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La course au savoir

19 mai 2008, 20:00

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L?Inspecteur Bhojesh Domun, qui a arrêté en un temps record le présumé violeur de la femme du gardien de Baie-du-Tombeau, n?est pas un policier comme les autres. Ce responsable de la Criminal Investigation Division de Terre- Rouge, est détenteur de plusieurs diplômes, dont une licence et une maîtrise en droit obtenues par correspondance auprès de l?Université de Londres. Cet acharnement à réussir tient au fait qu?il a une revanche à prendre sur la vie.

Un mot revient continuellement dans le vocabulaire de Bhojesh Domun et c?est «persévérance». Qualité qu?il n?a cessé de déployer tout au long de son existence et dont l?inspirateur n?est autre que son père Baldeo Domun, aujourd?hui octogénaire.

Ce dernier qui était doué pour les études, est obligé d?abandonner l?école à l?âge de neuf ans, faute de moyens financiers. Dès lors, il trime dans les champs jusqu?à l?âge de 33 ans. Mais en son for intérieur, il se jure de reprendre les études dès que l?occasion se présentera. Il repasse tous les examens à titre privé et réussit même les examens pour devenir enseignant. En élevant ses enfants, Baldeo Domun leur répète qu?ils doivent toujours persévérer.

Les Domun vivent à Montagne- Longue. À l?époque où Bhojesh est scolarisé, les State Secondary Schools n?existent pas. À la fin de son cycle primaire, il est envoyé au Islamic College. Féru de sciences, il joue toutefois de malchance car l?école fait face à un manque d?enseignants. C?est ce qui explique que les élèves prennent un sérieux retard sur leur programme d?études. S?il réussit son examen de Form VI, il n?est pas vraiment satisfait de ses résultats.

Lui qui rêvait d?étudier la médecine, doit choisir une autre carrière. Il postule auprès de plusieurs institutions dont la force policière. Mais on est dans les années 80 et le chômage est une réalité avec laquelle il doit compter. En attendant qu?un emploi se libère quelque part, Bhojesh ne rate aucun journal télévisé, ni aucune émission sur France-Inter ou la BBC, tout en suivant un cours intensif d?infirmier. Étant hyperactif de nature, il se défoule sur le sport et cela lui porte chance car il se distingue en football.

La force policière le fait appeler une première fois mais il refuse. Au deuxième appel, il a tant de choses à se prouver, ainsi qu?à son entourage, qu?il se laisse convaincre. Il rejoint les rangs de la police le 9 août 1984. Sa première affectation est à la Special Mobile Force et il ne le regrette pas. «Si on est discipliné et qu?on persévère, on est obligé de réussir à la SMF. C?est selon moi la meilleure école de formation de la police. D?ailleurs, pratiquement tous les hauts gradés ont à un moment ou à un autre fait partie de la SMF.»

«Si on est discipliné et qu?on persévère, on est obligé de réussir à la SMF. C?est selon moi la meilleure école de formation de la police.»

Académiquement, il ne veut pas en rester là. Il suit des cours par correspondance et obtient son diplôme en journalisme d?une institution britannique. Au niveau sportif, il ne met pas longtemps à se démarquer, sortant parmi les dix premiers en cross-country, son équipe nommée Peloton 1 A Company établissant un record sur le parcours du combattant.

Et même lorsqu?ils subissent l?épreuve, lui et son équipe se distinguent : en 1987, ils perdent un des leurs lors de la compétition de cross ralliant Yémen à Grand Bassin via les Gorges. Malgré ce deuil, les hommes doivent reprendre la compétition le lendemain. La Peloton 1 A Company, mue par la rage de vaincre, accomplit ce parcours en trois heures. Ce qui constitue un record.

La persévérance de Bhojesh tant dans le travail que dans l?effort lui vaut d?être promu Lance Caporal en 1988. Il obtient aussi le Merit Award. Deux ans plus tard, il est nommé caporal et envoyé au quartier-général de la SMF où l?administration lui confie la responsabilité de tout ce qui est rédactionnel. Il contribue régulièrement aux magazines et autres publications de la SMF. Il prend à nouveau part aux examens de la police et il est cette fois promu sergent.

Il exerce comme chief clerk à la SMF jusqu?en 1996, année au cours de laquelle il est muté aux Casernes centrales. Vu ses compétences journalistiques, il est nommé Police Press Officer et interagit avec les journalistes, en particulier ceux des faits-divers. Il occupe ce poste deux ans et en tire d?énormes satisfactions. Les changements à la police, sur lesquels il refuse de s?étendre, lui font demander son affectation au poste de police d?Abercrombie, là où les policiers rechignent généralement à aller en raison de la criminalité élevée.

Il y est encore lors des émeutes de 1999. Bhojesh déclare que tous les policiers affectés à ce poste à l?époque ont failli périr car une foule de 3 000 à 4 000 personnes en colère fonçait sur le poste. «M. Najeebun, officier de carrière à la SMF, qui était posté avec moi, a démontré ses capacités de leadership. Nous avons pu mater la foule et la disperser. Les gens qui habituellement critiquent la police ont compris à ce moment-là, l?utilité des équipements tels que l?hélicoptère ou les blindés.»

Durant son temps libre, Bhojesh qui est passionné par l?écrit, continue à se faire la main en prenant part à des concours de dissertation dont il remporte souvent le premier prix. Nommé inspecteur, il est envoyé dans plusieurs postes de police au nord de l?île. Voulant poursuivre sa quête du savoir, il suit des cours de droit par correspondance auprès de l?Université de Londres en vue d?obtenir son LLB. Pourquoi le droit ? «Le droit est lié à la fonction. Dans la force policière, on vous enseigne les lois mais cela reste superficiel. J?ai voulu aller au fond des choses. Être policier, c?est appliquer la loi. Et puis, mon signe astrologique est Balance et j?adore la justice». Licence qu?il a décrochée sans peine. «Bien que travaillant à plein temps, j?ai étudié les quatre modules comme si j?étais un étudiant à plein-temps.»

Plusieurs de ses soirées y sont passées. Sa femme, Rajkumari Devi, n?y a rien trouvé à redire car cette institutrice suit aussi des cours à l?Université de Maurice pour devenir Education Officer. «Il y a une année où c?était très étrange. Rajkumari Devi prenait part à son examen universitaire, notre fils aîné, Dharmesh, allait composer son Certificate of Primary Education et moi, j?allais à l?examen de la police. L?atmosphère était des plus studieuses.»

Le déclic pour les enquêtes lui viendra lorsqu?il est en poste à Trou-aux-Biches. On découvre des ossements humains à Mon-Choisy. Bhojesh retrouve un uniforme d?hôtel à des kilomètres de là et qui appartient à une femme qui n?est autre que la nièce d?un haut gradé de la police, portée disparue. «La persévérance a été payante. Nous avons pu élucider ce meurtre commis par le mari de la jeune femme.» Depuis octobre 2002, il est posté à la CID et envoyé au poste de Terre-Rouge. Il travaille sur différents cas d?homicide ou d?affaires non-élucidées «avec persévérance». Il a sous sa responsabilité non seulement la CID de Terre-Rouge mais aussi celle de Pamplemousses et de Montagne- Longue et dirige une équipe «soudée» d?une vingtaine d?hommes.

Motivé par le désir d?aller plus loin dans les études, Bhojesh prend deux ans et obtient sa maîtrise en droit en 2006, toujours par correspondance auprès de l?Université de Londres. Appelé à dire pourquoi il ne quitte pas la police pour exercer comme avocat, Bhojesh explique qu?il ne pourra faire vivre les siens s?il quitte la police pour faire son bar. «Je ne peux travailler et faire le bar en même temps. C?est impossible. Et je dois nourrir ma famille. J?ai fait 25 ans dans la police et j?ai encore cinq ans à aller avant de pouvoir prendre une retraite anticipée.»

Bhojesh prend son mal en patience car il croit dans le karma. «Dans la Bhagavat Gita, on dit qu?il faut travailler dur sans rien attendre en retour. C?est ce que je fais». Mais il n?arrêtera pas d?étudier pour autant. «Je vais continuer avec un doctorat en droit ou en sciences politiques.» Comme quoi, pour Bhojesh, c?est vraiment la course au savoir?

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