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Gouvernement parallèle
Les organisations socio-culturelles éprouvent moins de difficulté que les investisseurs à rencontrer les ministres ou à solliciter un arbitrage du Premier ministre. C?est ce que l?on est bien obligé de conclure devant le spectacle affligeant qu?offre l?affaire Vijay Ramgoolam. Plus généralement, on constate que les dérives liées aux nominations excessivement politisées se multiplient.
Le cas Vijay Ramgoolam est typique. D?abord, il réclame que son salaire soit triplé avant même de savoir si son contrat à la SEHDA sera renouvelé. Ensuite, il confirme qu?une organisation socio-culturelle fera pression sur le ministre de l?Industrie pour forcer le prolongement de son contrat. Vijay Ramgoolam ajoute que «même la VOH va rencontrer le Premier ministre à mon sujet». En attendant, c?est la confusion sur son affectation. Son contrat est arrivé à terme mais le directeur de la SEHDA se rendra tout de même à son bureau ce matin?
Ce cirque incroyable est la conséquence d?un système qui prend des allures explosives. Plusieurs nominations à des postes de responsabilités sont faites sur fond de clientélisme. Cela donne un pouvoir indu aux organisations socio-culturelles qui savent que les politiciens craignent leur influence. Ces groupes de pression ont établi une sorte de gouvernement parallèle qui décide, en dernier lieu, des nominations, des promotions et des mutations.
Il en résulte deux effets pervers. D?abord, les incessantes ingérences des organisations socio-culturelles créent une perception de «protection de montagne», ce qui génère beaucoup de frustrations dans le pays. Ensuite, vouloir plaire à tout prix aux coteries politiques et religieuses, c?est prendre le risque de placer des gens incompétents à la tête des institutions vitales.
Les conflits, institutionnels ou personnels, minent déjà un grand nombre de services publics. Il y a des conseillers qui ne s?entendent pas avec leur ministre de tutelle (dans le port et dans le secteur de l?Informatique, notamment). Pire, il y a des présidents qui sont à couteaux tirés avec leurs directeurs dans les organismes parapublics.
C?est précisément le mode de nomination politisée qui rend «Enterprise Mauritius» inopérante aujourd?hui. Qui aurait pu penser qu?il est possible de faire cohabiter Amédée Darga et Prakash Beeharry ? Ils ont deux styles, deux cultures, si incompatibles que la mésentente entre eux est naturelle.
Outre les postes de direction dans les parapublics, les dirigeants disposent également des postes de conseillers pour récompenser leurs fidèles. Depuis l?invention de ce mécanisme destiné surtout à remercier les agents et les copains, chaque gouvernement s?en sert avec un appétit encore plus grand. On lira plus loin dans ce numéro une liste partielle de conseillers nommés par l?actuel gouvernement. L?exemple le plus choquant de manque de considération pour les caisses publiques est le poste de conseiller octroyé à Jean Georges Prosper, payé en euros ! Après la sinécure offerte à Indira Sidaya à Paris, fallait-il vraiment employer un conseiller culturel résidant dans la même capitale ?
En cas d?alternance, les amis politiques du gouvernement risquent le limogeage. Mais, ils savent désormais que cela aussi peut rapporter gros. Indira Manrakhan , ex-directrice du «Economic Crime Office» vient de se voir offrir, par l?Etat, dans un arrangement vraiment à l?amiable, la somme de Rs 3 millions.
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