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Pratik Ghosh, l?essence bengalie

19 mai 2008, 00:00

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Se laisser porter par les flots. Celui des paroles autant que par leur élan musical. Car Tagore est tout rythme. «Rabindra» est chanson. Et passer les barrières de la langue en se laissant guidé par Pratik Ghosh, bengali, comme le vénéré poète.

«Traduire des chansons est totalement différent de la traduction d?un poème. En poésie, l?essentiel est dans les mots, en chanson, il faut aussi restituer le rythme», explique Pratik Ghosh. Son recueil, Floating down the stream, une traduction d?une centaine de «rabindra sangeet» ou chansons de rabindra ont été lancées samedi, sous l?égide du «President?s Fund for creative writing in english».

Citant le poète, Pratik Ghosh analyse plus avant son travail de restitution du bengali en anglais. «Tagore disait que c?était comme attacher les ailes d?un papillon. C?est là le genre de défi auquel j?ai eu affaire». une entreprise dans laquelle il a bénéficié des relectures de Paula Atchia, elle-même originaire de Calcutta.

«Traduire des chansons est totalement différent de la traduction d?un poème. En poésie, l?essentiel est dans les mots, en chanson, il faut aussi restituer le rythme».

Et si Tagore a composé plus de 2 500 chants, Pratik Ghosh, modestement nous en livre cent, classés en quatre catégories. D?abord les chants dévotionnels, pas tant dédiés à une divinité que d?inspiration spirituelle et mystique, les chansons d?amour, celles qui glorifient la nature. Et une catégorie que l?on pourrait qualifier de «divers». «Tagore n?était pas un chef spirituel ni un leader politique mais il a façonné la langue bengali grâce à son sens du rythme». Dans sa présentation, le recueil choisit de montrer sur la page de droite sa forme originale, et sur la page de gauche, la traduction en anglais suivie d?une traduction en alphabet romain. Autant de repères pour pénétrer ces univers de la pensée.

Si ce recueil devait initialement paraître l?an dernier, des imprévus l?ont retardé Floating down the stream. «Ce poème c?est le premier que j?ai traduit», explique Pratik Ghosh. Alors que la vie professionnelle de ce diplômé de la London School of Economics lui a fait prendre de l?emploi à la Mauritius Commercial Bank ? il est installé à Maurice depuis 18 ans ? Pratik Ghosh est régulièrement impliqué dans l?organisation de récitals de poésie, de spectacles.

«Souvent le public se demandait qu?est-ce que c?était que nous chantions avec autant de c?ur, aussi passionnément», se souvient le traducteur. Voilà qui le fait réfléchir. Pourquoi se contenter de ne donner qu?un aperçu d?une ?uvre aussi riche que belle ? de fil en aiguille il est sollicité pour traduire un chant pour quelqu?un qui va l?interpréter lors d?un récital. C?est ainsi qu?il se lance.

Ses premiers essais sont postés sur le net. Ils trouveront un écho auprès d?un amateur de poésie tagorienne, un bengali lui aussi, installé à Austin aux USA. «C?est cette personne ? que je n?ai jamais rencontrée qui m?a suggéré de traduire des chants plus difficiles». Alors, dans les avions, lors de ses voyages professionnels, seul la nuit dans la chambre d?hôtel, entre deux réunions, Pratik prend sa tâche à c?ur. En ayant au centre de ses préoccupations, comment restituer au mieux un contexte, un esprit. Immortel.

EXTRAITS

Strange tune

Who puts in my ear a strange tune to sing

Thoughts glide by on a lyrical swing.

Down the nebula of forgotten lives,

for the lost harp?s grief

Yearns the abandoned tune in the April breeze

Towards the star-lit night of merrymaking spring

Thoughts glide by on a lyrical swing

For your love

For your love I shall bear all disgrace

I?ll take all the blame

I shall remove all thorns out of your way

Where you sleep I?ll spread my robe

in deep love for you

I won?t be donning the moral garb,

obeying any sermons

Let my breast bear the sigh of the murky

trail that love treads.

Came to see you

After a long time, I came to visit you

Don?t worry, be happy - I won?t be here long.

I?ll stay only for a short while.

A glance at your face the sound of your voice, if a word you utter

Else from a hiding place I?ll see you smile and disappear

TAGORE, L?INOUBLIABLE

■ Prix Nobel de littérature en 1913, Rabindranath Tagore aura influencé durablement la pensée et la langue bengali. Né le 6 mai 1861 et décédé le 7 août 1941, il est un compositeur, écrivain, dramaturge et philosophe indien majeur du 20ème siècle. Il soutiendra le mouvement pour l?indépendance de l?Inde et sera proche du Mahatma Gandhi.

Et si son existence est tragique, qu?il perd quasiment toute sa famille en peu de temps, il décidera de transformer sa douleur en littérature et en musique. Outre ses écrits, il laisse aussi des institutions : l?université de Visva-Bharati, qu?il fonde, puis Santiniketan, crée en 1901, école des Beaux-Arts. Tagore a écrit des romans, des nouvelles, des chansons, des drames dansés ainsi que des essais sur des sujets politiques et privés. Gitanjali (L?offrande lyrique), Gora (Visage-pâle), et Ghare-Baire (La maison et le monde) sont parmi ses oeuvres les plus connues.

Que ce soit dans ses vers, nouvelles et romans, il a recours au lyrisme rythmique, à la langage familier, à la méditation pastorale et à la contemplation philosophique. Il a aussi modernisé l?art bengali en rejetant les restrictions qui le liaient aux formes indiennes classiques.

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