son élection, les juges Lam Shang Leen et Domah signalaient les faiblesses des politiques : «There has always been an outcry of malpractices committed by the government in power by misusing its authority and most of the election malpractices are attributed to the partisanship of the government coupled with the electoral largesse to different sections of the community during election time.»
Peu après sa nomination, le chef juge Bernard Sik Yuen se disait d?accord, dans une interview, avec l?activisme judiciaire. «Bien sûr si la situation le demande, il faudrait de l?activisme.» Il rejoint ainsi le penseur Tocqueville qui avait dit que «si le pouvoir judiciaire se redresse, c?est que le pouvoir politique s?affaisse.»
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